Paris Match Belgique

L’autopsy : Guerre, prix de l’énergie, climat… Je n’ose même plus m’informer, que faire ?

La société serait-elle devenue anxiogène ? | © Pexels/D.R.

Psycho et sexo

Dans cette autopsy, nous essayons de décortiquer une problématique de taille : le poids de l’information dans nos vies.

 

Il faut le dire, depuis plusieurs années l’information est de plus en plus alarmante. Coronavirus, crise énergétique, changement climatique, guerre en Ukraine… Il suffit d’aller sur les réseaux sociaux, d’allumer notre télévision ou d’écouter la radio pour être envahi d’informations en tout genre. Si pour certains, ce flux d’info ne pose aucun problème, pour d’autres il peut générer un véritable sentiment de stress et créer un malaise. Se fermer à l’information n’est pourtant pas la solution si nous voulons connaître l’environnement dans lequel nous évoluons. Mais alors, comment devons-nous nous informer aujourd’hui ? Nous avons interrogé Anne-Françoise Meulemans, médecin psychothérapeute et coordinatrice de CentrEmergences et de la plateforme E-mergence. L’experte nous prodigue ses meilleurs conseils pour nous libérer du poids de l’information.

Selon vous, la société est-elle devenue anxiogène ?

« Je pense que les informations qu’on nous transmet sont anxiogènes. Et ce serait inquiétant si nous ne ressentions pas ce stress et les enjeux actuels. Il faut avoir la lucidité nécessaire pour prendre conscience de ce qui est en train de se passer, que cela soit positif ou négatif. Si nous faisons abstraction de tout cela, nous entrons alors dans le déni. Malheureusmeent, cette information qui arrive en continu peut provoquer un état de stress et nous faire ressentir certaines émotions que nous essayons de contenir. Face à cela, on peut avoir un mécanisme de défense et se dire, ‘je ne veux plus rien savoir’. Je pense que l’information ne doit pas apporter ce stress inutile, même si l’information peu être elle-même stressante. Donc oui, la société est en partie anxiogène, mais pas que. »

Avoir recours à la technique de l’autruche, ce n’est donc pas la solution ?

« Cela dépend. Cette technique sous-entend que lorsque l’autruche met sa tête dans le sol, elle n’y fait rien. Moi je suis persuadée de l’inverse. En faisant cela, l’autruche cherche des choses pour se nourrir. Donc faire l’autruche dans ce cas de figure précis ce n’est peut-être pas plus mal. Peut-être que s’éloigner quelque temps des informations qui gavent, à l’image d’une oie que l’on gave de nourriture, ce n’est pas plus mal. Quand on reçoit du matin au soir des informations inquiétantes et alarmantes qui sont en plus remises à la sauce de chaque média, je pense qu’il est bon de se protéger de ce flux. Il faut apprendre à redevenir acteur dans sa posture face aux informations. Je comparerai ce genre d’informations à du fast-food. Un fast-food de temps en temps cela fait du bien, mais si on ne mange que cela on ne se nourrira pas bien. Il en va de même pour l’information, il faut faire le tri et ne plus la subir, peu importe le niveau de stress que celle-ci peut générer. »

Comment doit-on s’informer alors ?

« Je ne pense pas qu’il y a une manière en particulier de s’informer, il faut réveiller notre sens critique. Il ne faut pas tout croire et prendre le temps de croiser les informations, d’être en quelque sorte dans la recherche. Il faut sans doute aller vers des sources d’informations plus fournies. La difficulté c’est que l’on est peu informé sur les modes d’information eux-même. Il y a sans doute une éducation sociologique qui doit se faire au sein de la population pour améliorer notre maturité informative si je peux dire. On manque de discernement. Je pense que de manière générale, on a plus d’aisance à savoir comment bien manger plutôt que bien s’informer. »

Qu’est-ce que cela veut dire devenir acteur de l’information ?

« Déjà, cela veut dire être capable d’éteindre son téléviseur, ne pas être accroc aux infos sur notre smatrphone et faire de temps en temps l’autruche. Il faut trouver un rythme pour digérer l’information et en faire quelque chose d’utile. Quand on est gavé d’informations comme cela, on a l’impression d’être acteur car on s’émeut par certains évnements et on se dit qu’on ne fait pas l’autruche. Mais en fait, on n’est absolument pas acteur. Je ne pense pas que les gens surinformés soient beaucoup plus dans la rue en train d’agir en fonction de l’information qu’ils recoivent. Prendre un temps de silence après l’information est important pour savoir quelle posture adopter face à cela. Quel rôle je veux jouer ou pas et où je me situe face aux informations que je reçois. On fait parfois 30 jours sans alcool et bien pourquoi ne pas faire 30 jours sans info ? C’est vrai que cela paraît énorme, mais déjà une journée sans info c’est déjà pas mal. Il faut se déconnecter pour se reconnecter de manière plus libre et volontariste. Le seuvrage de l’information, que cela soit à la maison ou en vacances, me paraît intérésant pour retrouver une consommation plus mesurée. »

CIM Internet