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Jouer à Fifa sur Playstation est devenu un métier rentable, « l’e-sport »

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French Lucas "DaXe" Cuillerier, du PSG Esports Team, après sa victoire en novembre dernier à Paris au ESWC Fifa 18 Challenge. | © AFP PHOTO / THOMAS SAMSON

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La professionnalisation de l’e-sport en marche jusqu’en Europe. Le cliché du pantouflard qui passe ses soirées sur sa Playstation est révolu. Les plus grands clubs au monde ont leurs stars !

La Pro League va lancer son premier championnat national dédié au jeu vidéo Fifa en 2018. Une conséquence logique de la prise au sérieux progressive de l’e-sport sur le vieux continent.

Ajax, Wolfsburg, Valence, Manchester, PSG et plus récemment Anderlecht: les clubs de légende de l’Europe de l’ouest sont de plus en plus nombreux à entraîner des champions de Fifa pour défendre leur couleurs. En France, le premier championnat national était organisé cette année, et la Belgique a décidé de suivre le mouvement.

Pour les non-initiés, Fifa est tout simplement le jeu vidéo de foot le plus joué au monde, mis à jour chaque année en fonction des transferts de chaque club et équipe nationale, offrant des possibilités toujours plus proches de la réalité pour un public qui se rue (et se ruine) sur l’objet à chacune de ses nouvelles versions.

Populaire depuis toujours, le jeu fait logiquement partie intégrante de la discipline de l’e-sport, qui s’est développée principalement en Asie. Là-bas, les joueurs les plus talentueux sont érigés en véritables héros de la nation, à l’instar des sportifs traditionnels de haut niveau chez nous.

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Et qui dit célébrités, dit aussi marketing. Au même titre que Cristiano Ronaldo, Venus Williams ou Lewis Hamilton en occident, les génies de la souris et du clavier Coréens et Chinois posent pour les plus grandes marques avec à la clé des contrats très juteux. Si le phénomène est moins important chez nous, il existe cependant plusieurs exemples isolés comme Bruce « Spank » Grannec, quadruple champion du monde entraîné au PSG qui a signé des contrats publicitaire avec Coca-Cola et Auchan.

Console aux oeufs d’or

Et cette opportunité de rentabilisation de l’e-sport, les grands clubs européens commencent progressivement à la saisir. En Belgique, le dernier en date est le Sporting Club d’Anderlecht, qui organisait cet été un concours rassemblant 256 prétendants désireux de représenter les couleurs mauves et blanches sur les terrains en deux dimensions. On pourrait supposer que l’heureux élu serait celui qui remporterait la compétition, mais il n’en fut rien: le club a décidé d’engager le troisième concurrent, Zakaria Bentato, qui « correspondait plus aux valeurs d’Anderlecht »  en sa qualité de bruxellois bilingue et fan du Sporting.

Car le but de cette démarche, c’est avant tout de faire des gamers une marque inhérente au club, au même titre que les joueurs traditionnels. Ainsi, les équipes auront l’occasion de toucher un public qui n’est pas toujours le leur. Lors de l’élection de son joueur, le directeur de la communication du Sporting déclarait ainsi « Entre douze et seize ans, les jeunes connaissent les stars de Youtube mais ne sont plus familiers avec les médias traditionnels. Il s’agit donc ici trouver un moyen de toucher ces millenials pour leur montrer la marque qu’est Anderlecht et faire d’eux des supporters ».

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En Asie, les compétitions peuvent parfois remplir des stades entiers, glorifiant les joueurs et leurs équipes dans une mise en scène surréaliste ancrée dans l’univers geek. Cette année, la finale des mondiaux de League of Legends rassemblait ainsi plusieurs dizaines de milliers de spectateurs physiques, pour un total de 32 millions de visionneurs à travers le monde. Ecrans géants, prestation musicale pour le moins épique et effets spéciaux hallucinants: les moyens mis en oeuvres étaient dignes du show présenté au stade Maracana à l’ouverture des Jeux de Rio il y a un peu plus d’un an.

 

 

Selon Anthony Loriaux, journaliste et auteur de « Le sport électronique (e-sport), une expansion dans l’ombre ? » , c’est justement ce public qui fait que le jeu devient rentable tant pour ses joueurs, que pour ses diffuseurs. « Pour qu’un jeu soit important, il ne suffit pas que des personnes y jouent: il faut aussi que d’autres puissent le regarder »  explique-t-il. « Cela entraîne évidemment des intérêts économiques énormes. Et ça se concrétise de plus en plus chez nous avec notamment la reconnaissance officielle en France du statut des joueurs et tournois d’e-sport ».

Professionnalisation progressive de l’e-sport

Mais avant que tout cela devienne rentable pour les clubs, il leur faut mettre la main au portefeuille. Bruce Grannec, que nous mentionnions plus haut, a par exemple empoché 75 000 euros en un an pour jouer à Fifa.

En plus de son salaire, chaque joueur reçoit également un entraînement spécifique. « A partir du moment où l’un d’entre eux rentre dans un club, il ne s’agit plus de s’entraîner seul à la maison » , explique Anthony Loriaux. « Les structures font en sorte que les joueurs soient dans les meilleurs conditions pour atteindre le top niveau. Ils ont notamment derrière eux un coach personnel qui va pouvoir analyser leurs failles et les conseiller ».

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Avec cet encadrement et ces moyens financiers, il devient possible pour les joueurs de consacrer plus de temps à la pratique, qui passe alors d’un simple hobby à leur véritable métier. En Belgique, le meilleur joueur de Fifa s’appelle Anthony Rocchetti. Originaire de La Louvière, il se voit déjà représenter le Sporting Club de Charleroi, qui sélectionnera bientôt son poulain. Pour lui, l’annonce de la Pro League est évidemment une bonne nouvelle. « Nous sommes contents car la Belgique traînait à se lancer véritablement dans l’e-sport », explique-t-il. « Mais aussi car cela marque le début de la médiatisation de l’e-sport en Belgique, avec notamment la RTBF qui co-organise un championnat le 28 janvier. C’est assez positif car ça va enfin taire la mauvaise réputation dont nous souffrons encore aujourd’hui ».

En s’engageant à organiser son tournoi national, la Pro League marque un premier pas vers la professionnalisation de l’e-sport en Belgique. Nos joueurs vedettes, qui se déplacent pour l’instant en Allemagne et en France pour disputer des compétitions de haut niveau, pourront désormais s’entraîner et s’affronter en terrain connu. « L’e-sport se développe et va continuer dans ce sens »,  affirme Anthony Loriaux. « Le CIO s’est notamment réuni afin de discuter d’une éventuelle intégration de la discipline dans les prochains Jeux Olympiques de 2024. Lors des Jeux d’Asie en 2022, il s’agira déjà d’une des disciplines officielles. L’e-sport n’est pas encore tout à fait accepté chez nous, mais on y pense tout doucement et on a en tout cas cessé de le négliger ».

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