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« Palais de mémoire » : on sauvegarde tout, on n’oublie rien

Un palais de mémoire peut être fictif ou exister dans la réalite. Ici, le Palais royal, à Bruxelles. | © Flickr/hoppenbrouwers

Technologie

Depuis l’Antiquité, une méthode permet de retenir énormément d’informations en un temps record. On l’appelle « méthode des lieux » ou « palais de mémoire ». 

Tantôt comparée à une passoire, tantôt à un muscle que l’on pourrait exercer et « booster » (à coup d’huile de foie de morue, par exemple), la mémoire humaine demeure un grand mystère. Quotidiennement, nous empruntons ses chemins vertigineux. Et pourtant, nous ne savons que très peu de choses sur le fonctionnement de cet outil. Surprenante de capacités, notre tête est susceptible à tout instant de produire et de libérer quantité de souvenirs, aussi vifs et violents, qu’infiniment précieux… Mieux encore : nous sommes capables de retenir de plus ou moins longues listes de courses, pareil pour l’un ou l’autre poème de la Fontaine appris à l’école. Mais, quid de retenir un code civil entier la veille d’un examen de Droit ? Serait-il possible d’apprendre un long discours par coeur une heure seulement avant de le prononcer ? Combien d’acteurs ont su mémoriser, en toute confiance, les dialogues d’une pièce, grâce aux « palais de mémoire » ?

Mémoire visuelle ou auditive : pas de palais, pas de palais

À l’école, déjà, certains instituteurs encourageaient leurs élèves à développer leur « meilleure mémoire ». Faisant bien sûr référence aux mémoires visuelle et auditive, les profs soutenaient que l’une devait nécessairement être plus apte que l’autre. Il fallait dès lors que chacun reconnaisse à laquelle des deux écoles il appartenait, afin d’exercer sa « bonne mémoire ». Et pourtant, on nous avait caché l’essentiel : une technique permettant, avec un peu d’entraînement, de retenir d’énormes quantités d’information.

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Finalement, que l’on soit doué pour retenir une liste de course avec ses yeux plutôt qu’avec ses oreilles, ne change pas grand-chose. Pour la plupart d’entre nous, l’important reste d’arriver à se souvenir du code de sa carte bancaire ou, le cas échéant, du prénom des enfants de sa soeur. Mais dans d’autres cas, comme pour une personnalité pronoçant un discours en direct, un interprète mémorisant ce même discours avant de le traduire, un comédien mémorisant ses dialogues, ou un étudiant révisant ses examens, il faut retenir une grosse quatité d’informations dans un ordre précis, bien souvent.

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Construire son palais

La technique sollicite la partie de notre mémoire qui a trait au souvenir et à la mémorisation des lieux. Et c’est bien logique, puisqu’elle consiste à se servir d’un lieu (que l’on connaît pour plus de facilité) pour mémoriser un flux d’information. Si l’on se sert de sa propre maison, par exemple, on peut facilement se souvenir de l’agencement des pièces, et leur contenu. Cela sera utile pour « ranger » les infos dans son palais. Parenthèse, à ce stade, appeler sa propre maison « palais » sera d’une grande aide pour la suite, car le plaisir retiré de ce simple fait augmenterait la souplesse de mémorisation… Fin de la parenthèse. Une fois (en imagination) dans le Palais, il s’agit ensuite de retenir, à vie, un chemin à parcourir, dans un ordre qui ne changera pas. Exemple: entrée, couloir, chambre, salle de bain, salon, cuisine, salle de bal etc. Puis, pour chaque pièce, il faut mémoriser une fois pour toutes des objets ou meubles à ouvrir, toujours dans le même ordre précis et inchangé.

Synthétiser les idées, ou les rendre « visibles »

À l’intérieur de chaque objet de la série, on rangera les idées que l’on désire retenir. Par exemple, si le discours à mémoriser pour le lendemain commence par la phrase : « Mesdames et messieurs, les fromages à pâte molle ne sont plus uniquement l’apanage de la France, car en Belgique, depuis 2011, ils constituent en merveilleux total de 37 % de la production annuelle des produits laitiers », alors, au moment de préparer le discours, dans son palais de mémoire habituel, et selon le chemin rituel, on se rendra en premier dans l’entrée, où dans le porte-parapluie, on rangera un camembert. Il représentera la notion de « fromage à pâte molle ». Puis, sur la console où on pose le courrier, il y aura une enveloppe avec un timbre français (placé là pour retenir le terme « la France ») et une statuette du Roi Albert à l’âge de 37 ans (pour les termes « Belgique » et « 37 % »). Et ainsi de suite, avec le reste du discours et des idées qu’il contient, à ranger sous toutes les formes dans l’ordre qu’il convient dans son petit palais de mémoire. L’idée est de synthétiser chaque groupe de mot en un objet tangible et visuel. Car, « le plus souvent, nos trous de mémoire concernent des associations sur des éléments abstraits, conceptuels », précise Iris Joussen, dans un article de Sciences et Avenir.

Les palais de mémoire célèbres

Le palais peut servir ad vitam. On peut y ajouter des pièces au fil du temps. Ou, plus radicalement, changer de palais. Ce genre de technique est utilisée depuis longtemps. Elle est citée dans la série « Sherlock » et dans « The Mentalist ». Mais également dans une quantité d’ouvrages, comme chez Umberto Eco, ou chez Thomas Harris dans Hannibal Lecter : Les origines du mal.

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