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Vero : Pourquoi le nouveau réseau social à la mode ne détrônera pas Instagram

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Appli révolutionnaire ou buzz éphémère ? | © Vero

Technologie

Lassés des publicités et des algorithmes, de nombreux internautes se tournent dorénavant vers Vero, le nouveau réseau social qui veut défier Facebook et Instagram. Présentée comme révolutionnaire, cette application ne se distingue pas vraiment de ses concurrents.

Difficile d'y échapper. Depuis plusieurs jours, les internautes et influenceurs ne parlent que du nouveau réseau social à la mode... sur les autres réseaux sociaux. Son nom ? Vero, pour "vrai" en italien. Car cette nouvelle application, qui trône devant Instagram et Facebook sur l'App Store, veut que vous y soyez entièrement vous-mêmes. Tout simplement. Une belle manière de dire que, comme dans la vraie vie, sur Vero, il est possible de choisir qui voit quel contenu, entre ses amis proches, ses amis, ses connaissances et de simples followers. Idéal pour cacher sa sortie du jeudi à son patron. "Lorsqu'on peut contrôler qui voit quoi, on peut se comporter de manière plus naturelle, et nous pensons que ceci est finalement mieux pour vous. Nous avons donc décidé de créer quelque chose de plus authentique », peut-on lire dans le manifeste du réseau social.

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Coup de com' réussi

Lancé en juillet 2015 dans l'indifférence quasi-générale, Vero suscite aujourd'hui un engouement aussi extraordinaire qu'inattendu. Alors que l'application comptabilisait 600 000 téléchargements sur App Store et Google Play en deux ans, elle a ajouté dans ses rangs plus d'un demi-million de nouveaux abonnés en un seul jour, selon l'un de ses ambassadeurs sur Twitter. Cette ascension fulgurante et soudaine est en réalité le résultat d'une campagne de marketing lancée en fin d'année dernière et portée par plusieurs personnalités influentes sur les autres réseaux sociaux. En annonçant qu'ils avaient rejoint Vero, ces influenceurs ont permis à l'app de connaître un sentiment de nouveauté et de popularité. Et puis, l'effet boule de neige a fait le reste.

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Autre élément déclencheur : les créateurs ont également annoncé que l'accès à l'application serait gratuit à vie pour le premier million d'inscrits. Les suivants devront payer un abonnement annuel, dont on ne connaît pas le montant pour l’instant. Ils sont donc nombreux à s'être précipités pour créer un compte.

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Une apparence basique

À première vue, le réseau social n'a pourtant rien d'exceptionnel. Avec un penchant non dissimulé pour la culture, l'application propose de partager des photos, des liens, des vidéos, des lieux que l'on a fréquentés, mais aussi de recommander ou de discuter de films, de séries, de livres ou de musique. Comme sur les autres réseaux sociaux, l'utilisateur peut également ajouter des hashtags à ses publications, aimer et commenter celles de ses "amis", envoyer des messages privés... Bref, rien de neuf. Victime de son succès, l'application rencontre quelques petits problèmes techniques qui rendent la connexion et son utilisation plus compliquées. Cela n'empêchera pas les créateurs de prolonger l'offre gratuite à vie.

Pas de pub, pas d'algorithme et pas d'exploitation des données

Mais alors pourquoi un tel engouement ? Si certaines mauvaises langues (pas forcément fausses) diront que les ambassadeurs de la marque ont probablement été rémunérés, il se pourrait bien que ces influenceurs ont tout simplement été séduits par les arguments de la marque. À mi-chemin entre Instagram, Facebook, Twitter et Pinterest, l'énième réseau social qui tente de détrôner les quatre précédents ne contient aucune publicité. Les créateurs promettent également de ne jamais manipuler le fil d'actualité avec des algorithmes. Résultat : son affichage restera chronologique, comme c'était le cas au début de Facebook et Instagram. Dans son manifeste, Vero promet enfin de ne collecter « que les données estimées nécessaires », et de ne « jamais » les « exploiter ».

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Ces particularités sont trois sujets souvent reprochés par les utilisateurs, déçus par l'évolution des autres réseaux sociaux. De nombreux influenceurs ont d'ailleurs justifié leur migration vers Vero en mettant en avant cette "mini-révolution".

Des conditions d'utilisation douteuses

Ne pas exploiter les données des utilisateurs ne signifie pas pour autant qu'elles ne seront pas exploitées. Dans ses conditions d'utilisation, passées au crible par le Monde, Vero s'autorise à recueillir plusieurs informations : noms, prénoms, numéros de téléphone (indispensable au moment de l'inscription), mails et géolocalisation de ses utilisateurs. L'application se réserve aussi le droit de conserver tout message envoyé à travers son service. Les données de connexion (IP, informations sur le mobile utilisé, pages visitées) sont également automatiquement collectées, bien qu'anonymisées, précise le journal français. Finalement, Vero ne se distingue pas vraiment de ses concurrents.

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Si ces informations collectées sont majoritairement utilisées à des fins internes, d’amélioration du service, elles le sont aussi pour « des services publicitaires externes » et pour « personnaliser les contenus et informations » visibles sur l’application. Étonnant pour un réseau social qui prétend fonctionner sans publicité, sans algorithme et sans trackers.

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Le passé du fondateur refait surface

La personnalité de l'un de ses fondateurs met aussi à mal l'objectif de l'application : devenir le numéro 1. Ayman Hariri est le plus jeune fils de l'ancien Premier ministre libanais, Rafic Hariri, assassiné en 2005. Milliardaire, cet homme d'affaires a présidé Saudi Oger, géant de la construction basé en Arabie Saoudite. Mais cette entreprise familiale est également connue pour ses dettes faramineuses. En faillite, elle n'a toujours pas réglé les dizaines de millions d'euros d'arriérés de salaires qu'elle s'était engagée à payer à ses anciens employés, souligne RTL. Une image beaucoup moins lisse et parfaite que le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg.

2/10

Vero est loin d'être le premier réseau social à vouloir détrôner les géants de la catégorie. Ello, Peach, Mastodon... Ils ont tous voulu proposer l'anti-Facebook, le nouveau WhatsApp ou le réseau social décentralisé, sans exploitation des données à des fins publicitaires. En vain. Comment tous les autres, Vero semble voué au deuxième rang. Alors qu'ils répondaient tous à une véritable demande des utilisateurs, ces réseaux sociaux "d'un nouveau genre" se heurtent à la même difficulté, selon le Figaro : Pour être intéressant et perdurer, l'application a besoin de beaucoup d'utilisateurs.

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Et cela semble compromis pour Vero. Sur les autres réseaux sociaux, critiqués mais ultra-puissants, de nombreux internautes ont déjà fait part de leur mécontentement ou de leur intention de supprimer tout simplement la nouvelle application à la mode. Sur App Store, si elle reste toujours numéro 1 des téléchargements gratuits, Vero obtient la note exécrable de 2/10. Et les commentaires négatifs s'accumulent de jour en jour.

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