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Pourquoi Qwant ne fera pas trembler Google

Qwant est un moteur de recherche qui ne traque pas vos données et qui possède tous ses serveurs en Europe. | © Unsplash

Technologie

87% des internautes mondiaux utilisent Google comme moteur de recherche. Pourtant, des alternatives existent. Après le récent scandale Facebook, Qwant le moteur de recherche qui ne récolte pas vos données connait un véritable succès. Mais pourrait-il un jour rattraper Google ?

C’est devenu un réflexe pour l’énorme majorité des internautes. Que ce soit sur nos téléphones mobiles ou sur nos ordinateurs, Google est un ami fidèle qui a toujours réponse à tout.
Et ce moteur de recherche jouit d’un monopole presque parfait. C’est en Europe qu’il souffre le moins de la concurrence. Selon Statista, 94% des Européens l’utilisent pour trouver ce qu’ils cherchent sur Internet, alors qu’aux États-Unis, ce chiffre chute à 63%. Mais après l’affaire des données Facebook, ces statistiques pourraient davantage diminuer. Les alternatives plus respectueuses de nos données privées ont en effet de plus en plus de succès. C’est le cas de Qwant, un moteur de recherche qui ne collecte aucune information sur ses utilisateurs. Il a récemment vu son taux de fréquentation exploser au point de faire saturer ses serveurs le 28 mars. Mais ce nouvel outil peut-il réellement nous faire oublier Google ?

« Google ne vous montre pas tout le web »

La promesse faite par Qwant semble alléchante : « C’est un moteur de recherche éthique et européen qui ne vous prend pas vos données. Vous n’êtes pas le sujet de la recherche », explique son PDG Éric Léandri. Le système ne garderait donc aucune trace des interactions avec ses utilisateurs et ne revendrait pas leurs profils aux annonceurs.

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Une capture d’écran de l’interface en trois parties de Qwant.

Malgré son engagement attrayant, Qwant se heurte à un obstacle de taille. Prendre des parts de marché à Google en « faisant du Google » est impossible pour les nouveaux venus, selon son fondateur. C’est la raison pour laquelle Qwant n’a pas opté pour une simple barre de recherche épurée comme son concurrent. Il mise plutôt sur la logique du portail pour se démarquer du géant Google : « On vous a mis trois volets : un avec le world wide web, un avec les actualités, et le troisième avec tout le web social, les réseaux sociaux ».

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Au-delà de ces choix techniques, la volonté d’afficher les différents réseaux sociaux répond aussi à une volonté philosophique. « En 2011 quand on a créé Qwant, (…) Google n’indexait plus les réseaux sociaux. Il ne faisait que le web. Parce que cela ne les intéresse pas d’envoyer du monde chez les voisins. Et c’est pareil pour les vidéos », explique Eric Léandri. « Dans Google vous n’avez que YouTube (qui leur appartient, ndlr), vous n’avez pas Dailymotion ou Vimeo. Le principe de Google aujourd’hui, c’est de mettre dans leur résultat, soit les leurs, soit ceux de leurs amis, mais l’idée c’est de vous garder dans un univers et de collecter un maximum de données à votre sujet ». Alors qu’aujourd’hui nous avons une multitude d’univers fermés, tels que « la bulle Google » ou celle de « Facebook », Qwant mise quant à lui sur un portail interconnecté pour réconcilier les géants du web. Le pari est osé.

Ces alternatives sont-elles viables ?

Si les autres moteurs de recherche s’efforcent de traquer nos données pour faire des bénéfices en les revendant à des annonceurs, comment des alternatives telles que Qwant ou DuckDuckGo, qui font la promesse de ne pas nous traquer, peuvent-elles être viables ? Éric Léandri l’assure, il est très facile de gagner de l’argent avec un moteur de recherche. Et pour cause, les utilisateurs eux-mêmes tapent dans la barre de recherche ce qu’ils veulent. Qwant peut alors afficher une annonce publicitaire en lien avec la recherche, et à chaque clic, gagne de l’argent. « Et je n’ai pas besoin de savoir ce que vous vouliez avant. Je n’ai pas besoin de vous avoir traqué parce que vous allez me le dire », ajoute le fondateur.

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Eric Léandri, le PDG de Qwant. © BELGA PHOTO JEAN-LUC FLEMAL

C’est d’ailleurs ce business modèle, sans tracking, qu’utilisait Google entre 1997 et 2006, à l’époque où l’entreprise valait 100 milliards de dollars à la bourse. Si Google vaut aujourd’hui six fois plus, selon Eric Léandri, c’est suite au changement de leur politique de collecte des données de leurs utilisateurs, devenue beaucoup plus décomplexée.

Difficile indépendance

Si engendrer des bénéfices est chose facile, les nouveaux moteurs de recherche qui souhaiteraient s’attaquer aux géants du secteur font face à un problème supplémentaire. Il est très difficile pour eux de se passer des serveurs de Google, Bing ou Yahoo. Car scanner et indexer toutes les pages du web est un travail colossal qui nécessite beaucoup d’investissements. C’est la raison pour laquelle Lilo, Ecosia ou encore DuckDuckGo font tous appel aux algorithmes ou aux serveurs de Google, Yahoo, Bing ou Amazon. Dans le cas de Qwant, leur volonté de créer petit à petit leur propre index est l’élément qui permet, selon son PDG, de leur assurer une réelle indépendance. Mais la tâche est longue.

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La justice européenne à la rescousse

Face à un tel oligopole des infrastructures, les entreprises comme Qwant peuvent aussi compter sur l’Europe pour rétablir un début d’équité. La commission européenne ne voit effectivement pas d’un très bon œil le quasi-monopole de Google. Après une première amende de 2,4 milliards d’euro en 2017 au sujet de Google Shopping, la commission se penche actuellement sur Android, le système d’exploitation mobile de Google. La raison ? Google empêchait l’utilisation par défaut des moteurs de recherche tels que Qwant. « Jusqu’à présent vous n’aviez pas le choix. Vous allumiez votre Android, vous étiez coincé avec toujours le même (moteur de recherche, ndlr) ». En janvier, Google semblait céder à la pression et permettait finalement d’installer un autre moteur de recherche par défaut que le sien sur son navigateur. Une victoire pour Qwant, dont le PDG était en partie à l’origine de la plainte auprès de l’Union européenne. « On est au moment charnière où on va avoir le droit d’avoir le choix ».

Ces éléments permettront-ils à Qwant de mettre fin au monopole de Google ? Les mentalités changent, affirme Éric Léandri, « mais nous ne sommes pas dans (l’objectif, ndlr) ‘Qwant va battre Google’. Ils valent 600 milliards, je n’ai aucune prétention de ce type. Nous sommes simplement à un moment charnière où aujourd’hui, on va pouvoir avoir le choix, avec des services qui vous respectent ».

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