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Vos futurs employeurs pourraient bien surveiller vos émotions

Être heureux, tout le temps : l'angoisse ultime. | © Pexels

Technologie

 En Chine, de plus en plus d’entreprises s’équipent de capteurs d’émotions pour stimuler la productivité de ses employés… quitte à contribuer à créer une police de la pensée.

Vous avez mal dormi et ce matin, vous avez la tête pleine de tracas. Vous n’êtes pas forcément d’humeur pour un énième lundi, mais qu’importe, vous essayez de donner le change. Dans un couloir, un supérieur vous interpelle : « Il faudrait penser à se coucher plus tôt et à régler ces problèmes. Vos émotions ont un impact sur l’entreprise ! » C’est officiel, vous ne pouvez plus rien cacher à votre patron.

Le scénario est effrayant, mais il est déjà d’application en Chine, manifestement nouvelle patrie de la dystopie devenue réalité, façon Black Mirror. Après le système de points qui peut bannir les citoyens chinois des transports en commun, certaines entreprises du pays ont choisi d’équiper leurs employés de casques à capteurs d’ondes cérébrales. Leurs émotions sont passées au crible : colère, stress, fatigue… Passés à la loupe du détecteur, les changements émotionnels servent de sonnette d’alarme au management, explique le South China Morning Post, relayé par Slate.

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Comme à l’usine Hangzhou Zhongheng Electric, où depuis 2014 la direction a pris cette décision afin de mieux anticiper un certain mal-être au travail, et le contrer avant qu’il n’affecte la chaine de travail. L’ouvrier qui est surpris à avoir des émotions contraires à une productivité saine est envoyé en pause, sur un autre poste de travail, ou tout simplement chez lui. L’entreprise assure que les casques et casquettes lui ont permis de générer un profit de 315 millions de dollars depuis qu’elles sont portées par les employés – les nouvelles recrues, surtout.

Championne de l’intelligence artificielle… et de la répression mentale ?

Mais l’équipement sert également un autre dessein, d’intérêt plus général : grâce à l’accumulation de données liée à une utilisation plus importante des capteurs d’émotion, la Chine pourrait bien devenir l’un des leaders du marché des « lecteurs d’esprit », le système apprenant de lui-même. Dans l’avenir, la technologie pourrait même être utilisée pour contrôler d’autres outils grâce à la simple force mentale, explique le South China Morning Post. Elles est également pressentie pour équiper les hôpitaux et prevenir les crises chez les patients.

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Car si le dispositif relativement connu dans le secteur technologique mondial, il est utilisé à une échelle jamais vue en Chine, notamment dans le monde du travail – où l’on pense notamment en équiper les pilotes d’avion, afin de diminuer le risque d’accidents. L’armée chinoise en fait également usage, de même que les sociétés de trains. Forcément, les employés sont souvent d’abord réticents – certains pensent même que les entreprises veulent lire dans leurs pensées – et imposent des résistances. Mais sans autre choix, ceux de Hangzhou Zhongheng Electric ont capitulé, et sont aujourd’huis ravis, du moins selon les acteurs du projet.

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Qiao Zhian, professeur à l’Université normale de Beijing, alerte pourtant sur la possible création d’une « police de la pensée », comme dans 1984, le roman de George Orwell. C’est qu’à ce jour, aucune loi ne régule l’utilisation de ces données par quiconque : ses utilisateurs livrent leurs émotions sans pour autant savoir qui les utilisera ensuite et à quoi elles serviront. « La vente de données Facebook est déjà bien assez grave. Mais la surveillance de l’esprit peut mener à des abus de vie privée d’un tout autre niveau », dénonce le professeur, avant d’ajouter : « L’esprit humain ne devrait pas être utilisé pour le profit ».

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