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Chez Riot Games, le sexisme était devenu une culture d’entreprise

Image d'illustration. | © Unsplash

Technologie

L’entreprise de jeux vidéo derrière le très populaire « League of Legends » fait l’objet d’accusations de sexisme et de harcèlement depuis plusieurs mois. Aujourd’hui, de premiers changements sont à l’oeuvre…

Se faire couper la parole durant les réunions, se faire constamment décrédibiliser et lourdement draguer par ses collègues masculins, sans oublier les petites remarques désobligeantes sur ses tenues. Toutes ces choses ont rythmé le quotidien des femmes chez Riot Games. L’entreprise américaine à qui l’on doit « League of Legends », l’un des jeux multijoueur les plus populaires au monde, est pointée du doigt depuis le mois de juillet dernier. Pourquoi ? Grâce à un article de Kotaku qui a fait l’effet d’une petite bombe. Fruit d’une enquête longue de 8 mois, elle dresse un portrait alarmant des conditions de travail qui y règnent.

Une « bro culture » toxique

À l’époque ce sont 28 employés, présents et passés, qui se sont confiés à la journaliste Cecilia d’Anastasio, sous couvert d’anonymat. On y lit notamment comment Lacy, fatiguée de ne pas se faire entendre, a demandé à un collègue de faire passer l’une de ses idées à une réunion. Résultat : tout le monde a écouté et la proposition a (enfin) été validée avec enthousiasme. Un exemple parmi tant d’autres de la « bro culture » qui règne dans cette entreprise où 80 % des 2500 employés sont des hommes. Certains d’entre eux ont aussi décidé de répondre aux questions de Kotaku pour la dénoncer.

Il y avait deux sortes de comportements : l’usage par des hommes hétéros de références et de gestes sexuels à l’égard d’autres hommes hétéros, et l’usage d’un langage sexiste et inapproprié à l’égard des femmes. – Barry Hawkins, un ancien employé de Riot Games

Il semblerait que, pour se sentir épanouis dans la boîte, le sexisme et le machisme étaient intégrés. Draguer les petites nouvelles lors des soirées alcoolisées et empêcher les femmes d’accéder à des postes importants – on n’en compte que 2 sur les 23 membres de l’équipe de direction – étaient des comportements courants si l’on en croit leurs témoignages.

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Ce qui met mal à l’aise, c’est que Riot Games n’hésitait pas à vanter publiquement sa culture d’entreprise. À Montréal, le journaliste canadien Mario J. Ramos se souvient d’avoir assisté à une conférence où Brandon Beck, le fondateur, expliquait comment la créativité et la personnalité de chacun étaient valorisées. Il y disait aussi que la méritocratie était une valeur fondamentale pour lui.

Le changement, c’est maintenant ? 

À la fin du mois d’août, soit des semaines après la publication de l’enquête, Riot Games a enfin réagi. Le développeur s’est fendu d’un communiqué intitulé « Nos premiers pas vers l’avant », publié sur son site. « Ces trois dernières semaines, nous nous sommes évertués à écouter et à apprendre. En tant que compagnie, nous sommes habitués à régler des problèmes le plus rapidement possible, mais ce problème-ci ne se réglera pas du jour en lendemain. Nous allons intégrer ce changement dans l’ADN de notre culture et ne laisser aucune place au sexisme et à la misogynie. L’inclusion, la diversité, le respect et l’égalité sont non négociables », peut-on y lire, accompagné de la promesse de changements à venir. Une investigation a depuis été lancée. « Une action appropriée est notre priorité absolue », a également déclaré un porte-parole à Mashable ce 13 septembre.  Selon Venture Beat, Riot Games se serait tout récemment offert les services de Frances Frei, un ancien employé d’Uber dédié à la diversité et la culture en entreprise pour faire bouger les choses. Le début d’un grand nettoyage ?

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