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Horizon Zero Dawn : Et si le paléolithique était résolument moderne ?

Vidéo Technologie

Depuis le moment précis où il a inventé la machine, l’homme craint son soulèvement, ce jour où robots passeront d’esclaves à maitres. Le jeu vidéo n’y échappe pas.

« Vous êtes la peste et nous, nous sommes l’antidote ». Agent Smith dans « Matrix »

Vrai terreau à l’éventualité sadomasochiste de voir un jour un homme avalé par son frigo intelligent, l’univers de la science fiction et le cinéma, vecteur et catalyseur privilégié, contribuent à cette fascination qu’a l’homme d’être un jour à la merci de son jouet.

En 1927, « Metropolis » de Fritz Lang offrait déjà le pouvoir de tuer à un humanoïde sous l’impulsion de scénarios encore plus anciens. Dans « 2001, l’Odyssée de l’espace », à travers l’œil de Stanley Kubrick, les robots tueurs laissent place à une intelligence artificielle belliqueuse à l’égard de son créateur. Arrive ensuite « Terminator » qui, depuis son premier volet génial, conte le conflit des machines tueuses de Skynet et des survivants humains à l’holocauste nucléaire.

À l’heure où l’intelligence artificielle est au cœur de toutes les technologies, à l’heure où la réalité virtuelle nous rappelle plus que jamais « Matrix », la trilogie des frères Machowsky, nous demandons-nous du pourquoi ? Qui aurait pu un jour glisser dans l’oreille de mon grille-pain que la vie serait plus belle sans tartine ?

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Face à la machine, peut-on se permettre de perdre l’ascendant comme on perd une partie de Go ?

L’Aloy, c’est elle !

Sans répondre à ces questions métaphysiques, Aloy, héroïne du jeu exclusif à la Playstation 4 « Horizon : Zero Dawn », tente pourtant de rétablir la vérité, à commencer par la sienne. Dans un futur indéterminé de notre terre dévastée, l’humanité est retournée à l’âge de pierre, vit en tribus, s’abrite sous des peaux de bêtes et vit de la chasse et de la cueillette. Nous voici donc plongé dans une époque primitive et impitoyable où l’homme n’est ni au sommet des réseaux trophiques ni à la pointe de la négociation, préférant régler tout différend au gourdin plutôt qu’à la poignée de mains.

Plus inquiétant encore, l’omniprésence de ces monstres mécaniques dont les courbes et attitudes laisseraient songer à des bêtes néandertaliennes. Dans ce monde où tout est surdimensionné, Aloy est le vilain petit canard, élevée par un père adoptif à la suite du rejet de sa tribu pour des raisons qu’elle ignore encore. Sans surprise, ce parcours personnel s’entremêle au nœud de l’intrigue, la question autour de ce virus, « cette corruption » qui affecte les robots. Et face au métal hurlant, des moyens de défenses rudimentaires faits de pierre, un précieux arc et aussi quelques pouvoirs hérités de la technologie du passé (ou du futur c’est selon) sans surprise, ce parcours personnel s’entremêle au nœud de l’intrigue, « cette corruption » qui affecte les robots et, face au métal, seuls la pierre, l’arc et les pouvoirs hérités du passé (ou futur c’est selon). Si parfois, la narration ne passe que très superficiellement sur des thèmes comme l’isolement, la sédentarisation et les luttes entre peuples, l’immersion dans cet univers est totale.

Un monde hors norme

Horizon : Zero Dawn est un jeu à la troisième personne, aux frontières du jeu de rôle, dans un hallucinant mode ouvert, visuellement parfait. Si dans son essence, l’originalité n’est pas le point fort du titre, l’équipe néerlandaise de Guerrilla (série des Killzone) a surtout le mérite d’avoir créé des sensations rares en monde ouvert. Cette terre est chatoyante, sa faune est pullulante et l’homme n’est qu’un pion au milieu de la chaine alimentaire, faute à ces machines nombreux, dangereuses et imprévisibles. Apprendre à les pirater et les détruire sera le seul salut, réfléchir et prévoir ses coups plutôt que se lancer tête baissée. Ainsi tout prend sens au sein de cette nature cruelle, survivre et confectionner des d’objets à partir d’os et de cordes n’a jamais été autant à sa place que dans ce primal emploi. Tout profitera à celui qui agira comme Aloy le ferait, elle qui, avec les robots, est le sel de cette expérience.

L’intelligence artificielle, une affaire de machines

Si au sein de cette aventure, le cerveau des machines crée notre perte, rien à craindre de l’humain qui tant dans les affrontements que dans les interactions manque cruellement de profondeur. La richesse psychologique de notre héroïne n’aura alors d’égal que la platitude de certains intervenants de l’histoire. Dans Horizon : Zero Dawn, nature et machines pourraient finalement vivre côte à côte sans même se remarquer, reste savoir quoi faire de l’homme. Pourtant captivante et surtout chronophage, l’incarnation de Aloy vous volera à vos proches une quarantaine d’heures. Mais, en 2016, la notion de sociabilisation n’est-elle pas devenue totalement préhistorique ?

 

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