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2019, l’année de l’intelligence artificielle ? Des perspectives et beaucoup d’interrogations

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En 2019, la tâche des entreprises sera multiple par rapport à l'IA : définir une stratégie efficace, créer un poste dédié à ces développements et investir. | © Guido Kirchner / dpa.

Technologie

De nombreux experts du secteur annoncent en fanfare la révolution attendue … Le passage d’un effet de mode à une certaine maturité du secteur. Pour autant, un grand nombre de questions restent toujours sans réponse en marge du développement technologique mené à vive allure.

Par Laurent Depré

Pour le grand public, l’intelligence artificielle a surtout fait parler d’elle dans deux secteurs en 2018 : l’automobile et les enceintes intelligentes.

Au printemps dernier, aux États-Unis, un piéton s’est fait mortellement faucher par un véhicule autonome utilisé par la société Uber. Un drame qui a posé beaucoup de questions et qui inquiète lorsque l’on sait que nombre de constructeurs automobiles investissent dans l’auto-conduite. Tout comme une série de sociétés sont intéressées par l’offre de services en terme de « robot-taxi ». Du côté des assistants vocaux ou smart speakers, si les Google Home, Echo ou HomePod n’ont pas encore envahi la Belgique, ils ont connu un vrai essor en 2018. Fin 2019, on estime que plus de 250 millions d’unités seront en circulation.

Dans son édition du 20 décembre, le Trends Tendances titrait sans détour : « Il faut réguler l’intelligence artificielle ». Reprenant un article rédigé par The Economist, l’hebdomadaire posait le constat suivant. Dans la perspective de l’explosion du recours à l’intelligence artificielle dans un nombre croissant de domaines, il est plus que temps de se pencher sur ses « impacts involontaires » sur la société. Le « tout connecté » gonflé d’intelligence artificielle devrait se décliner sous toutes ses formes dans les mois à venir : santé, transports, loisirs, agriculture, sports …
Parcourons quelques zones d’ombre.

Respect de la vie privée : Quel stockage pour les données récoltées ?

© Sven Hoppe / dpa.

Le big data ou la collecte d’informations pertinentes pour les annonceurs et publicitaires pour ensuite offrir aux personnes un ciblage ou un profilage sur mesure fait appel à l’IA. L’Europe s’est dotée l’an passé du RGPD (Règlement général sur la protection des données) pour davantage contrôler le flux de données récoltées, entre autres, par les géants de l’internet. Pas certain que les États-Unis et la Chine suivent le pas dans un avenir proche.

Là également, divers scandales ont brisé la confiance dans le secteur technologique et son utilisation des données personnelles. Le ras-de marée Cambridge Analytica de Facebook va-t-il laisser des traces ? À voir …

Tout l’écosystème des objets connectés repose en fait sur l’exploitation de ces données, et donc sur la confiance des usagers. Où finiront-elles ? Combien de temps seront-elles mises à disposition des groupes ? Quid de l’historique des habitudes de consultations en ligne ? Des questions qui n’ont obtenu que peu de réponses jusqu’à présent. « Le grand public est prudent, du fait des derniers événements », souligne Roger Kay, analyste chez Endpoint Technologies Associates. « Cette circonspection va peser sur le secteur ».

Et la technologie de reconnaissance faciale est clairement dans les starting-blocks. Elle est déjà présente dans un produit aussi populaire et répandu que l’iPhone. Les craintes sont nombreuses aussi chez les utilisateurs d’être scrutés, observés, filmés, enregistrés en permanence … Où sont les garde-fous ? Dans une enquête menée en 2018, PWC (PricewaterhouseCoopers) révélait que 61% des personnes sondées aimeraient créer des modèles IA transparents et explicables et 55% souhaitent créer des systèmes IA éthiques, légaux et compréhensibles.

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Des jobs en danger, vraiment ?

C’est régulièrement l’argument mis en avant par les détracteurs de l’intelligence artificielle qui la compare à une sorte de Terminator de toute une série de métiers facilement remplaçables par des robots. À l’heure actuelle, il ne semble se dégager aucune réponse globale. Il est assez évident que cela va bousculer le monde des affaires et de l’entreprise. Et que des fonctions, des tâches vont disparaître dans un futur pas si éloigné que cela.

Le mythe de la caissière de grande surface où la personne à l’accueil remplacée par un humanoïde est sans doute loin de la réalité. Tous les secteurs et tous les métiers seront impactés. Pas uniquement les activités à faible compétence. Car la robotisation concerne aussi des tâches complexes. Il faut voir cette évolution comme celle qui a accompagné la révolution industrielle explique The Economist. C’est un mouvement qui impactera le marché du travail et son organisation mais surtout et avant tout la formation, l’enseignement, l’apprentissage.

Un récent rapport édité par le secteur des banques et des assurances en France mettait en avant que cette technologie fait miroiter bon nombre d’opportunités : de la relation client à la gestion des sinistres, en passant par la tarification, la gestion des risques et la détection des fraudes … L’intelligence artificielle doit permettre de réduire drastiquement certains coûts et libérer les collaborateurs d’une partie des tâches.

En 2019, la tâche des entreprises sera multiple par rapport à l’IA : définir une stratégie efficace, créer un poste dédié à ces développements et investir.

Enfin, de nombreux spécialistes estiment d’une part que les entreprises vont devoir apprendre ce que l’IA peut concrètement leur apporter ou pas et d’autre part que de nombreux jobs pourront être créés dans la foulée. C’est déjà vrai pour tout ce qui concerne les jobs créés autour du machine learning (modéliser des phénomènes et leur répétiton) ainsi que dans le deep learning (réseaux de neurones d’apprentissage profond). À voir à l’arrivée.

L’Europe est en retard de plusieurs trains…

© EPA / STEPHEN MORRISON.

Le rapport cité plus haut s’inquiète aussi de l’avance prise dans le développement de l’IA par les États-Unis et la Chine. Un possible changement des rapports de force dans le marché n’est pas utopique : « La maîtrise des techniques de l’intelligence artificielle par des grandes sociétés informatiques majoritairement non-européennes pourrait entraîner une concentration excessive du marché entre les mains de quelques acteurs ». Partout ailleurs, les investissements privés et publics se multiplient et grossissent. Le plus amer dans ce retard, c’est que les GAFA viennent se servir de nos ‘cerveaux européens’ pour développer la recherche autour de l’IA. Ils charment les talents avec des salaires, des budgets et des projets excitants …

Fin 2018, la Commission européenne a promis d’investir 2 milliards dans cette technologie. L’enjeu est important pour l’Union européenne. L’intelligence artificielle pose la question de la souveraineté des Européens trop captifs des technologies des autres, et de la possible manipulation de l’information.

Un pacte entre l’homme et la machine est-il possible ?

© Belga

Dans de nombreux articles rédigés autour du thème de l’IA, l’accent est mis sur le fait que ces systèmes sont là pour rendre l’humain meilleur, pour l’aider à prendre de meilleurs décisions. Pas pour le remplacer in fine.  Des systèmes dont on dit qu’ils pourront à terme reconnaître et respecter les émotions humaines.

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Selon Rana el Kaliouby, CEO d’Affectiva, qui développe un logiciel capable de reconnaître les émotions humaines, 2019 verra l’instauration « d’un nouveau contrat social entre individus et IA ». Contrat qui reposera sur une confiance réciproque : « Les êtres humains devront faire confiance à l’intelligence artificielle, mais l’intelligence artificielle devra aussi faire confiance aux humains en retour ». Pour cela, l’IA devra être capable de réagir en fonction des émotions humaines, et sera ainsi jugée sur son intelligence émotionnelle.

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