L’amour sous algorythme : Comment Tinder manipule vos rencontres

L’amour sous algorythme : Comment Tinder manipule vos rencontres

Tinder amour algorythme

Image d'illustration. | © Jon Tyson / Unsplash

Technologie

Dans le livre L’amour sous algorithme, la journaliste Judith Duportail dévoile les travers de l’algorithme de l’application de rencontre. On y découvre à quel point les rencontres que l’on croit être le fruit d’un heureux hasard découlent en fait de savants calculs.

Après une rupture amoureuse, Judith Duportail s’inscrit sur l’application de rencontre Tinder. Pluie de textos, dizaines d’hommes à ses pieds, ego boosté, addiciton … Elle jubile. « Chaque match vient, comme un micro-pansement, combler les failles de mon ego, écrit la journaliste. Mes chevilles explosent à chaque notification. » Jusqu’au jour où une information la scandalise : l’application note secrètement ses utilisateurs sur leur “désirabilité”. La journaliste prend alors le pas sur l’amoureuse. S’appuyant sur l’avis d’experts, sa propre expérience et un mystérieux brevet, elle tente de savoir d’où viennent ses matchs.

Lire aussi > Tinder surprise : quand l’app remet à sa place un utilisateur misogyne

En six ans d’existence, Tinder est devenue l’application la plus rentable, devant Netflix ou Candy Crush. Un match entre l’appli’ de rencontre et ses soixante millions d’utilisateurs. Avec 800 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, l’entreprise nous considère « au mieux comme un client, au pire comme un produit » d’après Judith Duportail. Elle publie aujourd’hui L’amour sous algorythme aux editions de la Goutte d’Or, une enquête dans laquelle elle analyse les rouages de l’algorythme, et plus particulièrement un brevet de 27 pages. Le document décrit les possibilités qu’a Tinder pour améliorer la qualité des matchs.

Lire aussi > Google Translate ne sera bientôt plus sexiste

Un livre qui sort alors que l’application vient justement de mettre fin à Elo score, la note secrète de désirabilité de ses utilisateurs. Mais il existe encore une note « d’attractivité physique ». Et Tinder va même plus loin pour que ses utilisateurs trouvent la personne avec qui cela peut marcher : « le serveur peut être configuré pour lire des signaux implicites (…) à l’aide d’algorithmes de reconnaissance faciale ». Parmi ces signaux, « l’ethnicité, la couleur des cheveux, la couleur des yeux, etc des personnes likées par l’utilisateur ». Ainsi, si vous avez liké Martin, cheveux brun aux yeux verts, le serveur cherchera des profils similaires à celui que vous avez aimé pour vous en présenter des nouveaux.

Faire croire au destin

Le profil peut aussi être scanné pour trouver des activités ou centres d’intérêts communs en analysant les termes contenus dans les descriptions. Par exemple, avoir écrit « j’adore les chats » dans votre bio Tinder vous amènera à voir davantage de profils de personnes mentionnant les chats dans la leur. Mais les équipes de l’application se sont rendu compte qu’il n’était pas suffisant d’analyser les textes des biographies. Tinder s’est alors offert l’outil de reconnaissance visuelle d’Amazon pour identifier les centres d’intérêts de ses utilisateurs. Si vous apparaissez avec une guitare, vous voilà alors classé dans la catégorie « créatif », et l’algorythme travaillera pour faire matcher des personnes ayant ces points communs.

Lire aussi > Un Tinder réservé aux riches et célèbres en phase de test

Pire, selon Judith Duportail, l’application s’arrange un peu avec la réalité en entretenant la « croyance en la destinée » : « Le serveur peut être configuré pour rendre un profil plus attirant aux yeux d’un utilisateur en signalant des coïncidences » peut-on lire dans le brevet. L’algorythme peut aussi décider de ne pas signaler les points communs, afin de laisser les utilisateurs découvrir eux-mêmes ces similitudes et ainsi les laisser croire à une sorte de destin qui aurait mené jusqu’à leur rencontre.

Après notre beauté et nos centres d’intérêts, les utilisateurs sont aussi susceptibles d’êtres évalués sur leur intelligence. « Le serveur de matching analyse des facteurs comme le nombre moyen de mots par phrase, le nombre total de mots comptant plus de trois syllabes, ou le nombre de mots utilisés » précise le brevet. L’algorythme déduirait votre QI, votre niveau scolaire et votre nervosité générale en lisant et analysant vos messages.

Tinder burn-out

Enfin, l’application peut aussi tricher avec la géolocalisation en vous rapprochant virtuellement d’un profil particulièrement attirant : « Le serveur peut être configuré pour moduler la note issue del’analyse de la proximité géographique à la lumière d’autres facteurs. » Le brevet permet donc à Tinder de valoriser un autre critère entre les utilisateurs comme l’âge, la profession ou le niveau de revenus.

Lire aussi > Tinder va lancer “Places”, pour croiser votre âme soeur dans vos endroits préférés

Selon une porte-parole de l’entreprise, cette enquête est « une interprétation fallacieuse de ces brevets. » Le livre aborde aussi la question de la revente des données des utilisateurs ou des options payantes de Tinder. Judith Duportail revient dans des passages plus personnels sur son rapport addictif à l’application pour finir en Tinder « burn-out ». Et on l’a comprend. Quand on referme L’amour sous algorithme, on a aussi envie de supprimer très vite l’application Tinder de nos téléphones.

 

Mots-clés:
Tinder datas algorythme
CIM Internet