Katie Bouman, la femme derrière la photo du trou noir, subit des campagnes de cyberharcèlement

Katie Bouman, la femme derrière la photo du trou noir, subit des campagnes de cyberharcèlement

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Les astronomes de l'Event Horizon Telescope (EHT) ont dévoilé les premières photos d'un trou noir. | © Event Horizon Telescope Collaboration via ABACAPRESS.COM

Technologie

Katie Bouman, l’ingénieure qui a contribué à prendre la photo du trou noir, est depuis la cible de nombreuses attaques sur les réseaux sociaux.

Katie Bouman, étudiante de 29 ans à MIT, est une des scientifiques ayant permis la première photo du trou noir il y a un peu plus d’une semaine. Elle a été mise en avant par un cliché de son visage émerveillé devant cet accomplissement de chercheuse. Mais elle est victime depuis quelques jours d’une campagne de cyberharcèlement, lui reprochant de s’approprier tout le mérite de cette découverte.

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Sur les réseaux sociaux, c’est bien elle que le MIT a choisi de mettre en avant en la présentant sur Twitter comme « l’étudiante à l’origine de l’algorithme qui a produit la première image d’un trou noir« . Depuis lors, les médias du monde entier dressent le portrait de celle qui se cache « derrière la photographie du trou noir« .

Mais de son côté, Katie Bouman met en avant sur sa page Facebook tous les membres de l’équipe au sein du projet Event Horizon Telescope. Elle précise en commentaire que « cette photo n’est pas le résultat d’un algorithme ou d’une personne ». Elle poursuit : « Cela a demandé l’incroyable talent d’une équipe de scientifiques partout dans le monde et sur plusieurs années pour développer les outils, les analyses de données, les méthodes d’imagerie et les techniques nécessaires pour mettre à jour cette collaboration a priori impossible. C’était un honneur d’avoir la possibilité de travailler avec vous tous ».

I’m so excited that we finally get to share what we have been working on for the past year! The image shown today is the…

Publiée par Katie Bouman sur Mercredi 10 avril 2019

Mais très rapidement, des personnes vont reprocher à la scientifique de se mettre en valeur, au détriment du reste de l’équipe. Son travail est largement remis en cause et sur les réseaux sociaux, la scientifique devient désormais une cible de la part de campagnes de cyberharcelement.

« Vendetta sexiste »

La page Wikipedia de la chercheuse a même été signalée (par un homme). Celui-ci justifie son signalement par le fait que « quelqu’un qui n’est même pas professeur adjoint n’est certainement pas remarquable en tant que scientifique ». Des dizaines de faux comptes ont été créés sur Instagram et Twitter, usurpant son identité et lui reprochant de reprendre à son compte l’écriture de la majorité des lignes du code, au détriment de son collègue Andrew Chael.


Andrew Chael a pourtant lui-même démenti l’information. « Il y a environ 68.000 lignes dans le logiciel actuel et je me fiche de savoir combien sont les miennes », écrit-il. Le scientifique dénonce « une vendetta sexiste » à l’encontre de sa collègue. « Je suis ravi que Katie soit reconnue pour son travail et qu’elle inspire des gens comme exemple du leadership des femmes dans les STIM » (science, technologie, ingénierie et mathématiques).

Selon les données de l’Institut statistique de l’Unesco, moins de 30 % des chercheurs dans le monde sont des femmes. Et l’équipe à l’origine de la première photographie d’un trou noir, qui compte près de deux cents experts, ne fait pas exception. Une étude anticipait qu’il faudrait encore 280 années pour espérer que les autrices soient autant représentées que les auteurs dans les revues scientifiques.

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Margaux Collet, autrice de Beyoncé est-elle est féministe et autres questions pour comprendre le féminisme, explique sur LCI que « Dès qu’une femme est valorisée publiquement, c’est systématique, elle va subir des attaques personnelles et sexistes. A partir de cette photo d’une jeune femme, on va s’interroger immédiatement sur sa légitimité, se demander ce qu’elle cache derrière son sourire et son si jeune âge ». La simple mise en avant de cette femme scientifique, qui ne minimise pourtant pas le travail du reste de l’équipe, semble avoir suffi pour justifier son harcèlement.

 

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