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Pourquoi Internet a un problème avec le mot « lesbienne »

Utiliser ce mot dans le titre va probablement nous faire perdre en visibilité. | © Unsplash/Tailli Robinson

Technologie

Comme sur Google et YouTube, le mot « lesbienne » est banni de Facebook, alors que de nombreuses militantes luttent contre l’invisibilisation de l’homosexualité féminine.

Lorsque l’on tape « lesbienne » sur Google, n’apparaissent que des sites pornographiques. À l’inverse, le mot « gay » renvoie vers des pages Wikipédia, des articles de presse et des adresses LGBT-friendly. Ce traitement différencié, récemment constaté par Numerama, a poussé Fanchon, une entrepreneure dans la tech, à lancer l’association SEO Lesbienne pour améliorer la visibilité de l’homosexualité féminine en ligne. Pour la jeune femme de 29 ans, c’est en effaçant justement tous les contenus lesbiens au profit de l’industrie pornographique et des fantasmes masculins que les femmes n’osent pas utiliser ce terme, comme si « lesbienne » était considéré comme un gros mot. Or, le mot lesbienne est l’expression revendiquée par les femmes homosexuelles et n’a rien de péjoratif.

Comme toute association créée au 21e siècle, Fanchon a créé des comptes SEO Lesbienne sur les différents réseaux sociaux. Si Instagram et Twitter n’ont posé aucun problème, Facebook a, quant à lui, interdit le nom d’utilisateur parce qu’il comportait « des mots qui ne sont pas autorisés » sur le réseau social. Survenue quelques jours avant la journée internationale de la visibilité lesbienne vendredi dernier, cette censure a poussé l’association à se renommer « SEO Lezbienne » pour être acceptée.

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Même problème pour Lesbians Who Tech. Ce collectif de femmes queers travaillant dans le domaine de la technologie a dû se limiter à « L Who Tech » pour créer sa page Facebook.

Après une réclamation de SEO Lesbienne, Facebook a modifié finalement le nom de la page, redonnant la bonne lettre au mouvement. Plus d’une semaine après sa création, souligne Numerama.

De la nécessité de dissocier le mot « lesbienne » de ses connotations pornographiques

Malgré cette modification, le règlement de Facebook reste inchangé : le mot « lesbienne » est banni. Même censure du côté de YouTube où le mot est associé à du sexe et Gmail où des newsletters lesbiennes sont catégorisées comme des spams.

D’après les études annuelles publiées par Pornhub, sur la manière dont ses utilisateurs consomment le porno, lesbienne est toujours sur le podium des recherches. Parce qu’il est largement associé au contenu pornographique, il est immédiatement filtré par les algorithmes des plateformes. « Le nombre de requêtes en ligne qui associent le mot lesbienne à la pornographie est bien plus grand que le reste des recherches en rapport avec le mot lesbienne. Par défaut, il est donc techniquement moins risqué pour des réseaux comme Facebook d’interdire par défaut l’utilisation du mot lesbienne, et de corriger le tir au cas par cas », analyse Numerama. 

Mais, cette censure est une cause de souffrance pour de nombreuses femmes lesbiennes. Lorsqu’elles se posent des questions sur leur orientation romantique et sexuelle, elles font face à une vague de pages porno. « C’est brutal, parce qu’on cherche des réponses et on se demande où elles sont les ‘vraies lesbiennes’ ? », confie au Figaro Fanchon, qui a vécu cette expérience en étant adolescente.

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censure facebook lesbienne
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