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Life360, la bête noire des adolescents américains

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Quel impact sur l'adolescent ? | © Pexels

Technologie

Aux États-Unis, des millions d’adolescents sont furieux de voir leurs vacances gâchées par le constant flicage de l’application Life360. Cette dernière permet aux parents de géolocaliser leur progéniture, et à son fondateur de récolter les données personnelles de millions d’individus.

 

Entre une vidéo de play-back et un énième challenge, les adolescents américains publient sur le réseau social TikTok leur mécontentement vis-à-vis de l’application Life360. Cette dernière permet de savoir en temps réel où se trouve chaque personne de sa famille. Parfait pour les parents inquiets pour leur progéniture. Un peu moins pour les adolescents qui crient au flicage et à la surprotection. Sur leur réseau social préféré, ils n’hésitent pas à donner des astuces pour arrêter le partage de leur position et s’offrir un peu de tranquilité. Les vidéos avec le hashtag #Life360 dépassent les 16 millions de vues. Dans une séquence aimée plus de 40 000 fois, une photo du fondateur de l’application Chris Hulls est accompagnée de commentaires désobligeants. En fond sonore, un rap aux paroles sans appel : « Balance ! Balance ! T’es qu’une balance ! » Sa tête semble être mise à prix par des millions d’adolescents américains, furieux de voir leurs vacances gâchées.

En lançant cette application gratuite en 2008, Chris Hulls ne pensait qu’à apporter un sentiment de sécurité aux familles. Mais aujourd’hui, elle soulève également des questions sur la vie privée et l’autonomie des enfants. « Je pense que c’est totalement injuste et préjudiciable pour les adolescents si leurs parents utilisent cette application régulièrement », déclare à Wired un garçon du Texas âgé de 16 ans. « Je passe le plus clair de mon temps à dire à mes parents ce qui se passe plutôt que de passer du temps avec mes amis. » Outre la position en temps réel, Life360 scrute également les déplacements en voiture. Et moindre appui sur l’accélérateur est notifié. « Si je dépasse un peu la limite de vitesse sur l’autoroute juste pour suivre le trafic, mes parents paniquent », confie une adolescente de 16 ans, vivant en Californie.

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Bien qu’il soit totalement légal pour un parent de traquer ses enfants, certains experts les ont exhorté à réfléchir à la façon dont ils s’y prennent et à l’impact que cela pourrait avoir sur la confiance de leur adolescent ou leur capacité à exercer son indépendance. « [Mes parents] ne me laissent parfois pas faire de simples choses, comme m’arrêter pour manger de la glace ou passer chez des amis pour dire simplement bonjour », confie une fille de Floride, âgée de 18 ans.

Danger pour la notion de vie privée

Pour Michaël Stora, de l’Observatoire des mondes numériques en sciences humaines, repéré par Slate, cette surveillance permanente « développe l’inquiétude parentale et l’anxiété de l’enfant ». La confiance qui doit exister entre les deux est rompue. S’ils sont surveillés depuis leur plus jeune âge, les enfants ne connaîtront pas une notion fondamentale. « Si les enfants n’apprennent pas les règles de base de la vie privée, ils ne sauront pas mettre de barrières, de limites, dans la leur. Les enfants vont finir par considérer le fait d’être espionner, par mail ou par SMS, comme normal. Comment ces futurs adultes vont-ils savoir protéger leurs données personnelles des personnes mal intentionnées ? En voulant absolument surveiller les enfants, les parents normalisent et banalisent la surveillance, sous toutes ses formes. C’est là le vrai risque », explique le psychologue français.

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Capitalisme de surveillance

Sans en être véritablement conscients, leurs données personnelles sont déjà récoltées par Life360. Les 18 millions d’utilisateurs et d’utilisatrices actives ont été encouragés à partager l’adresse de leur travail, de l’école, de la maison, de la salle de sport. Ce qui sert à proposer du contenu publicitaire ciblé ou des partenariats. Près d’un quart des revenus de l’application proviennent de ces données. Le reste des abonnements premium, qui présente d’autres options telles que l’appel automatique des secours en cas d’accident de la route.

« Life360 est plus inspirée par l’économie et le capitalisme que par le bien-être des familles », note Sarita Yardi Schoenebeck, professeure à l’université du Michigan et directrice de l’organisation Living Online Lab. Elle est moins préoccupée par l’usage de Life360 par les parents que par le modèle économique de l’application. « Il semble que [ces applications] sont conçues pour surveiller les gens sans incorporer aucune recherche, ou très peu, sur le développement de l’enfant. »

D’autres chercheurs ont tiré la sonnette d’alarme sur la manière dont les applications de partage de localisation peuvent être utilisées pour espionner ou traquer les victimes. Le COO David Rice, a déclaré que Life360 « prend ces problèmes très au sérieux », avant d’encourager les familles d’utiliser l’application ensemble, et non en cachette.

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