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La leçon que pourraient tirer Facebook et Youtube d’un site porno bien connu

Le site pornographique xHamster pourrait être l'exemple à suivre en matière de modération.

Le site pornographique xHamster pourrait être l'exemple à suivre en matière de modération. | © Unsplash / Gritte

Technologie

Fake news, harcèlement, propagation de discours racistes ou d’appels à la haine,… Pourquoi les grandes plateformes ont-elles tant de mal à gérer la modération de leurs contenus ? La méthode des sites pornographiques tels que xHamster pourrait bien servir d’exemple à Facebook ou Youtube.

 

On ne compte plus le nombre de fois où Mark Zuckerberg s’est excusé des problèmes rencontrés sur sa plateforme et a promis de faire mieux. CNN avait même réalisé une enquête sur le nombre d’aveux de culpabilité formulés par le célèbre patron de Facebook à ce sujet. Ce dernier s’excuserait-il trop souvent, pour combler l’absence d’actions concrètes concernant le manque de transparence et surtout les stratégies de modération de ses plateformes ?

2 milliards et demi d’utilisateurs à surveiller

Chaque jour, des milliards d’utilisateurs publient simultanément des contenus sur Youtube et Facebook, qui ne disposent pas d’un système de modération a priori. Ainsi, chaque message publié apparaît immédiatement en ligne. Il faut attendre le signalement d’un utilisateur pour qu’un commentaire soit supprimé a posteriori. Les deux plateformes misent aussi sur des algorithmes programmés pour repérer les termes prohibés dans les commentaires et supprimer automatiquement ces derniers. Comme il s’agit de robots et non d’être humains, il est relativement aisé de contourner ces contrôles.

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La quantité importante d’utilisateurs de certaines plateformes (celle de Facebook se compte en milliards), a souvent été utilisé comme prétexte pour expliquer l’impossibilité de surveiller et modérer tout ce qui s’y trouve. OneZero déclare à ce propos : « Dans une industrie fondée sur le principe « avance rapidement et casse les codes » («Move forward and break things») , l’idée que certains problèmes doivent être résolus soigneusement et au cas-par-cas, est totalement étrangère aux entreprises dont la valeur est liée au nombre considérable d’utilisateurs. »  

Si l’argument est recevable, il n’explique pas pourquoi un autre secteur situé à quelques centaines de kilomètres de la Silicon Valley, parvient à adopter une gestion plus lente et donc plus efficace dans la modération des commentaires. En effet, dans la Porn Valley de Los Angeles (capitale mondiale du divertissement pour adultes); avant que quoi que ce soit puisse être posté, il doit être examiné de manière rigoureuse. C’est le cas de xHamster, le troisième site pornographique le plus populaire sur internet (10 millions de membres) après XVideos et Pornhub.

Unsplash / Lucas Bravo

Cette différence d’approche s’explique par une prudence requise concernant la responsabilité légale du site. Les pénalités imposées par le gouvernement ou les banques sont telles que le moindre écart pourrait mettre la société à l’écart de façon permanente, voire pire. En effet, des règles juridiques très poussées régissent la manière dont les entreprises pour adultes peuvent mener leurs activités (âge légal, contenus dégradants, consentement,…).

Les sites pornographiques, un modèle à suivre ?

« Nous sommes un peu différents des autres sites de médias sociauxNous n’autorisons aucun téléchargement ni aucune apparition immédiate sur le site. Notre intelligence artificielle examine les contenus sujets à des violations et les renvoie à notre équipe pour un examen supplémentaire. Nous avons une légion de volontaires … qui analysent les téléchargements en échange de récompenses sur site, mais aussi pour la santé de la communauté « , déclare Alex Hawkins, vice-président du site de partage de clips pornographiques xHamster. Un modèle très différent de la gratification instantanée que l’on trouve sur Facebook ou YouTube. Ici, l’examen des contenus peut prendre plusieurs heures, voire davantage. Les téléchargements peuvent prendre pas mal de temps avant d’être publiés en ligne. 

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xHamster modère non seulement les contenus agressifs qui pourraient être postés, mais également les discussions entre utilisateurs. Un excès de zèle basé sur un contrôle a propri qui est surtout motivé par un règlement strict et des sanctions très dures que le contexte justifie. Sur xHamster, 7.000 vidéos sont publiées chaque jour; Alex Hawkins estime qu’une sur 20.000 est supprimée pour violation des règles. «Parce que nous sommes très agressifs dans notre modération, les criminels savent qu’il ne faut pas utiliser nos sites». Cette philosophie pourrait peut-être inspirer Facebook ? 

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