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Les géants de la tech poursuivis pour l’exploitation et la mort d’enfants en RDC

Un enfant près d'une mine de cobalt en RDC

Parfois dès six ans, ces enfants travaillent de longues heures dans des mines extrêmement dangereuses au détriment de leur éducation et de leur avenir. | © JUNIOR KANNAH / AFP

Technologie

Les entreprises Apple, Google, Microsoft, Tesla et Dell sont toutes visées dans une plainte déposée aux États-Unis par des parents d’enfants tués ou blessés dans les mines de cobalt en République démocratique du Congo.

Les conditions de travail dans les mines de cobalt font régulièrement l’objet de rapports alarmants. En République démocratique du Congo, premier producteur mondial, les mines de ce « nouveau pétrole » emploient des enfants dans des conditions inhumaines. Cette fois, la justice américaine a été saisie par une organisation de défense des droits humains accusant Apple, Microsoft, Tesla, la maison mère de Google et Dell de « bénéficier et d’encourager sciemment l’usage cruel et brutal de jeunes enfants » pour extraire ce métal rare, crucial pour la fabrication des batteries de téléphones portables, des véhicules électriques et bien d’autres produits.

La plainte a été déposée dimanche par International Rights Advocates (IRA) devant un tribunal de Washington, au nom de 14 victimes non identifiées, des membres de familles d’enfants tués dans l’effondrement de tunnels ou de murs, ou des enfants mutilés dans les mêmes circonstances.

« L’explosion du secteur des technologies a conduit à une explosion de la demande en cobalt », explique IRA dans un communiqué, cité par Le Vif. Or le cobalt est « exploité en RDC selon des conditions dignes de l’Âge de pierre, extrêmement dangereuses, par des enfants qui sont payés un ou deux dollars par jour pour fournir le cobalt servant aux onéreux gadgets fabriqués par certaines des plus riches entreprises au monde », poursuit l’association. Dès six ans, ces enfants travaillent de longues heures dans des mines extrêmement dangereuses au détriment de leur éducation et de leur avenir. Mais pas seulement. « Ils sont régulièrement mutilés et tués par l’effondrement de tunnels et d’autres dangers connus communs à l’exploitation du cobalt en RDC », selon le rapport des plaignants qui fournissent photos à l’appui.

un enfant travaille dans une mine de cobalt
Un enfant travaillant dans une mine de cobalt en RDC, en 2016. © JUNIOR KANNAH / AFP

Motif de la plainte

Pendant plusieurs mois, IRA a enquêté pour remonter le réseau de fournisseurs de ces géants de la tech. Au centre de cette chaîne d’approvisionnement décriée par l’association se trouvent deux sociétés minières, le chinois Huayou Cobalt et le suisse Glencore, qui vend en général le cobalt au raffineur belge Umicore, un fournisseur des géants américains, selon IRA. « La chaîne d’approvisionnement de Glencore fournissant Apple, Alphabet, Dell, Microsoft et Tesla en cobalt de RDC est née dans le crime », peut-on lire dans la plainte. L’association spécialisée dans la poursuite d’actions en justice contre des multinationales affirme dans cette dernière que les géants de la tech visés sont tout à fait au courant des conditions dans lesquelles le cobalt est extrait. « Si les enjeux n’étaient pas aussi graves », il serait « tentant de rire » des mesures dérisoires qu’ils ont proposées pour y remédier, est-il écrit dans le document.

Les familles et les enfants blessés demandent des dommages et intérêts pour travaux forcés et une indemnisation supplémentaire pour enrichissement injuste, supervision négligente et détresse émotionnelle, indique The Guardian.

Déjà pointés du doigt en 2016

En 2016, Amnesty International se basant sur plus de 90 témoignages accusait déjà Apple, Samsung, Sony et Microsoft de profiter du travail des enfants en RDC dans son rapport intitulé « Voilà pourquoi on meurt ». À l’époque, la marque à la pomme s’était défendue, se vantant d’avoir mis en place une politique stricte et contraignante pour prévenir le travail des enfants. « Le travail des enfants dans nos chaînes de productions ne sera jamais toléré et nous sommes fiers d’être les premiers à avoir mis en place des garde-fous », avait affirmé Apple en 2016. Trois ans plus tard, la plainte d’IRA suggère le contraire.

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