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Pourquoi la Russie teste son propre Internet

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Concrètement, le trafic internet sera réorganisé de manière à réduire la quantité de données transmises via l'étranger. | © Unsplash/John Schnobrich

Technologie

Alors que les grands serveurs mondiaux sont situés en Europe et aux États-Unis, la Russie expérimente l’internet « souverain » pour survivre en cas de cyberguerre.

La Russie doit tirer le bilan lundi du test des équipements devant lui permettre d’isoler son internet des serveurs mondiaux et garantir son fonctionnement même en cas de cyberguerre mondiale. Ces essais interviennent dans le cadre d’une loi controversée entrée en vigueur début novembre, certains craignant une utilisation à des fins de censure. Il s’agit notamment de tester, dans des zones spécialisés, les mécanismes de réaction à des « menaces » au fonctionnement stable et sécurisé de l’internet en Russie, selon le ministère russe des Communications, cité par l’agence publique RIA Novosti.

Les utilisateurs du net ordinaires « ne vont même pas remarquer que ces tests sont en cours », a assuré le porte-parole du ministère, Evgueni Novikov, cité par l’agence.

Selon la télévision publique russe Rossiya 24, des tests ont déjà eu lieu à divers niveaux depuis près de deux semaines. « Le but est d’assurer la stabilité du fonctionnement d’internet sur le territoire russe en toutes circonstances », a relevé à l’antenne le vice-ministre des Communications Alexeï Sokolov. « Notre tâche est que tout fonctionne, tout le temps », a-t-il résumé.

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Selon le Kremlin, cette loi est censée protéger le « segment russe » de l’internet en cas de déconnexion des grands serveurs mondiaux situés en Europe et aux États-Unis. Le but est notamment de permettre aux services de l’État et au réseau bancaire russe de fonctionner même en cas de guerre ou de cyberattaques massives. Concrètement, le trafic internet sera réorganisé de manière à réduire la quantité de données transmises via l’étranger.

À cette fin, les fournisseurs d’accès devront installer d’ici 2021, l’année des prochaines législatives en Russie, sur leurs réseaux une infrastructure spéciale fournie par les autorités mais dont la nature n’a pas été révélée. Cette technologie permettra au gendarme russe des télécoms, Roskomnadzor, d’effectuer au besoin une « inspection profonde de paquets » (DPI), soit une analyse de tout le trafic qui transite par les serveurs russes et de rediriger ce flux vers des sites ou des services spécifiques.

Roskomnadzor aura également la possibilité de faire basculer le trafic national sous son « contrôle centralisé » en cas de « menace à son intégrité ». Il pourra bloquer tout site ou contenu directement, une tâche qui incombe actuellement aux opérateurs avec des succès variables.

Censure ?

Les autorités russes insistent qu’il ne s’agit point d’isoler l’internet russe ou de se donner les moyens d’une censure généralisée. « L’internet libre et l’internet souverain, ces deux notions ne se contredisent pas », a affirmé le président russe Vladimir Poutine, lors de sa conférence de presse annuelle la semaine dernière. La loi vise à s’assurer que « nous avons nos ressources qui peuvent être activées pour qu’on ne soit pas coupés de l’internet », a-t-il ajouté.

Avec Belga

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