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Le secret de Google Maps pour gérer les frontières conflictuelles

Le secret de Google Maps pour gérer les frontières conflictuelles

Plus qu'une délimitation, les frontières sont aussi un symbole politique. | © HERIKA MARTINEZ / AFP

Technologie

Les pointillés seraient-ils la solution à tous les problèmes ?

 

À l’ère d’Internet, gérer les conflits géopolitiques n’est pas toujours évident. Quand il faut créer une information juste, disponible partout dans le monde, et en temps réel, le casse-tête est indéniable. Selon un article du Washington Post, Google aurait trouvé la solution imparable : changer les frontières selon le pays où l’on se trouve.

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Depuis maintenant 70 ans, l’Inde et le Pakistan se disputent la région du Cachemire. Des dizaines de milliers de personnes sont mortes dans le conflit, et les hostilités se sont pas encore finies. Si on consulte Google Maps en Inde, la région fait partie à part entière du pays. Dans le reste du monde, la région est délimitée par des pointillés pour montrer le conflit.

Le secret de Google Maps pour gérer les frontières conflictuelles
Les pointillés sont ici surlignés en rouge. © Capture d’écran Google Maps

Sous-estimer le pouvoir de Google Maps serait une grande erreur. Créée il y a exactement 15 ans, l’application est utilisée par plus d’un milliard de personnes chaque mois. Au-delà de simplement indiquer un trajet ou le meilleur restaurant du coin, « Google Maps a un impact considérable pour les gens sur leur perception du monde », complète le journal américain.

La décision de placer une frontière ne se fait pas à la légère. Dans un souci de toujours fournir une carte « la plus complète et la plus précise possible », Google consulte les Nations unies, les traités internationaux, des agences gouvernementales, mais également des diplomates et des décideurs politiques. « Nous restons neutres sur les différends géopolitiques et faisons tout notre possible pour afficher objectivement les zones contestées. Dans les pays où nous disposons de versions locales de Google Maps, nous suivons la législation locale lors de l’affichage des noms et des frontières », explique Ethan Russell, directeur de la gestion des produits pour Google Maps.

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Une équipe dédiée à ce genre de conflits

Et la région du Cachemire est loin d’être la seule frontière à poser question. Alors que dans le monde entier la « mer du Japon » est appelée comme telle, en Corée du Sud, elle sera nommée « mer de l’Est ». Le désaccord date de 1928, où la « mer du Japon » a été reconnue comme nom officiel. Depuis son indépendance, la Corée du Sud souhaite changer le nom d’usage international. Depuis la Belgique, le terme de « mer de l’Est » est tout de même proposé entre parenthèses.

Il en est de même pour le golfe Persique, situé entre l’Iran et l’Arabie saoudite, également appelé golfe Arabique entre parenthèses. Suivant où l’on se situe dans le monde, le terme employé ne sera pas le même. En Afrique de l’ouest, la situation est semblable. Alors que nous voyons depuis chez nous une démarcation au sud du Maroc en pointillés, pour représenter le Sahara occidental, les Marocains ne verront eux aucune frontière suggérée. La situation est semblable pour la péninsule de Crimée, qui est disputée entre la Russie et l’Ukraine. Depuis l’invasion par l’armée russe en 2014, la frontière est franchement marquée sur Google Maps en Russie, alors que pour le reste du monde, la frontière est en pointillés.

Le secret de Google Maps pour gérer les frontières conflictuelles
Vue aérienne du Sahara occidental. © Flickr / United Nations Photo

Pour gérer tous ces conflits, Google est dotée d’une équipe spéciale : « the disputed region team » (ou « l’équipe des régions contestées »). Ces employés sont chargés de gérer toutes ces questions épineuses, comme « comment représenter les îles Malouines », dont la propriété est contestée entre le Royaume-Uni et l’Argentine depuis 1982.

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Une erreur de Google qui sert de prétexte à une incursion

Dans certains cas, Google doit respecter les lois locales afin d’éviter la censure, ce qui est notamment le cas en Chine, en Russie ou encore en Corée du Sud, explique le Washington Post. « Pour la Chine, il existe un processus de certification rigoureux, avec des détails sur les zones sensibles qui sont examinés de près », explique-t-on. Google Maps n’est d’ailleurs pas autorisé en Chine continentale, mais l’application est bien présente à Hong Kong et Macao.

Les frontières ne sont donc pas juste une histoire de traits et de pointillés. Ces décisions ne sont jamais sans conséquence. Dans un contexte tendu, toutes les excuses sont bonnes à prendre pour faire un pas en avant. À cause d’une frontière mal placée de moins de 3 kilomètres entre le Costa Rica et le Nicaragua, les troupes nicaraguayennes en ont profité pour planter leur drapeau sur l’île costaricaine de Calero. « Regardez la photo satellite sur Google, vous verrez où passe la frontière », s’était alors justifié le commandant, dans des propos repris par Courrier international.

Les problèmes de frontières sur Google Maps ne sont pas toujours aussi graves, et sont parfois même plutôt amusants. Des passionnés de cartes ont remarqué qu’il manquait un bout de frontière entre le Chili et l’Argentine sur Google Maps. Un espace blanc de plus de 60 kilomètres. L’entreprise américaine a expliqué que la section manquante « est due au fait que le Chili et l’Argentine ne se sont pas mis d’accord sur la ligne à tracer ». Ils ont donc préféré ne rien mettre.

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60 kilomètres de frontière manquent entre le Chili et l’Argentine. © Capture d’écran Google Maps
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