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La cybercinétose : quand les casques de réalité virtuelle donnent la nausée

Inconfort, migraine voir nausée... tout y passe. | © Flickr/Jonas Tana

Technologie

Les nouvelles technologies amènent leur lot de qualités mais aussi de défauts. Dans le cas des casques de réalité virtuelle, cela se traduit par la cybercinétose.

Maman disait toujours de ne pas regarder la télévision de trop près. Puis vint le casque de réalité virtuelle. Avec ce casque vissé sur la tête et son écran collé aux yeux, ressentir des difficultés face à la réalité virtuelle est inévitable. Cela peut passer par de l’inconfort, de la somnolence, des migraines voire mêmes des nausées, en cas de port prolongé. Ce mal porte un nom : la cybercinétose.

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« La technologie encore balbutiante des casques de réalité virtuelle introduisent une série d’incohérences que le corps ne comprend pas », explique Benoît Bardy, professeur en Sciences du Mouvement à Montpellier, pour Slate. Les défauts des casques de réalité virtuelle produisent en effet un trouble de la perception visuelle analogue au mal des transports (la cinétose). La distance entre l’œil et le casque, le temps de rafraîchissement long de l’image ou encore la résolution limitée créent des distorsions « ayant pour conséquence une géométrie incorrecte de la structure spatio-temporelle de la scène virtuelle ». Ces incohérences peuvent également être révélées par le mouvement, comme, par exemple, à cause du délai entre le moment où nous bougeons la tête et celui où l’image à l’intérieur du casque est mise à jour. Cette boucle sensorimotrice atteint des valeurs de 50 à 200 millisecondes, produisant « toutes sortes de perturbations neurophysiologiques ».

La technologie progressant constamment, les nouveaux casques ont déjà corrigé certains défauts de leurs prédécesseurs. La résolution a nettement évolué et le suivi du mouvement des yeux permet de soumettre la rotation de l’image à celle des yeux.

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Conflit sensoriel

Oui, nos sens peuvent nous tromper. La cybercinétose repose en tout cas sur le conflit entre ceux-ci. Dans le cas du tapis roulant ou de la marche sur la plage contre le vent, par exemple, « les yeux nous donnent l’impression que nous nous déplaçons deux fois plus vite que nos pieds ! Et deux fois moins vite lorsque nous marchons sur la plage contre le vent », explique le professeur. « Toute situation physique introduit de multiples covariations (plutôt que conflits) entre nos modalités perceptives ».

Si ces conflits ou covariations sont tout à fait normales, pourquoi alors sommes-nous « malades » ? « Parce ces situations rencontrées sont inhabituelles, qu’elles sollicitent de nouvelles covariations sensorielles, que les couplages sensorimoteurs impliquant cette nouvelle relation sont à construire, ce qui nécessite une lente adaptation ».

Instabilité posturale

La cinétose, le mal des transports, serait causée par la perte de stabilité de la boucle sensorimotrice. C’est surtout parce que nous sommes instables que nous sommes malades, plutôt que l’inverse. Pour illustrer cette théorie, Benoît Bardy prend l’exemple du mal de mer. « Sur le pont d’un bateau, il nous faut apprendre à contrôler notre équilibre à partir de ces nouvelles relations sensorielles, anticiper les mouvements du pont et les effets perturbateurs de la houle, construire cette nouvelle boucle sensorimotrice plus adaptée au support mouvant. Ce processus prend du temps, il est source d’une grande déstabilisation, et c’est cette perte de stabilité qui créé la cinétose ». Cette théorie posturale de la cinétose explique également pourquoi les femmes sont plus sensibles que les hommes, « en raison d’une répartition différente des masses corporelles », et les enfants plus que les adultes, « en raison de la prise de taille modifiant continûment leur équilibre ».

Des astuces apparaissent pour l’application de cette théorie posturale au casque de réalité virtuelle : un repère fixe, un nez virtuel entre les deux champs gauche et droite… Mais aussi des scénarios « limitant les mouvements saccadés de la tête, des yeux, et favorisant des situations de contrôle actif de la posture ». Ces différents éléments améliorent le contrôle moteur et réduisent ainsi la cybercinétose.

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