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Les cyberattaques, le 2e front des guerres: Pourquoi la Belgique risque d’être une cible de choix

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Par son rôle de capitale européenne, la Belgique est une cible toute trouvée. | © Unsplash

Technologie

Une guerre peut prendre bien des aspects, au-delà du front physique. Explications

Axel Legay, professeur en cybersécurité à l’UCLouvain, l’affirme: la guerre en Ukraine n’a pas commencé le 22 février mais le 24 janvier dernier. En effet, depuis près d’un mois, le pays doit faire face à de nombreuses cyberattaques de la part de hackers russes. « Au moment où Poutine a amené son armée en Russie, il a projeté sa cyber-armée en Ukraine en visant les sites médiatiques, gouvernementaux, les banques ou encore les sites de particulier. Cela fait des années que l’Ukraine est en permanence sous tension des hackers russes », a-t-il expliqué sur les ondes de la Première le 28 février dernier.

Ces attaques peuvent se manifester sous de nombreuses formes: la mise à mort d’un site, le blocage du fonctionnement d’un barrage ou d’un hôpital, la circulation de fakes news… Ces menaces sont d’ailleurs appelées à augmenter. Aujourd’hui, les cyberattaques constituent le deuxième front des guerres. Des guerres hybrides comme aime à les appeler Axel Legay, puisqu’une partie de notre monde est aujourd’hui dans le cyberespace. « On sous-estime ce front car on n’a pas d’image, on ne voit pas de missile tomber sur un building, et pourtant les menaces sont bien réelles (…) Puisque l’Europe est très connectée de manière digitale, un virus en Ukraine aura aussi des conséquences en Belgique. Cela nous touche tous », s’est-il désolé.

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Ces hackers qui se trouvent sur le territoire russe ne peuvent pourtant pas être directement liés au président Poutine, une bonne nouvelle selon l’expert en cybersécurité. « Si c’était le cas, cela voudrait dire que des pays de l’Otan sont sous attaque et dés lors l’article 5 deviendrait actionnable (Ndlr: système de défense collectif) », explique-t-il. « Ces hackers sont des gens comme vous et moi, ils sont partout et intraçables. C’est une désorganisation totale pour ne pas incriminer un pays ». Axel Legay compare ces hommes à une « armée digitale ». « La Russie en a fait une de ses spécialités avant tout le monde car elle a été obligée de se réinventer dans les années 90 quand son économie a été cassée et quand elle n’a pas pu maintenir une armée conventionnelle. Elle a en quelque sorte transformer son KGB en cyber-armée ».

La Belgique, au coeur des menaces

Si actuellement l’Ukraine est la cible de cyberattaques russes, notre pays n’est pas à l’abri pour autant. « La Belgique est le siège de l’Otan et de la Commission européenne, cela fait d’elle la deuxième cible après l’Otan. Il y a de quoi s’inquiéter. Les hackers ne vont jamais attaquer de plein front l’Otan. Ils vont plutôt essayer d’intégrer le réseau, en s’attaquant à des gens plus faibles et qui communiquent plus simplement, comme une secrétaire, ou un prestataire de service. C’est pour cela que les entreprises belges sont des cibles potentielles pour toucher ensuite de plus gros poissons. On doit être vigilant ».

Ainsi, la Belgique commence à prendre les choses en main. Il existe le CCB, le Centre pour la Cybersécurité Belgique, mais malheureusement il ne couvre malheureusement qu’un pan de la cybersécuritéEn Wallonie, l’ensemble des chercheurs dans le domaine ont donc décidé de se regrouper pour former le Cyberwal et aider les industriels. C’est Axel Legay lui-même qui coordonne le projet. Le but ? Préparer la cybersécurité, les formations et les industriels de demain. « On a des compétences mais on doit accepter le fait que les hackers seront toujours en avance et on doit prendre certaines mesures. Je pense qu’on commence à avoir un bon focus sur la cybersécurité, même si c’est après un bon nombre d’autres pays, mais il faut investir davantage. Il faut casser les prés carrés et il faut quel’ensemble des acteurs du domaine s’unissent, collaborent et se coordonnent », a-t-il conclu.

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