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Le code informatique, langage de l’intégration pour les réfugiés

Computer java code

Un langage universel très utile | © Flickr @ Markus Spiske

Technologie

Pour les réfugiés, il y a un avant et un après, une patrie, et un pays 2.0 où il faut repartir de zéro et apprendre toute une série de codes sociaux incompréhensibles. Pour faciliter leur intégration, développeurs et associations font le pari de leur enseigner le code informatique. 

Comme souvent, quand il s’agit d’avancées sociétales et de donner le bon exemple, l’idée est venue du froid. De Finlande, plus exactement, où dès le printemps 2016, Integrify a ouvert ses portes à des réfugiés pour leur fournir apprentissage et clé d’intégration dans la société. Le pari de cette école informatique d’Helsinki : offrir le meilleur futur possible à ceux qui ont été forcés de quitter leur pays, en leur permettant de combler une demande grandissante sur le marché de l’emploi. Car dans une société en numérisation constante, la pénurie de codeurs ne fait que grandir, et ce, pas seulement en Finlande. En Belgique aussi, les codeurs comptent parmi les métiers en pénurie. De quoi donner l’idée à certains passionnés d’appliquer le modèle finlandais.

Formation inclusive

C’est notamment le cas de Cédric Swaelens, développeur web de son état, qui après 10 ans au sein de diverses startups web est aujourd’hui responsable de l’implantation des écoles BeCode en Belgique. Soit une formation imaginée par le secteur privé, en réponse à la demande d’entreprises qui ne trouvaient pas les profils recherchés sur le marché. Objectif avoué : combler de manière intelligente et efficace la pénurie dans le digital. « On a voulu être les plus inclusifs possible, et donc on ne demande ni argent, ni diplôme ni conditions spéciales, souligne Cédric Swaelens. Les gens qui suivent nos formations ont entre 18 et 55 ans, et on leur fournit l’ordinateur pendant la durée de leur formation pour qu’il n’y ait aucun frein à leur apprentissage ». Un apprentissage des plus intensifs : « la formation dure 6 mois, suivie d’un mois de stage, avec un modèle qui tient plus de l’entreprise que de l’école. On applique la pédagogie active au sens professionnel du terme, en exigeant que nos apprenants soient là et à l’heure tous les jours, et en les amenant vers la connaissance étape par étape sans recevoir de la théorie de manière passive ».

BeCode
Facebook @ BeCode

Un langage universel

Pas de quoi décourager les motivés. D’ailleurs, c’est là un des principaux critères de sélection : « n’importe qui peut s’inscrire à la formation, et on analyse les dossiers sur base de la motivation et du parcours de vie de la personne ». C’est ainsi que des réfugiés se sont retrouvés parmi les premiers inscrits aux formations, lancées au printemps dernier. Un catalyseur, pour l’équipe de BeCode : « on travaille actuellement à un projet pilote, nous sommes en discussion avec des associations d’accueil de réfugiés afin de mettre un programme de formation en place. Pour les réfugiés, le code est une manière de rentrer directement dans les endroits où les gens ont besoin d’eux et de développer des connaissances qui vont avoir un impact sur les entreprises », s’enthousiasme Cédric Swaelens.

La chance de l’informatique, c’est que cela offre des voies de traverses, c’est un secteur où les gens vont être plus ouvert à quelqu’un de débrouillard qui n’a pas forcément de diplôme. Peu importe la langue maternelle de la personne, le code est un langage universel.

Et à Liège aussi, son apprentissage s’organise.

Succès inattendu

Sur la rive droite de la Meuse, c’est au coeur de la bien nommée asbl Au Monde des Possibles que le projet Sirius a vu le jour. Soit une formation en codage informatique et développement web destinées aux réfugiés de moins de 35 ans et financée par le Digital Belgium Skills Fund. Une formation lancée officiellement ce lundi, après une réponse des plus enthousiastes de la part des élèves concernés. Ainsi que l’explique Vincent Martonaro, chargé de communication pour l’asbl, « on visait une quarantaine de personnes, mais on a été dépassés par notre succès : il y a eu plus de 60 inscrits. Les élèves viennent de Syrie, d’Irak, d’Afrique subsaharienne… il y a tous types de profils. La plupart exerçaient un métier qualifié dans leur pays, ils étaient dentistes, avocats, mais ils ne peuvent pas faire valoir leur diplôme en Belgique alors ils cherchent une formation pour avoir des compétences à faire valoir ».

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La spécificité du projet Sirius : proposer, en plus des cours de codage, une mise à niveau en français. De quoi garantir aux diplômés du programme une place de choix sur le marché de l’emploi.

En Belgique, il manquera près de 20 000 développeurs d’ici à 2020, autant dire d’ici à demain. Notre objectif est de répondre à ce manque, tout en contribuant à réinsérer les réfugiés.

Objectif d’ici à la fin de l’année : créer une structure coopérative avec les réfugiés ayant suivi la formation afin qu’ils puissent travailler dans une structure horizontale, dans une optique d’économie sociale.

Chemins de traverse

Sur les hauteurs de Uccle, au sein de l’Ecole 19, on choisit aussi de casser les codes pour créer un nouveau modèle d’apprentissage. En l’occurence, une « anti-école », gratuite et sans professeurs, avec à la clé, non pas un diplôme mais bien une autoformation au codage informatique. Qui accueillera dès février prochain 450 étudiants de 18 à 30 ans 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Et ici aussi, la formation est la plus inclusive possible. Objectif avoué : brasser un public atypique, qui sera recruté sur base d’un test de logique suivi d’un stage d’immersion. La promesse de la formation : apprendre le code de manière différente, et en anglais. Un projet ambitieux, derrière lequel on retrouve François Xavier Niel, le fondateur français de l’Ecole 42, sur base de laquelle l’Ecole 19 a été pensée. Et pour pouvoir proposer ce cursus particulier durant entre deux et cinq ans, compter un budget de fonctionnement de 600.000 euros par an. Pas de quoi freiner John-Alexander Bogaerts (créateur du cercle d’affaires B19) et Ian Gallienne (administrateur délégué du Groupe Bruxelles Lambert), qui portent le projet en Belgique. Un projet hors-normes, situé dans un cadre tout aussi exceptionnel : en lieu et place du cadre épuré classique de l’école typique, les élèves de l’Ecole 19 seront accueillis dans l’écrin du château Latour de Freins, rien de moins.

La magie de l’informatique

Du côté de chez BeCode, on se réjouit pour la fin de l’année, qui marquera le cap des 100 personnes formées. En attendant, le roi Philippe sera présent ce mercredi à l’inauguration de BeCentral, hybride de laboratoire numérique et de salles de cours, QG d’une école BeCode en pleine Gare Centrale. Une visite que Cédric Swaelens attend avec impatience.

C’est un honneur évidemment, je ne peux pas le dire autrement. A titre humain, c’est un grand plaisir, mais le fait qu’il vienne à la rencontre de nos apprenants, c’est une reconnaissance incroyable pour eux, ils trouvent ça fantastique d’avoir cette chance. En terme de projet sociétal, on ne peut pas demander mieux. C’est vraiment magique.

De quoi donner une résonance toute particulière à la devise de cette école pas comme les autres : In code we trust.

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