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Où en est la Belgique du côté de sa mobilité ?

Des kilomètres de bouchons aux entrées et aux sorties de Bruxelles par exemple : une situation quotidienne. | © Belga

Voitures et mobilité

Densité du trafic, augmentation de la pollution, omniprésence du CO² et… absence de politique globale. Dans ce royaume à trois régions, tout et son contraire sont possibles aujourd’hui. résultat, cela n’avance pas aussi vite que les citoyens le souhaiteraient ! Etat des lieux d’un pays où la mobilité devrait pourtant être le premier axe de réflexion.

 

Certes, une partie de la population n’a pas le droit de se plaindre mais les constats sont certainement moins roses qu’autrefois. Et, parmi les tares visibles, on évoquera la densité du trafic, l’augmentation de la pollution, l’omniprésence du CO² et l’absence de politique globale. En effet, avec trois régions, autant de cultures, des pouvoirs disparates, les conceptions que nos édiles n’ont pas peur d’afficher ne font pas l’unanimité. L’immobilisme de nos responsables qui se chamaillent mieux qu’ils ne réfléchissent, la saga des travaux qui occupent toutes nos villes et bientôt tous nos villages, la proximité des élections qui explique la multiplication des effets d’annonce et les embouteillages démentiels qui ne sont que la résultante d’un manque de décision, autant de sujets au centre de tous les débats.

Le risque couru se nomme avec gravité déliquescence d’un Etat qui doit se soumettre à ses extrêmes. Avouons que la génération des ados d’aujourd’hui aura du boulot pour effacer le manque d’ambition de leurs aînés. Qu’avons-nous fait au cours des trente dernières années alors que tout le monde savait ou percevait que nous allions droit dans le mur ? Tout et son contraire sont possibles aujourd’hui. Un jour, il est indispensable de bannir le diesel. Le lendemain, on se dit que pour les longs trajets, le gasoil, s’il était moins cher que l’essence, comme c’était le cas il n’y a pas longtemps, serait plus approprié. Alors, quand on annonce qu’en 2030, le diesel aura disparu des grandes villes, il ne faut pas le crier trop fort. Même si chaque carburant a son domaine de prédilection et que le diesel est clairement moins adapté à la ville, est-il nécessaire de le bannir quand on sait qu’un moteur gasoil consomme en moyenne 20 % de moins que son homologue fonctionnant à l’essence ?

Passera, passera pas, le vélo est en vedette sur certains feux de signalisation. ©DR

Mobilité ou immobilisme ?

Promouvoir les énergies vertes n’est pas un objectif simple à atteindre. D’abord parce que les solutions paraissent très nombreuses, ce qui ne signifie pas qu’elles soient parfaitement adéquates. Ensuite, parce que le premier axe de réflexion doit être la mobilité. En cette matière, pas de doute, la Belgique n’est pas un bon élève.

Convenons d’abord que nous ne sommes pas vernis avec une telle concentration de population. Nous sommes un peu plus de 11 millions à nous satisfaire de 30 500 km². Et, de fait, plus un territoire est petit, plus la circulation est complexe et ralentie. Il n’empêche que de nombreuses pistes de réflexion sont envisageables, quitte à ce qu’elles ne soient pas nécessairement populaires.

Ce ne sont pas les solutions qui manquent mais bien la volonté politique de passer à l’acte. Elle sera de moins en moins palpable durant les prochains mois puisque nous nous rapprochons à grands pas des élections.

On pourrait ainsi imaginer que les parkings de dissuasion à l’entrée des villes soient nettement plus nombreux et le point de départ de transports en commun vraiment rapides et de taxis aux tarifs acceptables, tenus d’embarquer un minimum de deux ou trois passagers. Un jour sur deux, les détenteurs de plaques minéralogiques se terminant par un chiffre pair pourraient entrer en ville alors que les propriétaires de plaques impaires devraient attendre le lendemain tout en bénéficiant d’une place gratuite dans un transport en commun.  Bien sûr, on imagine déjà que certains conducteurs nantis pourraient être propriétaires de doubles plaques mais à toute bonne idée, il y a un revers à opposer. De toute façon, les ‘tricheurs’ seront minoritaires. Autre solution : sur les périphériques, on pourrait imaginer qu’il y ait des bretelles par lesquelles on quitte le ring et d’autres par lesquelles on entre. Objectif : que les voitures entrantes et sortantes ne se croisent pas puisque ces ralentissements créent des embouteillages supplémentaires. Cela signifie aussi que les usagers de la route ne pourront pas entrer ou sortir du ring à l’endroit qui est le plus logique pour eux. C’est le prix à payer afin de réduire en partie les bouchons. A ce propos, il n’y a pas de recette miracle.

Et les transports en commun ?

À propos des moyens de transport, la voiture rivalise avec les trams, les bus, les taxis, les motos et les vélos. Ils ont certainement chacun leur place dans nos déplacements mais avant d’édicter une règle d’utilisation, il faut s’adapter à la géographie des lieux visités. Soyons sérieux : prendre son vélo dans des conditions climatiques bien belges et traverser une ville construite en longueur pour aller de chez soi au travail, n’est évidemment pas un bon plan. Et le bus bondé, un jour de canicule, n’est pas une meilleure solution. Il n’y a donc ni bon ni mauvais moyen de locomotion. Aujourd’hui, tout est fait pour donner la priorité aux transports en commun. Ils prennent de plus en plus d’espace, mobilisent des bandes fatalement plus rapides et empêchent la fluidité du trafic automobile.

Chez Vias, ils disent le contraire, à savoir que le transport public est freiné par une abondante circulation automobile. Peu importe. Tout dépend de l’engin que l’on utilise en particulier et de la propension qu’on a d’être égoïste ou ouvert d’esprit. Une réalité subsiste. En voiture, il est de moins en moins confortable de se frayer un passage. Il est évident que l’utilisation d’un moyen de transport ne peut être fonction que de la vie qu’on mène. Entre un itinérant qui a rendez-vous avec six clients par jour et quelqu’un qui travaille à un endroit déterminé où les transports en commun sont légion, on a compris que le premier prendra sa voiture et le second un abonnement à la compagnie de bus.

L’exemple de Copenhague

La capitale du Danemark est un exemple de mobilité urbaine. Depuis de nombreuses années, comme aux Pays-Bas d’ailleurs, le vélo est privilégié dans le centre de la ville de Copenhague. Ce n’est pas nécessairement applicable à nos cités qui n’ont pas été conçues pour les deux roues. Certes, une modification du cap est essentielle mais elle prendra du temps. A Copenhague, depuis des années, tout a été organisé pour que les vélos aient leur place et constituent le moyen de transport numéro 1.

Dans le centre ville piéton de Copenhague. © Reporters

Ainsi, en 2016, le nombre de vélos a dépassé le parc automobile. Copenhague est la deuxième ville européenne à être dans le cas puisqu’il y a plus de 20 ans qu’Amsterdam connaît ce phénomène. Si l’usage du vélo en grand nombre permet de désengorger les grands axes routiers et les transports publics, cette politique demande un certain nombre d’aménagements, ne serait-ce que pour assurer la sécurité des usagers. Comme dans de nombreux pays du Nord, l’activité physique est privilégiée et le vélo répond parfaitement à cette particularité qui n’a pas le même genre d’écho dans les pays du sud. Chez nous, que ce soit à Liège ou à Bruxelles, le principal défi sera de changer les mentalités et de rendre les déplacements en vélo agréables.

A Copenhague, par exemple, la ville a créé des voies vertes permettant de parcourir de longues distances sans mettre pied à terre. Et en Belgique ? Pas mal de travail reste à faire. Des organisations, comme Pro-vélo, accompagnent les particuliers qui souhaitent passer au cycle pour leurs déplacements quotidiens. Ces associations assistent les pouvoirs publics dans leurs recherches de solutions mais force est de constater que la Flandre a un sérieux coup d’avance sur le reste du pays.

Du côté francophone, les Ravels sont interrompus par de grands axes, souvent difficiles à traverser en famille. Les pistes cyclables ne sont pas omniprésentes et les routes mal entretenues représentent un véritable danger pour les cyclistes. Le poids et le mauvais entretien de certains vélos en libre-service font reculer des utilisateurs potentiels, intéressés a priori.

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