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Xavier Van der Stappen, des Masaïs à la voiture électrique

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La voiture de demain sera certainement électrique. Et elle sera aussi belge ! C’est en tout cas le rêve d’Ecar… Entièrement conçu et fabriqué en Belgique, ce véhicule futuriste propose une solution de mobilité très respectueuse de l’environnement : pas de pétrole et pas de bruit pour une conduite zen, tout en souplesse. Cette voiture qui se recharge à la maison ou au bureau comme un téléphone portable est la matérialisation d’un rêve, le passage à la phase industrielle d’une utopie, celle qui anime Xavier Van der Stappen, un Bruxellois qui, depuis des années, a multiplié les initiatives pour plaider la cause du développement durable en Europe et en Afrique.

« Bonjour Monsieur Xavier ! » Au musée de l’automobile, l’Autoworld sis dans le parc du Cinquantaine à Bruxelles, Xavier Van der Stappen ne doit pas payer l’entrée : il est immédiatement reconnu par le portier. Il est vrai que notre interlocuteur est l’un des rares concepteurs de véhicules à pouvoir se targuer de voir ici exposées, de son vivant, certaines de ses créations. Avec lui, nous allons observer sa « Toujours Contente », une sorte de saucisse sur roue à motorisation électrique qu’il construisit naguère avec des élèves d’écoles techniques de la région liégeoise. « On l’avait baptisée ainsi en référence à la “Jamais Contente” construite au XIXe siècle par Camille Jenatzy », nous explique-t-il. « Savez-vous que cette voiture belge fut le premier véhicule automobile à franchir le cap des 100 km/h ? Et ça se passait sur des routes peu orthodoxes. Cela laisse rêveur. »

A deux roues de là se trouve un autre de ses prototypes électriques avec lequel, en 2010, il parcourut des milliers de kilomètres, de Copenhague jusqu’à Cape Town. « Cette année-là, il y avait la conférence internationale sur les changements climatiques au Danemark et la Coupe du Monde de foot en Afrique du Sud. Il m’a semblé que c’était de bonnes occasions d’attirer l’attention sur la mobilité écologique. Ce tricycle-là pouvait rouler jusqu’à 110 km/h et disposait d’une autonomie de 400 kilomètres. Mais, en termes de confort et de fiabilité, on était encore loin de l’ECAR 333… A vrai dire, ce fut même une véritable catastrophe : les pannes étaient régulières, ce qui m’obligeait à démonter, à réparer. Mais à apprendre aussi ! » raconte Xavier Van der Stappen.

Avec sa barbe poivre et sel, son blouson et ses airs de baroudeur, notre interlocuteur renvoie plus à l’univers de Corto Maltese qu’à celui de Michel Vaillant. Est-il un aventurier ? Un ethnologue ? Un auteur ? Un réalisateur ? Voire « un ambassadeur de l’éco-mobilité », comme on l’a parfois présenté ? Il y a certainement de tout cela dans ce personnage qui se résume lui-même avec beaucoup de modestie : « Je suis un autodidacte. » Il précise : « Très jeune, j’ai été formé par les voyages et la découverte d’autres cultures. J’ai beaucoup appris de mes séjours en Afrique. J’ai découvert des régions où l’on manque de tout et où l’on apprend à faire beaucoup avec peu. Je suis entré en dialogue avec des personnes qui cherchent à préserver leur environnement, à ne pas l’impacter pour les générations futures. Cela m’a déterminé à agir. »

Ainsi donc, l’aventure de la voiture électrique belge commença sur un canoë. « Dans les années 1980, je m’étais mis en tête de descendre le Niger. Cela m’a pris deux ans. Cette expérience m’a donné le goût de l’Afrique. Ensuite, pour échapper au service militaire, je me suis engagé dans l’organisation Médecins sans Frontières, au sein de laquelle j’ai notamment été responsable de la mission en Ethiopie. J’ai développé le service audiovisuel de cette ONG et ce savoir-faire m’a conduit vers le reportage, la rédaction de livres, la réalisation de films pour faire comprendre la réalité de l’Afrique, pour témoigner aussi de ce qu’elle peut nous apprendre sur la vie, l’environnement, les rapports entre l’homme et la nature. »

Dès le début des années 1990, Xavier Van der Stappen organise des expositions ethnographiques d’envergure sur les thématiques qui lui sont chères. Son travail est montré à Paris au musée du Quai Branly, ou encore au musée royal de l’Afrique centrale à Tervuren, et sa détermination est de plus en plus forte : il veut transmettre ce qu’il a compris en côtoyant des populations fort isolées comme les Touaregs et les Masaïs : « Ils ont compris avant nous qu’il était insensé de demander plus à la Terre que ce qu’elle peut nous donner. Cela n’a pas fait de moi un Khmer vert mais, petit à petit, je me suis de plus en plus intéressé à des technologies qui pourraient permettre de conserver notre confort de vie tout en préservant la planète. »  Ce qui est exactement le principe de la voiture électrique belge qui va bientôt circuler sur nos routes…

En savoir plus :  le portrait de Xavier Van der Stappen publié dans l’édition papier de Paris Match Belgique, le 14 octobre 2015.

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