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Au Zoute Grand Prix, la folie des véhicules ancêtres va s’exprimer à nouveau

Zoute Grand Prix

Cette Triumph ayant participé au Zoute Rally est un exemple parfait de design britannique.

Voitures et mobilité

Pour la huitième fois consécutive, le coeur de Knokke va battre au rythme des plus belles voitures du monde, qu’elles appartiennent au futur proche, au présent ou au passé lointain. Près de 200.000 spectateurs se partageront les plus belles artères du Zoute, du jeudi 5 au dimanche 8 octobre lors du Zoute Grand Prix.

Un événement indescriptible : au Zoute Grand Prix, plus le temps passe, plus les participants se pressent au portillon. L’organisateur a même été obligé d’inventer un numerus clausus afin qu’il n’y ait pas plus de 195 voitures sur les routes du Zoute Rally. Une limitation devrait idéalement concerner aussi les spectateurs : lors de l’édition 2016, près de 160.000 furent recensés, tant par
l’organisateur que par la police. C’est sans comparaison. Le rendez-vous a amené une nouvelle vérité : le concept de la voiture ancienne fonctionne à merveille en Belgique. Signe des temps, nous sommes très nombreux à souhaiter nous replonger dans le passé. Avec le développement des rendez-vous pour ancêtres, il y a comme un vent d’enthousiasme qui souffle sur nos souvenirs. Les voitures d’autrefois, présentes dans un événement comme le Zoute Grand Prix, sont évidemment parmi les plus belles et les plus chères du monde motorisé à quatre roues.

On est en pleine séance de marketing nostalgique, même si, à Knokke, les férus de modernisme ne sont pas laissés pour compte, puisque dix-huit podiums accueillent les dernières nouveautés des constructeurs. C’est une particularité du Zoute Grand Prix : il y en a pour tous les goûts, mais pas nécessairement pour toutes les bourses. Vivons cela comme un rêve éveillé : aujourd’hui, le Zoute Grand Prix est un rendez-vous majeur défendant parfaitement la cause de l’automobile d’excellence.

Pourquoi donc ces voitures du passé plaisent-elles autant ?

La première raison est liée à ces belles de jour. Knokke accueille exclusivement des voitures bichonnées et qui, pour la plupart, disposent  d’un pédigrée long comme un jour de pluie. Deuxième atout de ces voitures historiques : elles appartiennent soit à des passionnés, soit à des investisseurs, soit… à des passionnés-investisseurs. Tout ce petit monde se retrouve dans la plus belle et la plus chic des stations balnéaires belges. Les voitures et leurs conducteurs sont à ce point en symbiose avec le lieu choisi qu’on n’imaginerait pas une seconde que cet événement puisse se dérouler ailleurs. Il y a comme une sorte de magie, un lien indéfectible entre la ville, la côte, les participants et leurs bolides. Qu’une Rolls-Royce croise une Lamborghini, qu’une Ferrari s’arrête pour laisser la priorité à une Maserati, cela n’étonnera absolument personne. Ici, c’est comme ça et si l’on dit généralement que les gens viennent à Knokke pour se montrer, on les apprécie d’autant plus volontiers qu’ils débarquent avec leur « top model » mécanique.

Sans eux, un tel événement ne pourrait avoir lieu et cette occasion annuelle est bien ressentie comme un rendez-vous désormais incontournable. Nous en sommes à la huitième édition de cette
grande fête automobile et son succès ne se dément pas, que du contraire. Cela ne signifie pas que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Investir dans un génial ancêtre peut invariablement donner des dividendes ou des sueurs froides. Le marché de la voiture ancienne n’est pas linéaire. Il y a des moments où tout va bien et d’autres plus difficiles à digérer. Cela dépend des mouvements financiers internationaux et des valorisations empiriques que les vendeurs aux enchères connaissent bien. Tout n’est donc pas figé dans un moule, et les surprises, souvent bonnes, parfois mauvaises, ne se comptent pas, puisque le marché de la voiture ancienne est constamment en ébullition. Il y a des constantes, évidemment.

Minerva, l’ancêtre belge le plus connu et le plus cher

Ainsi, même la plus originale et la plus chère des Minerva se vendra principalement entre Belges. Beaucoup d’étrangers, en effet, ne connaissent pas cette marque qui fit les beaux jours de notre nation, du temps où l’on était un pays constructeur. On sait aussi qu’en Allemagne, la demande concerne essentiellement des voitures du cru. Et, dernier exemple, il tombe sous le sens qu’une conduite à droite se vendra mieux en Angleterre qu’en Belgique.

La disparition d’une marque peut avoir des effets doubles. Certains se battent pour l’acquérir parce qu’elle devient rare, d’autres ne sont pas particulièrement intéressés parce que la marque
n’est plus d’actualité et se perd donc dans les limbes du passé. Si la Porsche 911 demeure un cheval de bataille, un modèle à refroidissement à air a plus de valeur qu’une 911 à refroidissement à
eau. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il y a vingt ans que les voitures sont passées au refroidissement à eau. Corollaire : l’ancien système, inutilisé sur les nouveaux modèles, est plus cher !

Autre certitude : une Lancia Fulvia ou une Alfa Romeo Veloce auront beaucoup plus de valeur si elles portent une carrosserie signée Zagato. Et puis, il y a des paramètres qui nous dépassent totalement. Ainsi, la Chine et ses nouveaux riches ont déjà – mais vont avoir encore plus – une influence déterminante sur le marché de la voiture ancienne. Ce qui plaira aux Chinois coûtera nécessairement plus cher à l’avenir, d’autant que la demande pourrait facilement dépasser l’offre. On sait toutefois que si trop de spéculateurs veulent entrer dans un marché d’amateurs pour le transformer en marché d’investisseurs, le risque est grand de diminuer la valeur des biens.

Investir dans les véhicules ancêtres, un bon placement ?

Aujourd’hui, alors que l’argent a perdu de sa valeur puisque les taux d’intérêt sont au plus bas, on se dit que les voitures historiques doivent être un bon créneau. C’est à la fois vrai et faux. D’abord, pour certains, posséder un véhicule exceptionnel ne répond qu’à une passion, et la valeur du bien n’est qu’une seule composante. Elle ne concerne d’ailleurs pas tous les acheteurs. Et si on se place en tant qu’investisseur, toutes les marques et tous les modèles ne sont évidemment pas comparables. Ainsi, une Porsche 911 augmente sa valeur de 10 % à 20 % l’an. C’est aussi le cas de certaines Ferrari. Mais, inversement, l’état de la voiture peut avoir des conséquences dévastatrices. Le vendeur doit d’abord engager des fonds très importants pour restaurer son bien et il n’est pas dit qu’il parviendra à compenser le montant de ses dépenses par rapport au nouveau prix de vente demandé. Les spécialistes sont apparemment d’accord sur un point : il est un peu tard pour rentabiliser sa passion, sauf si le candidat acheteur dispose de moyens très importants. Tout est relatif. Alors qu’une belle et bonne BMW M3 vaut une somme considérable, il n’en va
pas de même pour des véhicules nettement plus anciens. Ainsi, une Ford T, la référence des voitures centenaires, vaut à peine le prix moyen d’une voiture moderne. Et comme l’écrivait notre
confrère Jean-Christophe Willems : « S’il est encore possible de trouver l’un ou l’autre modèle susceptible de prendre de la valeur, il ne faut pas se faire d’illusions. Ce qui ne vaut pas un clou aujourd’hui ne vaudra toujours rien dans quinze ans. »

Et même si un ancêtre peut susciter l’engouement, un achat passion n’est pas forcément un investissement intéressant. La voiture d’autrefois peut vous mettre à l’abri financièrement, mais comme ce n’est pas forcément le cas, la prudence sera bonne conseillère. Depuis que le marché a explosé, les mauvaises surprises se sont multipliées. Aussi, afin d’être raisonnable, si tant
est que ce soit nécessaire, votre achat ne devrait pas avoir de conséquences fâcheuses sur l’état de votre portefeuille. L’idéal, en fait, est d’avoir suffisamment de moyens financiers pour ne pas devoir y penser.

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