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Saint-Nicolas : Au cœur de l’histoire industrielle liégeoise

La Maison des Terrils de Saint-Nicolas accueille la "Fête des terrils" ce dimanche 17 juin. | © La Maison des Terrils, à Saint-Nicolas.

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Entre Ans, Liège et Seraing se situe la petite commune de Saint-Nicolas. Comme ses voisines, elle vit encore au son de l’industrie et de son glorieux passé, autrefois rythmé par les puits de mine qui y étaient exploités.

Le patrimoine de l’entité, lui aussi, est lié à cette époque pas si lointaine. A Montegnée, l’ancienne Maison du Peuple, érigée en 1932, est aujourd’hui classée. Belle reconnaissance pour ce lieu où se retrouvaient des ouvriers et dont l’architecture mérite l’attention. Elle est l’œuvre de Joseph Moutschen, architecte liégeois prolifique dans les années 1930. Isolé suite à la démolition des habitations mitoyennes, le bâtiment est caractérisé par une façade Art déco. Elle s’élève sur trois niveaux et est couronnée par un fronton en gradins dont le sommet est occupé par un masque aux traits féminins. Des inscriptions en relief sont encore visibles, rappelant les fonctions du lieu : "Montegnée Ciné", "Maison du Peuple" et "UC", pour Union coopérative. Elle a depuis été reconvertie en salle culturelle.

La nature a repris ses droits

Au Moyen-Age, la seigneurie de Montegnée est essentiellement constituée de forêts appartenant au chapitre de la cathédrale Saint-Lambert de Liège. A partir de la fin du XIIIe siècle, des travaux d’extraction de la houille débutent à toute petite échelle dans la localité. Au XVIIIe siècle, on compte plus d’une centaine de puits en activité, alors appelés "trous de houille". Le Gosson, charbonnage le plus important à l’époque de la Révolution industrielle, poursuit ses activités jusqu’en 1964. Du passé industriel d’Ancien Régime ne subsistent que peu de témoins, englobés dans la dense agglomération de Montegnée. C’est ainsi le cas de la clinique de l’Espérance, hôpital bien connu de la région, fondé à l’origine en 1909 pour servir de dispensaire aux mineurs des charbonnages et aux cheminots.

A Montegnée toujours, le parc paysager du Gosson est un bel exemple de reconversion d’un site industriel. Zone d’habitat privilégié pour les grenouilles, ce vaste parc de plus de 30 ha propose des sentiers de randonnée, des pistes cyclables et accueille une réserve naturelle. Le site abrite des terrils, montagnes artificielles créées par les charbonnages qui, de nos jours, caractérisent les bassins industriels wallons.

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De Bernissart à Blegny, 1 200 terrils dont 340 majeurs constituent une chaîne de 200 km traversant 43 communes, parmi lesquelles Saint-Nicolas. Sur ces déchets de la mine formant de hauts cônes, la nature a repris ses droits ; le vert y a remplacé le gris. Le schiste, le charbon, l’anthracite et les métaux lourds comme le plomb et le zinc ont permis à près de 300 espèces végétales de se développer sur ces montagnes artificielles. Ces conditions ont favorisé l’arrivée de nombreuses espèces animales, parmi lesquelles une quarantaine de papillons et une vingtaine de coccinelles. Le criquet à ailes bleues - le seul protégé en Wallonie - s’y est lui aussi installé, au point d’en devenir la mascotte.

Les terrils constituent dès lors un témoignage non seulement naturel et patrimonial, mais également social et historique. Au sein du parc se trouve d’ailleurs la Maison des Terrils, installée dans un ancien lavoir construit en 1907 et qui servait de salle de douches aux mineurs du Gosson. Il s’agit du seul bâtiment encore debout, unique survivant de la campagne de destruction ayant suivi la fermeture du charbonnage. Cet espace témoigne de la volonté de réhabiliter les terrils via une valorisation environnementale, touristique et patrimoniale. En 2008, une "Route des Terrils" a d’ailleurs été créée en province de Liège. Les deux terrils visibles dans le parc naturel du Gosson occupent respectivement 14 ha et 17ha et invitent à la promenade.

Sous les vignes

Dans le bas de la commune, à Tilleur, on trouve aussi des vestiges du passé industriel. Au bord de la place d’Italie, un olivier centenaire a été planté en 2006, le long des anciens corons qui abritaient autrefois les ouvriers. Plus loin, en direction de Sclessin, on aperçoit la "Torette", un édifice bien plus ancien. Cette élégante bâtisse de style mosan est l’une des plus vieilles conservées dans la commune de Saint-Nicolas. Elle a été érigée en 1662, à l’emplacement d’un bâtiment antérieur déjà cité au XIVe siècle. Sa construction est due aux frères guillemites ou guillemins, qui étaient installés dans un couvent situé dans les faubourgs de Liège, à proximité de la gare qui porte aujourd’hui leur nom. Les frères désiraient bénéficier d’une maison de repos proche des vignobles qui leur appartenaient et qu’ils entretenaient. A Tilleur, en effet, dans cet endroit encore de nos jours appelé "Sous-les-Vignes", était alors produit du vin blanc. Celles-ci disparurent vers 1860 pour laisser place à des activités métallurgiques et houillères.

Les terrils en fête

Quoi ? Tous les ans au mois de juin, la Maison des Terrils est au cœur de la « Fête des terrils ». Une belle occasion de se plonger dans le passé minier et de découvrir ces richesses du patrimoine naturel. Au programme de cette journée intergénérationnelle : balades nature, balades à dos de poney, tyrolienne, marché gourmand, concert, théâtre de marionnettes…Le tout entièrement gratuit !

Quand et où ? Rendez-vous le dimanche 17 juin à la Maison des Terrils, rue Chantraine 161 à 4420 Saint-Nicolas.

Plus d'informations sur la Maison des Terrils ici.

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