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Pierre Rabhi, l'homme qu'il fait toujours aussi bon d'écouter

Les Amanins se situent au coeur de la vallée de la Drôme : une vallée aux paysages variés à la transition entre le Vercors et la Provence, avec comme élément fédérateur la rivière Drôme. | © DR

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Les Amanins, un lieu où s’incarne l’utopie d’une entreprise humaine et écologique. Une incarnation d’un nouveau paradigme où le don et la coopération construisent un mieux-vivre ensemble.

Figure de proue de l’agriculture biologique en France, Pierre Rabhi, jardinier subversif par excellence, philosophe et humaniste, est un personnage hors du commun, une personnalité attachante qui a proposé d’autres techniques agricoles aux quatre coins de la planète dès le milieu des années 80. Du Niger au Mali, il promeut l’usage du compost et proscrit les engrais chimiques. A 80 ans, sa question lancinante est de savoir quelle planète nous laisserons à nos enfants.

Pour favoriser une éducation agro-écologique, il a imaginé il y a des années près de Valence, un lieu d’accueil, de séjour, de production agricole et de sensibilisation à l’écologie dans un magnifique domaine de 55 hectares d’une nature préservée. Les Amanins, né en 2003, est le lieu de l’écologie incarnée que finance et rend possible son fondateur, Michel Valentin, décédé prématurément en 2012. Ce Centre agro-écologique des Amanins est situé en Val de Drôme sur le territoire de la Biovallée.

Depuis les années 70, la filière bio n’a cessé de se développer dans la Drôme. On y compte plus de 1100 exploitations et près de 36.000 hectares certifiés !

Les légumes sont issus du jardin, les fromages produits à la ferme, les recettes offrent toutes une cuisine biologique. Les cuisiniers métamorphosent tous ces produits qui peuvent alors livrer leurs vertus ! ©DR

Une autre société est possible

Les Amanins étaient donc le lieu idéal pour se rendre compte qu’un autre modèle de société est possible. Voici ce qu’en dit Pierre Rabhi :

« Le citoyen est dans une incertitude totale. Le modèle actuel, sans relation directe de l’être humain avec la nature, nous mène au désastre et dans la psyché collective une question s’impose : quel avenir ? Nous sommes dans une période de transition, tenus de changer de modèle pour ne pas disparaître. Le modèle que nous avons construit se dégrade et il faut en construire un autre, inventer un futur. Le politique s’acharne pour conserver un modèle moribond, un acharnement thérapeutique qui prolonge l’agonie et retarde l’impératif changement de paradigme. Confronté à la connaissance de soi, chacun est prisonnier de schémas de pensée dans lequel il s’enlise. Il faut changer radicalement le paradigme lui-même : remettre l’humain et l’écologie au cœur du modèle. Cela passe notamment par une éducation sans conditionnement. Par exemple : dire à l’enfant regarde et non pas regarde comme c’est beau ou laid. »

Confronté à la connaissance de soi, chacun est prisonnier de schémas de pensée dans lequel il s’enlise. Il faut changer radicalement le paradigme lui-même : remettre l’humain et l’écologie au cœur du modèle. -Pierre Rabhi

"Les Amanins produisent de la crédibilité qui réveille les énergies latentes des autres dans la liberté totale de leur propre perception. Que la voie soit juste et le lieu dédié à la nature qui nous a engendré est essentiel. Commencer par reconnaitre que nous sommes partie intégrante de la nature. Et l’écologie n’est pas une mode car la nature sera toujours là pour nous le rappeler."

Le visiteur met la main à la pâte

Aujourd’hui l’aventure des Amanins rassemble une équipe d’une dizaine de personnes qui font tourner la ferme, les prés cultivés, l’élevage des brebis, la production du fromage, la production céréalière, le moulin. La cuisine tire ses vertus des produits du jardin et la serre impressionnante de 8000 m2.

Le visiteur est invité à participer aux ateliers, à mettre la main à la pâte pour les récoltes, à pétrir le pain, produire les fromages, mouler les briques en terre crue… Tout est bien entendu fait maison, une éolienne fournit le centre en électricité, des capteurs solaires chauffent l’eau et les bâtiments, complétés selon les besoins calorifiques par une chaudière à bois et des poêles. Jusqu’aux bassins de phyto-épuration qui drainent une eau pure, apte à l’arrosage.

www.lesamanins.com

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