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Destination tendance, le Monténégro est (déjà) menacé par le boom touristique

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Kotor, au Monténégro. | © Unsplash/Alexandr Bormotin

Voyages

Perle de l’Adriatique nichée au fond d’un golfe spectaculaire, la cité médiévale de Kotor au Monténégro a survécu des siècles durant aux caprices du temps et aux guerres. Mais elle est aujourd’hui menacée par le tourisme de masse.

D’énormes paquebots de croisière ont investi sa baie, déversant leurs milliers de touristes sur ce site fortifié resté longtemps un « trésor caché », un lieu que le poète Lord Byron qualifiait de « fusion parfaite entre la mer et la terre ». Avec ses remparts, son port et ses édifices de pierre blanche logés au coeur d’un cirque de falaises de calcaire aux allures de fjord, Kotor a, un temps, été une alternative touristique à la mythique cité croate de Dubrovnik, située à 70 km plus au nord, quand cette dernière devint victime de son succès.

Dubrovnik, popularisée par la série Games of Thrones qui a dopé le tourisme dans la région, est désormais déconseillée par certains guides touristiques, en raison d’une affluence record. À Kotor, on s’inquiète de connaître un sort similaire. L’été, cette ville de 22 600 habitants, accueille jusqu’à quatre géants des mers chaque jour et 10 000 touristes quotidiens en haute saison. Inscrite en 1979 au Patrimoine mondial par l’Unesco, Kotor, considérée comme « plus authentique » que Dubrovnik, devient « un grand magasin de souvenirs », déplore Sandra Kapetanovic, membre d’Expedito, un groupement d’architectes locaux qui défendent un développement durable. « Ils ont tué Venise et Dubrovnik. Espérons qu’ils ne tuent pas Kotor aussi », tweetait récemment un voyageur du guide Lonely Planet en postant une photo d’un bateau de croisière dans la rade du port monténégrin.

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Jasminka Grgurevic, experte en conservation de l’architecture, pointe des difficultés logistiques : « Quand il y a foule en ville, un court trajet de 500 mètres ou un kilomètre prend une demi-heure. C’est un problème quand il s’agit d’apporter une aide médicale d’urgence, pour les pompiers, et surtout pour les personnes âgées ».

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Unsplash/Polina Rytova

Développement immobilier hors de contrôle

Le boom touristique effréné n’est pas le seul problème de Kotor : l’Unesco a mis en garde contre un développement immobilier hors de contrôle qui menace le principal attrait de la cité, à savoir son « harmonie » avec l’environnement. L’organisation des Nations unies a même menacé en 2016 d’ôter la ville de la Liste du Patrimoine mondial. Les autorités ont réagi en imposant l’an dernier un moratoire provisoire sur les constructions de la ville, où les loyers ont beaucoup augmenté, chassant libraires et petits artisans de la cité.

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Le tourisme est une branche vitale de l’économie du Monténégro, où il représente près d’un quart du PIB, grâce aux deux millions de visiteurs annuels qu’accueille ce pays d’à peine plus de 600 000 habitants, essentiellement sur ses côtes. Si le tourisme avait sombré dans les années 1990 avec les conflits sanglants qui ont fait disparaître l’ex-Yougoslavie, il a profité après la proclamation d’indépendance en 2006 d’une vaste phase d’expansion immobilière tirée par des investissements étrangers, surtout russes, et a résisté à la crise de 2008.

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AFP PHOTO / Savo PRELEVIC

Trouver un juste équilibre

Les complexes immobiliers ont fleuri et progressivement dévoré les côtes monténégrines. Les investisseurs « en ont profité, aux dépens des futurs sites touristiques », édifiant « de hauts bâtiments » pour lesquels les plages ne sont parfois même pas accessibles, souligne Rade Ratkovic, professeur d’affaires et de tourisme à Budva, un haut lieu du tourisme monténégrin.

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Damir Davidovic, de l’Office national du tourisme, assure que les autorités ont pris la mesure du problème. Elles « analysent » la situation pour trouver un juste équilibre, dit-il. D’autant que le tourisme au Monténégro vit de nouveaux bouleversements – comme ailleurs en Europe – liés à la multiplication des locations privées entre particuliers, via des plateformes comme Airbnb. « C’est un problème sérieux », estime M. Davidovic, selon qui plus de la moitié des hébergements touristiques privés évoluent dans une « zone grise » : les propriétaires s’en vont l’été, louent leur logement sans le déclarer au fisc et évitent ainsi tout impôt, un modèle qui pénalise les opérateurs touristiques traditionnels.

Face à ces évolutions, les habitants de la région sont écartelés. « La circulation, les parkings, l’électricité… un tel afflux touristique représente une énorme agression contre les infrastructures et use les nerfs de la population locale », relève Mustafa Canka, un journaliste monténégrin spécialiste du tourisme, en observant la plage bondée d’Ulcinj (sud). Mais, fait-il remarquer, « tous ceux qui vivent du tourisme n’attendent que ces 45 jours de l’année » où les visiteurs, l’été, déferlent. « L’insatiabilité a englouti notre espace et menace désormais notre avenir », dit-il.

Avec Belga

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