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Namur à vélo, un périple riche en découvertes

La citadelle de Namur vue du ciel. | © DR

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Comme Paris Match l’a illustré tout au long de l’été, l’AWaP (Agence wallonne du patrimoine) s’est associée au Beau Vélo de RAVeL. Namur est l’étape attendue du 1er septembre.

Site de départ de la promenade cycliste et lieu emblématique de la capitale wallonne, l’éperon de la citadelle est devenu, par la volonté de Léopold II, après sa vocation militaire, une aire récréative. Il compte plusieurs pépites patrimoniales : la citadelle, bien sûr – rappelons qu’elle est la plus grande d’Europe – mais aussi le théâtre de verdure et le stade des jeux, tous deux construits en 1910 d’après les plans de Georges Hobé. Le Grand Hôtel et son spa, le tram, le vélodrome et le funiculaire, eux, font désormais partie de l’Histoire : le premier a été détruit lors de la Première Guerre mondiale, les derniers un peu avant.

La « Renaissance mosane » se dévoile

Cela ne fut heureusement pas le sort de tous les bâtiments qui surplombent la Sambre, égrenés le long de la Route Merveilleuse. Pour preuve, l’actuelle maison des Mariages, anciennement musée de la Forêt et palais forestier, est également un bâtiment du tout début du XXe siècle. Elle garde des allures de belle demeure pittoresque, « fort répandue dans les sites de villégiature fréquentés par la bourgeoisie européenne à la fin du XIXe siècle », comme de nombreux auteurs l’écrivent.  Au pied de la forteresse, toujours côté Sambre, la halle « al’ Chair » abrite encore pour quelques mois les collections du musée archéologique de Namur, avant leur déménagement vers le nouveau musée des Bateliers. Construit entre 1588 et 1590, ce bâtiment est typique du style mosan dit aussi « Renaissance mosane », dont on trouve de beaux exemples en bord de Meuse notamment, comme le palais Curtius à Liège ou la maison Batta à Huy. Au niveau architectural, le vocabulaire est identique, quelle que soit la fonction de ces immeubles : briques, peu d’ornementation, chaînes d’angle en pierre, fenêtres rectangulaires à meneau et à quatre ou six jours, toit à haute bâtière d’ardoises à croupe et coyau percée de lucarnes, corniche à cymbales. La boucherie « al’ Chair » a remplacé une plus ancienne construction entièrement en pans de bois du XIIIe siècle. Après le transfert vers l’îlot des Bateliers, la halle sera complètement restaurée jusqu’en 2020.

La halle « al’ Chair ».

A vélo, il vous faudra traverser tout Namur et arriver à l’accès de la Via Romea Francigena pour entamer la partie plus rurale du parcours en atteignant Daussoulx, plus célèbre pour son échangeur que pour son église néoclassique Saint-Joseph, et Cognelée.

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Le souvenir de la Première Guerre

La campagne aux alentours de l’autoroute E42 a repris ses droits sur le fort de Cognelée, qu’on ne distingue plus qu’à peine dans le paysage. Abandonnée très vite aux Allemands lors de la Première Guerre mondiale, cette forteresse triangulaire a été construite à la fin du XIXe siècle et faisait partie de la position fortifiée de Namur mise en place par le général Henri-Alexis Brialmont. Inefficaces car réalisés en béton non armé et souffrant de défauts de conception, ses murs n’ont pas résisté longtemps aux obus de type Grosse Bertha 420 mm de 1914. Le fort ne se visite qu’exceptionnellement. A proximité, les Allemands ont élevé trois grands hangars pour une base aérienne destinée à des zeppelins. Ce site se visitera cette année lors des Journées du patrimoine, en septembre.

De g. à dr. : Le château d’Arenberg à Marche-les-Dames. Une vue aérienne du fort de Cognelée.

Plus loin, après une petite incursion sur le territoire des communes d’Eghezée et de Fernelmont, le parcours revient sur les terres namuroises via Gelbressée. Cette localité possède un riche patrimoine. La chapelle Saint-Donat, l’église Notre-Dame et la ferme du Tilleul en sont les représentants les plus connus. Plusieurs habitations privées présentent également de nombreux atouts architecturaux, comme celles qui longent la route de Hannut ou la rue Ernest-Moëns. Plus insolite, en revanche, est la cabine électrique de la rue de Ferraire, un étrange bâtiment de style néomédiéval construit en béton au siècle dernier. La ferme du Tilleul est située dans la même rue. Autour de la cour pavée, l’ensemble des bâtiments, essentiellement en calcaire, sont datés des XVIIe et XVIIIe siècles. Si on lève les yeux, dos au ruisseau, la vue se porte sur l’église Notre-Dame et sa tour romane. L’édifice a subi de multiples remaniements, du chœur au XIVe siècle au porche au XVIIIe siècle. Il subsiste encore des traces de peintures murales romanes dans la tour.

Les décisions de 1918 et 1945

Près de la Gelbressée, le château d’Arenberg, homonyme de celui qui abrite aujourd’hui la faculté des sciences appliquées de l’Université catholique de Leuven, est une construction en style néomosan de 1917. Il remplace un premier édifice construit un siècle plus tôt, ayant appartenu à un maître de forge du nom de Jean-Joseph Jaumenne et acquis en seconde main en 1834 par le duc Prosper d’Arenberg. La demeure est d’abord destinée au prince Philémon-Paul, chanoine honoraire et frère de Prosper, avant que la princesse Pauline, petite-fille du duc, n’en hérite. En 1914, le château est détruit puis reconstruit trois ans plus tard d’après les plans de l’architecte Lange, qui a déjà restauré l’église paroissiale. Après le décès de Pauline en 1921, l’arrêté-loi du 10 novembre 1918 met en partie sous séquestre les domaines des Arenberg car la famille était d’origine allemande. La propriété de Marche-les-Dames revient donc à l’Etat belge. Depuis 1945, elle est occupée par le régiment commandos de la Défense belge.

L’église de Notre-Dame de Gelbressée.

Le long de la Meuse, à Lives-sur-Meuse, se situe également le château de Brumagne, propriété des Carton de Wiart. La propriété aux murs blancs a été construite dans la première moitié du XVIIIe siècle en style néoclassique et a été plusieurs fois agrandie. Son grand parc comprenait un jardin, un potager et un verger. Le roi Albert Ier et la reine Elisabeth adoraient y séjourner. Il fait d’ailleurs face aux rochers de Marche-les-Dames. Incendié en 2001, sans toiture et à l’abandon, le château peine à trouver une nouvelle vie.

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Toujours en longeant la Meuse, les amateurs pourront également croiser de part et d’autre du fleuve les moulins de Beez, le Grognon et le château Thibaut, plus connu en tant qu’Elysette, maison de la présidence de la Wallonie. Et pour rallier le point de départ, ils n’échapperont malheureusement pas à la terrible remontée vers la citadelle par la Route Merveilleuse. Cuisses et mollets sensibles s’abstenir…

Les moulins de Beez.

Sur les traces du Roi Chevalier

A l’origine seigneurie hautaine, c’est-à-dire dont le seigneur a le droit de haute justice (crimes graves), Marche-les-Dames est célèbre à plus d’un titre. Sur ses terres est établie l’abbaye cistercienne de Notre-Dame-du-Vivier. S’y déploie également la forêt domaniale, où l’on escalade toujours les rochers du haut desquels Albert Ier trouva la mort en 1934.

Par Madeleine Brilot, en collaboration avec l’AWaP.

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