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Le château et les jardins d’Annevoie, un havre de paix au bord de la Meuse

Les jardins se visitent toute l’année. | © DR

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Situé dans la commune d’Anhée, dans la vallée du Rouillon, le château d’Annevoie est devenu célèbre grâce à ses jardins, déjà renommés alors qu’ils n’étaient qu’en projet dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle.

Bien qu’intimement lié à ce siècle par sa conception et son esthétique, le château a, en réalité, une histoire plus ancienne. La terre est à l’origine une seigneurie foncière dépendant du baillage de Montaigle, dans le comté de Namur. Elle appartient à la famille de Halloy, qui y fait construire vers 1627 un petit manoir complété de granges, de dépendances, de forges et d’un fourneau. Le maître de forges Jean de Montpellier épouse en 1675 en secondes noces Marie de Halloy, nièce de Catherine, qui lui lègue Annevoie en 1691, et devient propriétaire de l’ancienne seigneurie. Il constitue petit à petit la propriété en achetant les parcelles contiguës. Le deuxième fils du couple, Jean, quatrième du nom, poursuit en ce sens durant la première partie du XVIIIe siècle. Il est le premier à l’habiter. Mais le membre de la famille de Montpellier dont le nom reste attaché à Annevoie est Charles-Alexis, bailli de Montaigle et maître de forges, qui hérite du domaine en 1754 et le transforme en celui que nous connaissons actuellement, en réaménageant le château et en créant les jardins.

Apothéose

Le site, d’une superficie d’environ douze hectares, s’implante en longueur en suivant les courbes de la vallée du Rouillon. Rendons d’abord honneur au château. Il est construit au centre de la propriété, mais suivant un axe perpendiculaire à l’orientation générale du domaine. Percé dans les anciennes écuries – un long bâtiment de deux niveaux encadré par deux tours –, le porche d’entrée permet le passage vers une cour d’honneur trapézoïdale, ornée d’un joli bassin avec fontaine. Des deux côtés de cette entrée et de part et d’autre du logis principal, deux constructions peu profondes, à la structure semblable, abritent lors de leur édification les remises à carrosses à l’est et l’accès aux jardins à l’ouest. Ces galeries sont rythmées par des pilastres et des arcades cintrées, probablement des portails. Ces derniers sont maintenant obturés vers l’est et ne permettent plus au regard de s’échapper. Les galeries sont surmontées d’une balustrade à l’italienne. Des bustes romains et des trophées militaires décorent le tout.

L’étang des nénuphars.

La demeure est d’un style résolument classique : symétrie, moellons de calcaire auparavant enduits, toitures mansardées en ardoises, décor de guirlandes de fleurs, de cartouches et de panneaux stuqués. Philippe Phazelle (ou Fazelle), l’architecte qui est également l’auteur de l’hôtel de Propper de Hun à Namur, a parfaitement intégré les constructions préexistantes. Seules d’infimes différences dans les types d’appareillage, ainsi que quelques chaînages et fenêtres à meneaux, font deviner qu’il y avait là un manoir au XVIIe siècle. Les travaux entrepris au XVIIIe siècle se terminent en apothéose par la décoration en stuc du salon blanc. Carlo Moretti, stucateur célèbre pour ses réalisations en Belgique, notamment celles du casino de Spa, les exécute en 1776. Par la suite, le château sera peu remanié et gardera une grande cohérence architecturale.

L’art des jardins

Occupons-nous maintenant des jardins, car ce sont bien eux qui donnent à Annevoie son caractère exceptionnel. Charles-Alexis a fait ses classes à Paris et garde des souvenirs admiratifs de Versailles et de Saint-Cloud. Il désire recréer une ambiance semblable dans sa propriété, conçue à une période charnière de l’art des jardins. Le caractère strict et rectiligne qu’il lui donne est compensé par la variété et la présence des jeux d’eaux. Tout est pensé pour encourager les belles perspectives. Les qualités naturelles du site sont magnifiées par le traitement romantique de la nature. Il faut cependant faire une distinction entre la partie occidentale des jardins, créée par Charles-Alexis, et les zones nord et ouest. La partie orientale, moins bien conservée, est aménagée dans un style beaucoup plus pittoresque, daté de la fin du XVIIIe siècle. Nicolas-Charles a poursuivi l’œuvre de son père en y ajoutant des fabriques en roche (ponts et grottes), qui sont demeurées à l’état de vestiges. Les jardins au nord sont de conception moderne. Ils ont été aménagés à partir des années 1930 par Pierre de Montpellier, héros de la Grande Guerre pour s’être évadé sur le remorqueur Atlas V en 1917, en fonçant sur la Meuse de Liège à Maastricht.

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A l’origine du domaine, au XVIIe siècle, un jardin régulier et un potager existaient certainement, comme c’était le cas dans nombre de demeures des régions adjacentes. Il est même vraisemblable qu’on y ait trouvé l’un ou l’autre point d’eau. Au XVIIIe siècle, l’art paysager voit cohabiter trois styles, qui tous se retrouvent à Annevoie. La tendance française impose la main de l’homme à la nature. Les courbes et le naturel sont corrigés. La symétrie et la perspective règnent en maître. La grande allée, au départ de la cour d’honneur, l’allée des fleurs et les parterres ordonnés sont représentatifs de ce style. Au contraire, la philosophie anglaise imite la nature, parfois jusqu’à l’excès : chemins sinueux, cascades, haute futaie, grottes des nains, de Neptune et autres fabriques variées sont autant d’éléments censés inspirer un sentiment romantique et poétique. L’omniprésence de l’eau, quant à elle, est bien l’un des axes des jardins à l’italienne. A Annevoie, elle coule jour et nuit, été comme hiver. Les éléments constitutifs du paysage sont intégrés à la création. Ainsi, la façade arrière du château, qui se reflète dans le miroir d’eau à ses pieds, épouse parfaitement la courbe du terrain.

Le buffet d’eau et le majestueux petit canal.

Charles-Alexis meurt à Annevoie, aveugle, à 90 ans (1807), ne pouvant plus admirer les jardins qu’il avait tant aimés. Ses descendants en prendront soin. L’ensemble du site, les jardins et les abords sont classés comme monument et site en 1982. Le récent rachat d’Annevoie, un temps qualifié de patrimoine exceptionnel de Wallonie, laisse à nouveau présager un avenir radieux à ce magnifique domaine. Les qualités naturelles du site sont magnifiées par le traitement romantique de la nature

Informations pratiques

Ouverte au public dans les années 1930, la propriété a été soigneusement entretenue par la famille de Montpellier jusqu’à la vente du domaine en 2000. Une fondation, le Domaine historique du château et des jardins d’Annevoie, prend le relais en 2017. Les jardins se visitent toute l’année. Plusieurs visites combinées sont possibles. Pour plus d’infos, voir www.annevoie.be

Par Madeleine Brilot, en collabaration avec l’AWaP.

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