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Guirsch, d’une puissante seigneurie médiévale à un village de charme

Les jardins du château de Guirsch. | © WikiCommons

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Sur les hauteurs d’Arlon, le long de la frontière luxembourgeoise, est perché un village d’exception, d’un charme particulier et qui abrite des éléments patrimoniaux évoquant sa gloire passée.

Guirsch se trouve sur un plateau très élevé, à 394 m d’altitude, et est enclavé au nord et à l’est par le territoire grand-ducal. Situé en Lorraine belge, le village se situe sur le sommet du front de la cuesta sinémurienne qui débute à Muno (Florenville). Le bâti ancien y est établi le long d’une crête et occupe encore en majeure partie la rue principale. En venant d’Arlon par Alewee, le visiteur est accueilli par une petite chapelle située sur la crête et d’où l’on jouit d’un superbe panorama sur la vallée de la Pall et du village d’Oberpallen, au Grand-Duché.

Passé médiéval

Au Moyen Age, Guirsch était le chef-lieu d’une importante et puissante seigneurie du duché de Luxembourg. Les seigneurs de Guirsch réunissaient entre leurs mains tous les degrés de la juridiction seigneuriale. Plusieurs villages des actuelles communes d’Arlon et d’Attert en faisaient partie. De ce passé seigneurial subsiste le château de Guirsch, héritier de constructions plus anciennes. Un premier édifice, construit au Moyen Age, fut détruit par les troupes du duc de Bourgogne Jean sans Peur en 1413. Une seconde construction, érigée au XVIe siècle, a été établie au même endroit par les Busleyden, famille titulaire de la seigneurie, et fut ravagée par un incendie dans la première moitié du XVIIIe siècle. Ces deux premiers châteaux se trouvaient plus en avant dans le village, non loin de l’église Saint-Willibrord, qui faisait alors office de chapelle castrale.

Les dépendances et le château de Guirsch. – WikiCommons

Le château actuel a été érigé entre 1749 et 1763 par le seigneur de Guirsch, André de Marches, dont la famille posséda le bien jusqu’à la fin du XIXe siècle. Les propriétaires suivants, les Wykerslooth de Rooyesteyn, opèrent alors quelques travaux sur la bâtisse. L’édifice est véritablement la construction la plus imposante du village. Assis sur un surplomb dominant à l’arrière un vaste parc arboré, il se compose de bâtiments organisés en quadrilatère groupant une ferme castrale, le château en lui-même et un vaste porche d’entrée.

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La vénérable bâtisse a depuis traversé les époques. En 1795, le duché de Luxembourg est annexé à la République française mais le château reste la propriété des anciens seigneurs. En 1814, Guirsch est incorporée au Grand-Duché de Luxembourg, Etat créé par le Congrès de Vienne après la période napoléonienne et offert comme possession personnelle au roi des Pays-Bas Guillaume Ier. Après la Révolution belge, lors de la négociation du traité des XXIV articles devant séparer les actuels Luxembourg belge et grand-ducal, le très catholique seigneur de Guirsch pesa de tout son poids pour intégrer la Belgique et, ainsi, ne pas accepter que son domaine passe pour de bon sous la coupe d’un roi protestant. Devenue commune à part entière, Guirsch a fusionné avec Arlon en 1977.

Village de charme

Passé le caractère imposant du château, le village ne manque pas d’atouts. Il a conservé une forte cohérence architecturale et un caractère authentique qui ont motivé son classement comme ensemble architectural. Au centre, l’ancienne chapelle castrale, devenue l’église paroissiale Saint-Willibrord (notre photo), est un des édifices d’intérêt de Guirsch. Elle est dédiée à un évêque des VIIe-VIIIe siècles particulièrement vénéré dans la région et saint patron du Grand-Duché de Luxembourg, preuve une fois encore de son passé intimement lié à celui du pays voisin. Dans le cimetière, on ne manquera pas la chapelle funéraire de la famille Wykerslooth de Rooyesteyn, édicule néogothique de la fin du XIXe siècle dominant l’ensemble.

La petite chapelle à l’entrée d’Alewee.

L’ancien presbytère mérite également l’attention. Daté de 1844, il voisine avec un des autres édifices historiques du village, l’ancien noviciat des sœurs de Notre-Dame d’Arlon. Ce bâtiment du milieu du XIXe siècle est ceint d’une grille ouverte de deux piliers décorés de motifs néogothiques. Le village compte également plusieurs belles fermes, souvent restaurées ces dernières années, mais construites aux XVIIIe et XIXe siècles. C’est le cas d’une très belle ferme quadricellulaire de la rue de Beckerich, datée de 1782. Notons aussi la présence de l’école communale, construction éclectique en calcaire local, érigée en 1893 comme l’indique l’inscription où figure également le mot « Schulhaus », rappelant que la langue vernaculaire de cette région frontalière était encore le luxembourgeois à cette époque. Historiquement, les habitants de l’« Arelerland », le pays d’Arlon, parlaient en effet un patois luxembourgeois qui, toutefois, a tendance à se marginaliser depuis quelques décennies.

Balades idéales

Les atouts de Guirsch ne sont plus à démonter. Profitez du calme du village et des balades environnantes, et pourquoi pas pour découvrir le hameau de Heckbous, dépendant de Guirsch, et sa chapelle classée de 1732 dédiée à saint Aubin, qui voisine avec un remarquable calvaire de 1604 ayant servi de borne à la juridiction de haute justice de la seigneurie. Dans les bois environnants, vous aurez peut-être l’occasion de repérer l’une des bornes en fonte placées en 1843 pour délimiter la nouvelle frontière belgo-luxembourgeoise.

Par Frédéric Marschesani, en collaboration avec l’AWaP.

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