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Échappée belge : 10 choses surprenantes sur la vie aux Philippines

C'est non loin de la fameuse plage de Boracay qu'Oliver et sa famille ont élu domicile... Un petit coin de paradis. | © DR

Voyages

Tout plaquer pour aller s’installer au bout du monde : un rêve que cultivent de plus en plus de Belges. Mais la vie est-elle vraiment plus belle sous le soleil ? Échappée belge à la rencontre d’expatriés qui ont construit leur vie à l’étranger, et racontent les surprises rencontrées dans leur nouveau pays.

 

Pour Oliver Carvajal Gomez, Olf comme le surnomme ses amis, la « Belgique n’est finalement qu’un espace sur la terre comme tant d’autres ». Voilà la base de sa philosophie de vie. « C’est surtout en démarrant ma carrière professionnelle que je m’en suis aperçu, j’ai rapidement compris que cet univers n’était pas fait pour moi. C’est surtout au niveau de la mentalité que cela a coincé. Le fait de privilégier la sécurité… Le métro, boulot, dodo… Tout cela ne colle pas avec ma personnalité. Je suis arrivé très jeune en Belgique (Ndlr : Oliver est originaire de Colombie et avait d’abord vécu quelques années en Espagne). J’y ai fait toute ma scolarité mais je ne me suis jamais totalement fondu dans la culture belge. Après avoir rapidement stoppé mes études supérieures, je me suis fait ma propre expérience à Londres, Paris et Barcelone directement dans le monde du travail ».

Oliver, notre interlocuteur. Le Belge de 45 ans vit depuis de nombreuses années aux Philippines. © DR

Quitter la Belgique et l’Europe semble inéluctable lorsqu’on observe le parcours de notre interlocuteur. Mais les Philippines, c’est très exotique comme destination finale. « La raison de mon départ pour l’archipel asiatique est due à trois facteurs. D’abord, ma compagne Maureen, maman de mes deux enfants, est Philippine. Ensuite, ma volonté de quitter le monde de l’entreprise pour me lancer en solo dans des projets qui me correspondaient davantage. Enfin, l’envie de vivre dans un cadre plus enchanteur que le plat pays? »Parmi ses divers projets professionnels, Oliver a notamment supervisé la construction d’un petit resort hôtel sur l’île de Boracay qui a très vite connu le succès et assuré à la petite famille de confortables rentrées financières. Son activité principale est celle d’entrepreneur local. « Je fonctionne un peu à l’envie. Les projets doivent me parler, m’interpeller. L’agenda est donc assez aléatoire ».

Boracay Bulabog Beach. © DR

La grande différence entre les Philippines et l’Europe ? « Il faut constamment se débrouiller ! » 

Comment s’écoule la vie de tous les jours dans cet endroit paradisiaque qui a tout de la carte postale parfaite ? « Il faut bien comprendre qu’en République des Philippines, les différences entre classes sociales sont énormes. Il y a beaucoup de pauvreté et d’énormes richesses. Entre les deux, depuis une décennie, on voit apparaître une middle class qui se développe lentement. Donc, par essence, le Philippin est quelqu’un qui doit beaucoup lutter pour s’en sortir et qui agit souvent de manière versatile afin d’y arriver. » Voilà qui contrebalance l’image de lagune éternelle et merveilleuse.

La société philippine côtoie une large communauté d’expatriés majoritairement européens et anglo-saxons. Sans oublier l’arrivée récente d’asiatiques, surtout en provenance de Chine et de Corée du sud. L’île est devenue une destination phare, attirant tant les professionnels que les retraités. Le tourisme est bien entendu le moteur du développement actuel des Philippines. L’endroit paradisiaque possède bon nombre d’atouts. « Ce que le gouvernement a très bien compris également. De nombreuses possibilités de projets et d’investissements s’y développent et cela amène de la croissance », dixit Oliver. Les Philippines, ce sont quelques 7 000 îles et péninsules, une multitude de cultures et de dialectes différents. « Comment voulez-vous rassembler tout cela sous une bannière commune, sous une prétendue identité commune ? C’est impossible ! Parler de questions sociales de manière homogène comme en Europe est très ardu. »

De gros travaux ont été réalisés en urgence à Boracay ces derniers mois. © DR

Boracay : histoire d’une catastrophe courue d’avance…

Oliver et sa famille vivent sur l’île de Boracay. Une île qui a fait l’objet de nombreux reportages car elle a fermé ses accès au tourisme de masse durant six mois au printemps 2018. Une décision drastique prise par Rodrigo Duterte, le président de l’archipel. En cause : la pollution provoquée par les eaux usées déversées directement dans la mer. Duterte est allé jusqu’à comparer Boracay à une fosse septique. Où en est-on concrètement aujourd’hui ?

C’est simple, à certains endroits, les gens se baignaient dans des excréments.

« Dès 2010, l’île a connu un développement frénétique », explique Oliver. « La situation a dérapé suite aux investissements massifs, et non contrôlés par les Philippins, des Coréens et des Chinois qui ont découvert un endroit paradisiaque. Ils y ont vu une belle opportunité de développer tous les services en station balnéaire. Toutes ces initiatives ont trouvé une main d’œuvre facile et abondante. Le Philippin est obligé d’être polyvalent et débrouillard. Il pourra donc assurer en même temps des jobs dans le jardinage, la construction, le bricolage, la cuisine… Il s’est jeté dans la demande de main d’œuvre. Sans oublier la corruption active. L’administration locale s’est bien rempli les poches. Sans allouer aucun budget pour répondre à l’urbanisme galopant de l’endroit. »

Et la situation s’est empirée pour ce degré de développement de l’île vu qu’aucune infrastructure d’écoulement et de gestion des eaux usées n’était prévue. Boracay a tout simplement couru vers une catastrophe prévue. « C’est simple, à certains endroits, les gens se baignaient dans des excréments. » Afin de protéger l’île de la pollution, les autorités ont donc décidé de limiter le nombre de touristes à 19 000 ainsi que celui des hôtels. Tout n’est pas parfait mais la pause a été salutaire pour la survie de la plage.

Maureen, la compagne de Oliver sur la terrasse de leur habitation à Bocaray. © DR

Quelques points de comparaisons concrètes avec la Belgique

Comment vit-on, se déplace-t-on, grandit-on, se soigne-t-on dans les Philippines ? Nous avons posé ces questions à Oliver qui y vit depuis près d’une décennie. Un tableau peint sans langue de bois.

Sécurité sociale et soins de santé : « Elle existe aux Philippines. Mais vous pouvez imaginer les limites de la couverture et des remboursements octroyés à la population ainsi qu’aux expatriés qui auraient même souscrits à des assurances privées. Il en va de même pour la qualité des soins dispensée. Le Philippin est très croyant et s’en remet à Dieu. Pour lui, ce n’est pas la science qui va le sauver. Ce n’est pas la rationalité qui mène la barque, c’est le religieux. La croyance religieuse très présente implique une relation au monde, en parlant de la mère terre, très différente. L’approche de la réalité universelle est très éloignée de ce que l’on retrouve habituellement en Europe. Il n’y a pas de médecin de famille. Le Philippin se tournera vers un remède de grand-mère venant de telle plante ou de tel arbre. En tout cas, c’est très clairement le cas en dehors des grandes villes comme Manille. »

Du simple quidam aux appareils d’État, la corruption fait partie de la philosophie du lieu. Il faut pouvoir composer avec et en jouer.

Emploi et Economie : « Le tissu économique est principalement composé par les grandes entreprises internationales installées aux Philippines de manière classique. À côté de cela, une économie s’est renforcée autour de l’entrepreneuriat menés par les expats et les locaux dans l’offre de services : la technologie, le marketing, la gestion, la création de produits gastronomiques, les vêtements… Le marché philippin est aussi inondé de produits blancs venus de Chine notamment. La proximité géographique et un système de taxes avantageux fait la différence. Ce terrain fertile d’activités permet rapidement de tester des offres et de tenter de lancer quelque chose à moindre frais. Je m’inscris pleinement dans cette dynamique. C’est beaucoup plus aisé que la situation que j’ai connue en Europe. En termes de pressions administratives et financières, c’est le jour et la nuit. C’est mon point de vue et c’est celui de nombreux expatriés également. » De son propre ressenti, le monde professionnel ne s’encombre pas des stéréotypes européens. Ce qui facilite la volonté de se diversifier. « Un médecin pourra aussi, par exemple, disposer d’une franchise pour vendre des serviettes de bain. Un employé de chez McDonald peut très bien offrir des services d’e-marketing en part time. C’est complètement dans la mentalité, plus qu’en Europe à l’heure actuelle. »

Corruption : « Graissage de pattes et bakchich à tous les étages… Du simple quidam aux appareils d’État, cela fait partie de la philosophie du lieu. Il faut pouvoir composer avec et en jouer. »

Boracay Beach – © DR

Mobilité : « C’est l’enfer ! Le gouvernement est incapable de mettre en place un plan de mobilité générale. À la décharge des autorités, les Philippines et la capitale Manille ont explosés ces dernières années en termes de population et de trafic. Il n’y a vraiment que quelques heures par jour où il est possible de circuler dans les grandes agglomérations. Quelques projets de skyline (Ndlr : autoroutes suspendues) sont actuellement à l’étude afin d’augmenter l’espace pour circuler en véhicules. D’un point de vue un peu plus folklorique mais néanmoins efficace, il y a tout le réseau de Jeepneys (Ndlr : anciennes jeeps américaines abandonnées par l’armée) massivement utilisés par le peuple et fonctionnel. Vous ajoutez à cela l’ensemble du parc automobile classique plus l’ensemble des bus qui circulent… Cela vous donne un ensemble pour le moins chaotique. »

Centres commerciaux : « Il faut savoir que les Philippins dans leur majorité vivent dans ce que nous nommons des taudis à peu de chose près. Mais ils passent surtout leur vie à l’intérieur des centres commerciaux… Ils y retrouvent un univers ultra moderne, confortable, léché, sophistiqué, hype et complètement connecté. C’est une expérience totale. Pour moi, ces malls ont bien vingt ans d’avance sur ce que nous connaissons en Belgique. C’est une manière pour eux d’échapper à leur quotidien, leur réalité. C’est un condensé de ce qu’on retrouve dans le monde. Tout cela a un prix évidemment car c’est de l’importation. Finalement, cette attitude se retrouve dans une série de pays du continent asiatique. »

Comparé au système éducatif européen de base, privé ou publique, le développement de l’expression corporelle revêt une importance capitale aux Philippines.

Vie sociale : « Malgré leur pauvreté réelle, les Philippins sont très connectés et possèdent très souvent les équipements dernier cri. Ils passent leur vie sur les réseaux sociaux et sont très accrocs au monde virtuel. Ce sont les rois des selfies ! Ils communiquent comme cela énormément avec les amis ou la famille qui vit et travaille à l’étranger. Et qui assurent des rentrées financières depuis ces pays de la diaspora. C’est un mélange complexe de virtualité et de réalité. En ce qui concerne ma situation propre, mon habitation est située sur l’île de Boracay à 100 mètres de la plage. Six mois de saison de pluie durant laquelle il ne pleut pas tout le temps et six mois de saison sèche. Il fait en moyenne 20 à 25 degrés. Je peux donc me balader en short et allumer un barbecue tous les jours. Et les barbecues s’organisent en général pour un oui ou pour un non. Nous croisons beaucoup de touristes en mode fiesta et pas mal d’expatriés. En même temps, la réalité de la vie en province fait que nous sommes victimes de coupures de courant régulières mais peu longues. Rien n’est stable en fait. »

La vie sociale est active et festive ! © DR

L’éducation : « On touche à nouveau à une question de valeurs et de culture. Comparé au système éducatif européen de base, privé ou publique, le développement de l’expression corporelle revêt une importance capitale aux Philippines. Dans le courant de la matinée, les enfants suivront toute une série de cours qui demandent à l’élève de s’exprimer avec le corps. Que cela soit via la danse, via de simples mouvements, etc… Les Philippins, un peu à l’image des Africains, ont un confort total avec leur corps, une manière de s’exprimer à travers lui qu’on ne retrouve pas ailleurs. Ce sont des danseurs hors pair. Les Européens sont mal à l’aise avec leur enveloppe charnelle et ont une grande pudeur en général. Cela m’a toujours frappé moi qui suis d’origine sud-américaine. Ignorer cela en tant qu’expatriés, c’est se mettre une balle dans le pied. En revanche, l’aspect de la raison, de l’éducation à penser, à se doter de raisonnement concret est bien trop peu développé. Ils ont leur sens commun… Mais après une décennie de vie aux Philippines, j’avoue qu’il y a encore des choses qui m’échappent (rire). Pour le reste, le programme suivi est très complet à mes yeux. Mes enfants (Ndlr : Gabriel 5 ans et Zachary 7 ans) ont quatre à cinq sessions d’évaluations durant l’année scolaire dont une en publique durant laquelle la danse et l’oralité sont cotés. Après, pour poursuivre sa scolarité en secondaire et faire des études supérieures, il faudra souvent rejoindre des villes comme Manille, Cebu, Davao ou Iloilo. »

Zachary le jour de la proclamation des résultats de son année scolaire. © DR
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