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Les collégiales à Liège, le second souffle d’un patrimoine wallon exceptionnel

L’église Saint-Jacques, une fenêtre ouverte sur un patrimoine d’exception : voici le chœur vu du jubé situé dans le fond de la nef et accueillant les grandes orgues. | © Guy Focant

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De vastes campagnes 
de restauration menées par la Région wallonne leur ont rendu toute leur splendeur.

Tout a commencé par lui. Né vers 930, Notger est originaire d’une famille noble du Saint-Empire germanique. Il intègre l’abbaye de Saint-Gall, centre intellectuel de premier plan, dont il devient très vraisemblablement plus tard le prévôt grâce à ses excellentes aptitudes de gestionnaire. Il est ensuite remarqué par l’empereur Otton Ier, qui l’appelle au trône épiscopal de Liège en 972. Fortement lié à la dynastie ottonienne, Notger reçoit les droits régaliens sur les villes et les terres qui constituent la principauté ecclésiastique. Il devient prince-évêque, le seul et l’unique maître de ses terres, sous l’autorité directe de l’empereur. Riche et puissant, Notger le bâtisseur est alors en mesure de se lancer dans une politique de grands travaux. La cité de Liège se transforme en chantier : amplification du tissu urbain, édification des fortifications, développement du commerce et de l’enseignement. Notger fait également ériger un nouveau palais épiscopal, symbole de sa puissance religieuse et politique. En plus de la cathédrale Saint-Lambert, sept collégiales et deux abbayes bénédictines s’élèvent alors dans la ville, formant une couronne d’églises autour de la cathédrale, épicentre religieux et politique du diocèse.

La collégiale Sainte-Croix

Elle été fondée à la fin du Xe siècle sur un éperon rocheux, à l’initiative de Notger. Dédiée à la Vraie Croix, l’église surplombe la cité ; avec l’église Notre-Dame-aux-Fonts, aujourd’hui disparue, et la collégiale Saint-Jean, le prélat a représenté un Calvaire. Reconstruite au XIIIe siècle, l’église est munie d’un « Westbau », typique de l’architecture rhéno-mosane. Il est sommé d’un élégant clocheton qui n’est pas sans rappeler celui de l’église Saint-Jacques. Le vaisseau gothique (XIVe siècle) est une église-halle qui, à la mode germanique, possède les voûtes des trois nefs à la même hauteur. La relique, un fragment de la Vraie Croix, est insérée dans un merveilleux triptyque-reliquaire du XIIe siècle, authentique chef-d’œuvre de l’art mosan. En très mauvais état, la collégiale va voir commencer un vaste chantier de restauration subsidié principalement par la Wallonie : il fait en effet l’objet d’un accord-cadre de 15 millions d’euros courant de 2018 à 2026. Monument phare de Liège, Sainte-Croix devrait bientôt retrouver son lustre d’antan.

Les célèbres fonts baptismaux romans rappellent sans conteste l’éclat de l’art de l’ancienne principauté

La collégiale Saint-Denis

A l’époque de sa construction, elle est située en bordure immédiate de l’enceinte érigée par Notger. C’est à la fin du Xe siècle qu’est élevée une haute nef en grès houiller. S’y ajoute au début du XIIe siècle une tour massive, flanquée de tourelles d’escalier et dominée par un clocher recouvert d’ardoises (XIVe-XVe siècles). Une chapelle latérale et un chœur gothique en tuffeau sont construits dès la fin du XIVe siècle. L’intérieur de l’édifice est profondément modifié au début du XVIIIe siècle : voûte de la nef centrale, décor stuqué et nouveau pavement composé de dalles de marbre blanc et noir. Datant de 1589 et comptant parmi les plus anciens conservés, les buffets des grandes orgues sont attribués au facteur Nicolas Niehoff. Ornant jadis le maître-autel, le seul élément gothique du riche décor de la collégiale est constitué par la partie centrale d’un retable brabançon (1525-1530) où se mêlent scènes de la Passion et de la vie de saint Denis.

La collégiale Saint-Jean l’Evangéliste

L’église Saint-Jean l’Evangéliste présentant un plan centré octogonal 
et un somptueux dallage noir et blanc.

Elle est fondée par Notger vers 980 ; il a souhaité y être inhumé. Cet édifice rompt définitivement avec les habitudes architecturales développées dans ses autres fondations. Saint-Jean l’Evangéliste possède en effet dès l’origine un plan centré prenant la forme d’un octogone entouré d’un déambulatoire, à la manière de son illustre modèle, la chapelle palatine d’Aix-la-Chapelle. Ce plan est complété d’un avant-corps au-dessus duquel se détache une tour en grès houiller (exhaussée à la fin du XIIe siècle), coiffée d’une flèche (XVe-XVIe siècles) et encadrée de deux tourelles. Peu après le milieu du XVIIIe siècle, la collégiale est rebâtie sur ses fondations. A l’exception de la tour, l’édifice présente d’importants problèmes de stabilité. L’auteur des plans n’est autre que l’architecte italien Gaetano Matteo Pisoni (1713-1782), dont le programme est légèrement remanié par Jacques-Germain Soufflot (1713-1780). Le plan centré est constitué d’un octogone et de son déambulatoire sur lequel se greffent six chapelles rayonnantes, le tout culminant en une coupole soutenue par un tambour de deux niveaux. A cette partie centrale fait suite un chœur allongé bâti, comme la rotonde, en faisant un large usage de la brique et de la pierre calcaire. C’est à un architecte local, Jacques Barthélemy Renoz (1729-1786), que revient le chantier.

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La collégiale Saint-Paul, devenue cathédrale

Fondée avant 972, elle est reconstruite du XIIIe au XVIe siècle en style gothique. Devenue cathédrale en 1803 à la place de la cathédrale Saint-Lambert détruite, Saint-Paul est enrichie de pièces issues d’églises détruites à la Révolution. L’intérieur présente une grande homogénéité architecturale. Les voûtes sont rehaussées d’une très belle décoration faite de rinceaux peints dans la première moitié du XVIe siècle. De cette époque date également le splendide vitrail de Léon d’Oultres qui représente le donateur avec un Couronnement de la Vierge et une Conversion de saint Paul. Des vitraux contemporains de Kim En Joong et de Gottfried Honegger prennent place dans la nef. Des chefs-d’œuvre sont conservés au sein de la cathédrale, notamment un Christ gisant (1696), en marbre blanc, signé par Jean Del Cour (1631-1707), sculpteur liégeois surnommé le « Bernin wallon », ou encore « Le Génie du mal », datant de 1848, une sculpture en marbre blanc exécutée par l’artiste belge Guillaume Geefs.

La collégiale Saint-Martin, aujourd’hui basilique

La nef et le chœur de la basilique Saint-Martin sur le Publémont, un édifice gothique du début du XVIe siècle.

Fondée vers 965 sur le Publémont par l’évêque Eracle, elle a été, en dehors de sa tour, entièrement reconstruite au début du XVIe siècle en style gothique, à l’initiative d’Erard de la Marck et sous la direction de l’architecte Art van Mulcken. C’est de cette même époque que date le très bel ensemble de vitraux Renaissance consacré, pour l’essentiel, à la vie de la Vierge. Sa splendide chapelle du Saint-Sacrement avec ses bas-reliefs baroques rappelle que Saint-Martin fut, en 1246, le point de départ de la Fête-Dieu, dédiée au culte de l’Eucharistie. C’est le souvenir de cet événement qui incita en 1886 le pape Léon XIII à lui octroyer le titre de basilique. Devenue église paroissiale après le Concordat de 1801, Saint-Martin ne connut au XIXe siècle que quelques aménagements relativement limités dans leur ampleur, notamment l’ajout de pinacles néogothiques. Une vaste et longue campagne de restauration menée par la Région wallonne lui a rendu toute sa splendeur.

L’abbatiale Saint-Jacques, devenue collégiale

La nef de l’église Saint-Jacques et les statues baroques 
en bois de tilleul peint en blanc du sculpteur Jean Del Cour, le « Bernin » liégeois

De l’ancienne abbaye fondée en 1015 par l’évêque Baldéric II, il ne reste que la crypte, consacrée en 1016, et le « Westbau » avec son gracieux campanile octogonal (XIIe siècle). Les nefs, le transept et le chœur, quant à eux, ont été entièrement rebâtis dans la première moitié du XVIe siècle sous la direction de l’architecte Art van Mulcken, dans un style gothique tardif tout à fait étonnant. La décoration des voûtes est en effet composée d’un réseau complexe de nervures, toutes rehaussées de monumentales clefs de voûte peintes. Les grandes orgues (1600-1603) occupent le fond de la nef. Elles ont bénéficié en 1998 d’une restauration complète à la hauteur de leur somptuosité par la manufacture Schumacher. Au milieu du XVIe siècle, Lambert Lombard, grand artiste de la Renaissance à Liège, ferme l’édifice d’un monumental portail Renaissance. Des éléments décoratifs font également de cette église un édifice d’exception : les superbes vitraux Renaissance qui ornent les fenêtres du chœur (1525), et les statues baroques en bois de tilleul peint en blanc, œuvres de Jean Del Cour, dont le saint André est incontestablement un des chefs-d’œuvre. Devenue collégiale en 1785, puis paroissiale après le Concordat de 1801, l’église Saint-Jacques a malheureusement perdu son cloître et ses annexes monastiques au milieu du XIXe siècle, pour laisser la place à un espace public. Néanmoins, un bâtiment de l’ancienne abbaye datant du XIVe siècle et en excellent état de conservation a été redécouvert en 2000 derrière des façades modernes ; il contient par ailleurs des peintures murales attribuables à Lambert Lombard.

La collégiale Saint-Barthélemy

La collégiale Saint-Barthélemy et son avant-corps (« Westbau ») composé de deux tours. A droite : la nef et l’orgue de la collégiale Saint-Barthélemy.

Fondée en 1010 en dehors de l’enceinte urbaine, la dernière collégiale liégeoise est consacrée en 1015 par l’évêque Baldéric II. Elle est reconstruite dès la fin du XIe siècle pour être terminée par son emblématique « Westbau » à la fin du XIIe siècle. Cette église est exemplaire car elle reste caractéristique de la période romane, malgré les importantes transformations qui vont moderniser sa physionomie. Au début du XVIIIe siècle, la volumétrie extérieure est amplifiée par l’ajout de deux basses nefs et le remaniement du sanctuaire, tandis que la décoration intérieure est entièrement renouvelée. Mais la structure romane est largement maintenue en-dessous des plâtres et stucs raffinés et du riche mobilier qui rajeunit le bâtiment. En 1851, la collégiale est dotée d’un remarquable orgue de Merklin et Schütz. Décidée dès 1982 et financée à 95 % par la Région wallonne, l’exemplaire restauration de la totalité du monument s’est achevée en 2006. En provenance de l’église Notre-Dame-aux-Fonts, les célèbres fonts baptismaux romans, en laiton, y sont installés depuis 1804. Unique dans l’art mosan, cette cuve baptismale se distingue par son ampleur, son esthétique et son iconographie : les scènes sont articulées autour du thème du baptême et illustrent le dogme de la Sainte-Trinité – le Père, le Fils et le Saint-Esprit –, cher à la théologie liégeoise médiévale. Les fonts rappellent sans conteste l’éclat de l’art de l’ancienne principauté.

Informations pratiques

Pour organiser la visite, utilisez la carte du circuit des collégiales. Elle présente les collégiales de Liège et les sites qui leur sont liés. Au-delà des collégiales, la carte renseigne trois lieux essentiels pour la compréhension de l’importance de ce patrimoine religieux : le Grand Curtius, le Trésor de la cathédrale de Liège et l’Archeoforum, géré par une équipe de l’AWaP. Pour plus d’infos : info@circuitdescollegiales.be – www.visitezliege.be – 04 221 92 21

Par Florence Pirard, en collaboration avec l’AWaP.

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