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Trésor wallon : L’or mérovingien de Grez-Doiceau

Image d'illustration. | © Wikipédia

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La nécropole a été fouillée entre 2002 et 2006. Une exposition itinérante a été mise sur pied dès la fin des fouilles. On parle ici de plus de 10 000 pièces.

En 2002, le ministère de l’Equipement et des Transports entreprend de prolonger la route N25 sur le territoire de la commune de Grez-Doiceau, entre les villages de Bossut et Gottechain. Avant tous travaux de ce type, une campagne d’évaluation du sous-sol archéologique est menée. Quatre cent quatre-vingts sondages sont creusés sur deux kilomètres. Une des plus vastes nécropoles mérovingiennes de Belgique vient d’être ainsi découverte.

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En pleine campagne brabançonne, le site lui-même ne ressemble pas à grand-chose. Pas de monticule ni de tertre, pas de reste de construction ni d’enclos, juste un petit bois et des champs qui, lorsqu’ils étaient labourés, devaient certainement recracher l’un ou l’autre tesson de céramique ou morceau de métal oxydé. C’est pourtant trois sites archéologiques d’époques successives qui ont été mis au jour dans la zone délimitée par l’emprise du tracé routier. Ainsi, des fosses protohistoriques, le cimetière mérovingien et un habitat médiéval ont été repérés au fur et à mesure de l’avancée des pelles mécaniques. Un peu moins de cinq cents nécropoles mérovingiennes ont été identifiées en Belgique. La plus importante se situe à Mons (Ciply, environ 1 200 tombes), mais les fouilles sont anciennes et leur publication incomplète.

Grâce aux dents

Installée sur un site déjà occupé précédemment, la nécropole de Grez-Doiceau montre toutes les caractéristiques d’un cimetière mérovingien lambda : rural, dominant ses alentours, proche d’un cours d’eau et à bonne distance des habitations. Sa taille est néanmoins considérable : quatre cent trente-six tombes, s’étalant entre le dernier quart du Ve siècle et le troisième quart du VIIe siècle de notre ère. L’inhumation dans un cercueil en bois devient le rite funéraire principal de la région, rompant ainsi avec les pratiques de la période gallo-romaine, qui lui préférait l’incinération. Les défunts étaient enterrés habillés, entourés de leurs richesses, armes et offrandes. L’étude de l’orientation des fosses funéraires et de leur matériel a mis en évidence huit phases différentes, de vingt à trente ans chacune. Les ossements sont mal conservés dans toutes les tombes. Les anthropologues n’ont pu déterminer que la taille et l’âge de quelques rares défunts. Seules les dents ont traversé les siècles. Ce sont ces mêmes dents qui ont permis d’identifier l’occupant atypique de la 437e tombe fouillée dans la partie la plus ancienne de la nécropole : un cheval! L’enterrement d’un tel animal n’était pas rare chez les Mérovingiens et était souvent associé aux inhumations de personnages importants.

Fibule en or sur âme de cuivre, grenats et pâtes en verre.

La dame de Grez-doiceau

Quelques sépultures se différencient nettement des autres. Elles sont isolées et de grandes dimensions, leur contenu abondant et remarquable. Il s’agit de la dernière demeure de dignitaires, chefs ou aristocrates. Parmi celles-ci, la tombe 146 abritait la dépouille de la « Dame de Grez-Doiceau ». La fosse, profonde, était intacte et les ossements bien mieux conservés que dans le reste du cimetière. Allongée sur le dos et probablement revêtue de ses plus beaux atours, la jeune femme portait des bijoux en or, décorés de grenats et verroterie : boucles d’oreilles, bague, collier, fibules et ornementation de tête composée de vingt-huit petites appliques estampées. Afin de payer la traversée du Styx, le fleuve des Enfers, une pièce d’or, plus précisément un solidus frappé au nom de Théodebert, roi d’Austrasie de 534 à 548, a été retrouvée dans la bouche de la défunte, perpétuant ainsi la coutume antique de l’obole à Charon. De la céramique, des objets métalliques comme un couteau et un hachoir, un seau et un gobelet en verre – intact ! – complétaient l’ensemble. La qualité et le faste de ce mobilier funéraire font de la tombe de la « Dame de Grez-Doiceau » l’inhumation mérovingienne féminine la plus riche de Belgique.

La tombe de la « Dame de Grez-Doiceau ».

Informations pratiques

N’hésitez pas à vous procurer le Carnet du Patrimoine 114 écrit par O. Vrielynck (dir.) en 2013 (« L’Archéologie en Wallonie. L’époque mérovingienne », édité par feu l’Institut du patrimoine wallon, 68 pages, 6 euros) ou à consulter le catalogue d’exposition de 2006 rédigé par le même, l’archéologue responsable des fouilles (« La Nécropole mérovingienne de Bossut-Gottechain. Commune de Grez-Doiceau, Brabant wallon, ministère de la Région wallonne », 74 pages). Depuis huit ans, les musées royaux d’Art et d’Histoire exposent le mobilier funéraire de la « Dame de Grez-Doiceau » et de quelques-uns de ses contemporains dans les salles mérovingiennes.

Par Madeleine Brilot, en collaboration avec l’AWaP.

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