Paris Match Belgique

À la découverte du patrimoine naturel adoré des Wallons

Le Tombeau du Géant, depuis les hauteurs de Botassart. | © DR

Voyages

La grande opération « Le Patrimoine préféré des Wallons » se poursuit. Cette semaine, place à la catégorie « Patrimoine naturel ».

Les cinq nominés, différents mais dotés d’une identité forte, révèlent la diversité et la beauté des paysages wallons. Afin de faire votre choix, nous vous proposons de vous les présenter plus en détail.

La chaîne des terrils, quand la nature reprend ses droits

Un terril récent, encore peu envahi par la végétation.

En Wallonie, les terrils font partie du paysage. Ces montagnes artificielles créées par les charbonnages caractérisent de nos jours les bassins industriels. De Bernissart à Blegny, 1 200 terrils dont 340 majeurs constituent une chaîne de 200 km traversant 43 communes. Sur ces déchets de la mine formant de hauts cônes, la nature a repris ses droits : le vert y a remplacé le gris. Le schiste, le charbon, l’anthracite et les métaux lourds comme le plomb et le zinc ont permis à près de 300 espèces végétales de se développer sur ces tertres artificiels. Ces conditions ont favorisé l’arrivée de nombreuses espèces animales, parmi lesquelles une quarantaine de papillons et une vingtaine de coccinelles différentes. Le criquet à ailes bleues, seul criquet protégé en Wallonie, s’y est lui aussi installé et en est devenu la mascotte. Les terrils constituent dès lors un témoignage non seulement naturel et patrimonial, mais également social et historique d’un passé révolu, d’une époque où l’industrie propulsait la Wallonie au rang des grandes nations et façonnait des montagnes. Beaucoup d’entre eux sont aujourd’hui des zones protégées classées comme site ou en zone Natura 2000. Ils sont devenus des lieux de promenades privilégiés, apportant la campagne aux abords même des zones urbanisées.

 

La carrière d’Opprebais, un site transformé par l’Homme

La carrière d’Opprebais, à Incourt.

Située sur le territoire de la commune d’Incourt, la carrière d’Opprebais est un bel exemple de site transformé par la main de l’homme sur lequel la nature a repris ses droits. Cette ancienne carrière d’extraction de quartzite, une roche notamment utilisée pour la confection de routes, a été exploitée à partir de 1754. C’est ici que furent extraites les pierres destinées à créer la route Louvain-Namur sous le règne de l’impératrice Marie-Thérèse. L’entreprise devient ensuite, grâce à la Révolution industrielle, un fleuron économique de la région, avant de péricliter lentement à partir des années 1960. L’exploitation se termine définitivement en 1975. Aujourd’hui, le site est occupé par un grand lac d’origine souterraine. Les sources qui l’alimentent procurent des eaux froides, troubles et profondes permettant la pratique de la plongée. Preuve que l’exploitation fut intensive, la hauteur des falaises de l’endroit varie de 2 à 25 m ! Ces dimensions impressionnantes ne s’arrêtent pas là : le plan d’eau occupe une superficie de 6 hectares, la profondeur maximale du lac est de 18 m et ce dernier compte plus d’un million de mètres cubes d’eau. Le site est ainsi naturellement devenu un espace dédié à la promenade champêtre, sur lequel on trouve une maison de la nature, un espace de loisirs et un sentier nature-découverte.

 

Les Hautes-Fagnes, parc naturel au sommet de la Belgique

Paysage de landes 
dans les Hautes-Fagnes.

Patrimoine naturel d’exception, les Hautes-Fagnes sont composées de paysages de landes et de tourbières, que l’on trouve habituellement dans des zones plus élevées en altitude ou sous des latitudes plus septentrionales. Une réserve naturelle de 4 300 hectares, créée en 1975, s’intègre dans le parc naturel Hautes-Fagnes-Eifel. On y trouve un climat froid et très humide, expliqué par la géographie et la géologie. L’altitude du lieu en fait le premier obstacle naturel pour les nuages venus de l’océan Atlantique. Il y tombe la quantité exceptionnelle de plus de 1 400 mm de pluie par an. De plus, le sous-sol est constitué de roches et d’argiles peu perméables qui rendent difficiles l’infiltration de l’eau. Ces phénomènes permettent l’existence d’une faune et d’une flore inhabituelles en Belgique. C’est notamment le cas du tétras-lyre, appelé aussi coq de bruyère, véritable emblème de la région. Le site compte également de nombreux monuments et sites remarquables, invitant à la promenade et à la découverte du patrimoine. C’est par exemple dans les Hautes-Fagnes que se situe le signal de Botrange, point culminant de la Belgique. On y trouvera aussi des sites connus de la région tels le lac de Robertville, le barrage de la Gileppe ou la Baraque Michel.

Lire aussi > À la découverte du patrimoine historique préféré des Wallons

Le Fondry des Chiens, curiosité géologique empreinte de mystère

Le Fondry des Chiens à Nismes.

Ce site naturel au nom insolite constitue l’une des bizarreries géographiques présentes en Wallonie. Le site est typique de la Calestienne, une région naturelle constituée de roches calcaires d’environ 375 millions d’années, qui forment une bande de 3 à 5 km de large entre l’Ardenne et la Famenne. Parmi les paysages nés de cette formation géologique se trouve le Fondry des Chiens, nom donné dans la région à des gouffres dans lesquels était extrait du minerai de fer. On y trouve ainsi des cavités aux parois très raides, parfois profondes de quelques dizaines de mètres, qui percent la surface rocheuse des plateaux de la région de Nismes (Viroinval). Le Fondry des Chiens en est l’exemple le plus impressionnant, avec une profondeur de 20 m. Il est également le plus visité. Selon la légende locale, des cadavres d’animaux – entre autres des chiens – y étaient autrefois jetés dans le trou béant, d’où l’appellation du site. L’endroit, protégé, est devenu le refuge d’espèces animales et végétales liées à la singularité morphologique du lieu, qui présente dès lors une grande importance au point de vue biologique. Intégré dans le réseau européen des réserves biogénétiques et dans le réseau Natura 2000, le Fondry des Chiens est également reconnu patrimoine exceptionnel de Wallonie.

 

Le Tombeau du Géant, contes et légendes d’Ardenne dans un site d’exception

Le Tombeau du Géant, depuis les hauteurs de Botassart.

Depuis le charmant village ardennais de Botassart, dans la commune de Bouillon, se dévoile un époustouflant point de vue sur un patrimoine naturel paysager d’exception. Le Tombeau du Géant y a, depuis des temps immémoriaux, acquis ses lettres de noblesse. Depuis le village s’ouvre à la vue un panorama grandiose de forêts, rochers et prairies dans lequel s’inscrit un des nombreux méandres ayant fait la renommée de la Semois. Au centre de celui-ci, une butte boisée a depuis longtemps été surnommée « leTombeau du Géant ». La légende raconte qu’un géant gaulois galopant le long de la Semois fut surpris par des cavaliers romains à cet endroit. Voulant leur échapper, il escalada les rochers, accrocha une corde à un arbre et se jeta de la falaise. D’un coup d’épée, un centurion romain coupa la corde et précipita le corps du colosse dans le vide. Le site fut ainsi choisi pour abriter sa sépulture, aujourd’hui plantée de chênes et d’épicéas traçant des formes et des couleurs sur la butte. Des interventions humaines entreprises à partir de 1975 ont permis progressivement d’effacer toute trace des ingérences passées de l’homme et de rendre au site son aspect d’antan. Classé patrimoine exceptionnel de Wallonie, le Tombeau du Géant est désormais protégé afin de le conserver pour les générations à venir.

 

Informations pratiques

Les richesses naturelles de la Wallonie ne sont plus à démontrer. Vous désirez voter pour votre site naturel préféré ? Pour cela, rien de plus simple, rendez-vous sur www.awap.be/news. Les votes, toutes catégories confondues, seront ouverts du 15 au 22 décembre 2018. 081 65 48 60

Par Frédéric Marchesani, en collaboration avec l’AWaP.

CIM Internet