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Trésor wallon : L’orgue de Longueville, un instrument historique exceptionnel

Image d'illustration. | © Unsplash

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Le petit village de Longueville, situé au cœur de la commune brabançonne de Chaumont-Gistoux, abrite en son sein un trésor : un orgue remarquable du XVIIe siècle.

Il a été construit aux alentours de 1670 pour le prieuré augustin du Val Saint-Martin, à Louvain. Suite à la suppression du couvent en 1785 par l’empereur du Saint-Empire Joseph II, l’orgue sera racheté pour 441 florins par Jean Van Dormael, curé de Longueville. C’est donc un heureux concours de circonstances qui permit aux Longuevillois d’entendre le son de ce fabuleux instrument lors des offices religieux.

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Le village de Longueville est mentionné pour la première fois en 1234. Son nom viendrait de Longavilla, en référence à sa forme allongée. Située sur un plateau argileux et sec, dans un paysage peu accidenté et peu boisé, la localité est à présent essentiellement résidentielle, mais a tout de même conservé son caractère agricole. Après avoir dépendu du chapitre d’Incourt, Longueville en fut séparé pour former une paroisse distincte dans laquelle aucune trace de fief important ni de château datant de l’Ancien Régime ne fut découverte. Toutefois, les archives mentionnent des propriétés des prieurés de Basse-Wavre, de Val Duchesse et d’Auderghem dans le village. Ce dernier abrite aujourd’hui une trentaine de biens classés, principalement des fermes, des habitations et des chapelles.

Notre-Dame de l’Assomption

L’orgue, un des sept instruments inscrits sur la liste du patrimoine exceptionnel de Wallonie, est logé dans l’église Notre-Dame de l’Assomption. Cette église paroissiale de style classique fut rebâtie en 1769 en briques et pierre blanche. Elle abrite un patrimoine mobilier intéressant : un maître-autel Louis XVI (1773-1774) surmonté d’une superbe sculpture représentant l’Assomption de la Vierge, huit toiles illustrant la vie du Christ et de la Vierge (1790 ?), une chaire (1771), des fonts gothiques en pierre bleue (XVIe siècle) et des pierres et croix funéraires (XVIIIe siècle). On peut considérer que l’orgue de Longueville est issu de l’école allemande, dont deux représentants, Goltfus et Bremser, s’établirent dans nos régions au XVIIe siècle. Comme beaucoup d’artisans à l’époque, les facteurs d’orgues voyageaient à travers l’Europe et portaient hors de leurs régions d’origine leur style et leur savoir-faire.

De petite taille et de profondeur réduite, le buffet possède une élégance raffinée et une ornementation exubérante. La verticalité du meuble est soulignée par une tourelle centrale à six pans coupés et accentuée par un important soubassement ouvragé. Les éléments de sculpture sont nombreux et variés : trophée constitué d’instruments de musique et enchâssé dans un compartiment à coins brisés, mascarons dont les feuillages laissent apparaître un visage malicieux, larges volutes, coquilles, rinceaux ajourés, guirlandes en feuilles de laurier, chérubins… Deux éléments de décor attirent particulièrement l’attention. Au centre de la composition, sous la tourelle, le cœur doré surmonté d’une flamme, emblème de l’ordre des Augustins, confirme l’origine de l’orgue.

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Quant aux aigles adossés qui forment la claire-voie de la tourelle et la couronne ducale qui la surmonte, ils pourraient suggérer que l’instrument fut à l’origine un don du duc de Brabant. L’orgue est alimenté par deux soufflets cunéiformes. Le pédalier est constitué de simples broches ressortant du soubassement, à l’instar des carillons anciens. Le banc de l’organiste est tout aussi exceptionnel : il s’agit d’une chaise à l’ébénisterie très soignée, munie de six pieds et d’un dossier.

L’orgue de Longueville ne subit qu’une seule transformation importante au XIXe siècle, mais qui n’affecta heureusement en rien le buffet ni une partie des tuyaux. La restauration de 1996 a tenté de se rapprocher au mieux du son d’origine, dans le respect des éléments conservés et la reconstitution des éléments manquants. La richesse de l’orgue de Longueville ne réside pas dans son nombre de jeux (douze registres), mais dans son caractère sonore très typé. Il se distingue en ce sens par une profonde originalité dans l’ensemble du paysage d’orgues wallons.

Informations pratiques

L’asbl « Les Amis de l’orgue de Longueville » a eu pour vocation initiale de sensibiliser le public le plus large possible, villageois, curieux, mélomanes avertis ou non, au projet de restauration de l’orgue de l’église. Aujourd’hui, elle organise des concerts qui permettent d’entendre sonner ce fabuleux instrument. Pour toute information : concerts.longueville@gmail.com – 010 88 92 24. Pour organiser votre visite dans la commune, n’hésitez pas à contacter la Maison du tourisme des Ardennes brabançonnes (info@mtab.be – 010 23 03 23) ou le syndicat d’initiative de Chaumont-Gistoux, qui propose des balades et des visites (010 68 72 11).

Par Florence Pirard en collaboration avec l’AWaP.

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