Comment Airbnb et TripAdvisor tirent profit des « crimes de guerre » en Cisjordanie

Comment Airbnb et TripAdvisor tirent profit des « crimes de guerre » en Cisjordanie

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Image d'illustration. | © Unsplash/Burst

Voyages

Amnesty International appelle les géants de la réservation en ligne à arrêter de proposer des logements et des activités dans les colonies israéliennes en territoire palestinien occupé.

Dans un rapport publié mercredi, Amnesty International s’en prend aux géants du tourisme en ligne. D’après l’enquête de l’ONG, Airbnb, Booking.com, Expedia et TripAdvisor tirent profit de « crimes de guerre » en offrant leurs services dans les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée. « La politique d’Israël qui consiste à installer des civils israéliens dans des territoires palestiniens occupés viole le droit international humanitaire et constitue un crime de guerre », explique l’association dans son rapport. « Malgré cela, ces quatre entreprises continuent de mener des activités dans les colonies, y compris Jérusalem Est et tirent profit de cette situation illégale », constate-t-elle, avant d’appeler ces groupes à arrêter de proposer des logements, des activités et des attractions dans ces colonies.

Airbnb, Booking.com, Expedia et TripAdvisor « normalisent » les colonies de Cisjordanie occupées et de Jérusalem-Est, a déploré Amnesty International. « Pour stimuler les réservations, beaucoup d’annonces dans les colonies se targuent de leur proximité avec des zones naturelles de grande beauté dans les territoires occupés, comme la mer Morte, des réserves naturelles et le désert », a poursuivi l’ONG. Ce faisant, ces compagnies « accroissent l’attractivité des annonces, assurant un plus grand nombre de touristes et profitant financièrement au final de l’exploitation illégale des ressources naturelles palestiniennes ». Face à l’intérêt pour l’expérience du « camping dans le désert en Israël », des habitants d’un village bédouin risquent de subir une expulsion forcée « à laquelle procédera l’armée israélienne afin de faire de la place pour l’extension illégale de Kfar Adumim et d’autres colonies du secteur », dénonce Amnesty International, alors que de nombreux éleveurs bédouins ont déjà perdu leurs moyens de subsistance et dépendent désormais de l’aide humanitaire. « Le comble, c’est que les colons utilisent la culture bédouine pour attirer les touristes », ironise l’ONG.

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Airbnb, Booking.com, Expedia et TripAdvisor sont également accusés d’induire en erreur leurs clients puisqu’il n’est pas systématiquement indiqué que les offres concernées sont situées dans des colonies israéliennes. « Les touristes qui viennent ici sont soumis à un lavage de cerveau, on leur ment, ils ne savent pas que ces terres nous appartiennent », déplore un paysan palestinien dans le rapport de l’ONG. Alors qu’il a investi de grosses sommes d’argent dans le développement du tourisme dans ces colonies, le gouvernement israélien utilise le fait de désigner certains lieux en tant que sites touristiques pour justifier l’accaparement de terres et de maisons palestiniennes.

Pétition en cours

« En favorisant l’industrie du tourisme dans les colonies et, en conséquence, l’essor économique des colonies, Airbnb, Booking.com, Expedia et TripAdvisor contribuent au maintien, au développement et à l’extension des colonies de peuplement illégales, et en tirent profit, ce qui équivaut à des crimes de guerre au titre du droit pénal international », accuse Amnesty International, avant d’appeler les citoyens à signer la pétition exigeant le retrait des géants du tourisme des colonies israéliennes.

En novembre, la plateforme Airbnb avait annoncé sa décision de retirer de ses listes les logements dans les colonies israéliennes en Cisjordanie, « qui sont au coeur de la dispute entre Israéliens et Palestiniens », mais elle n’avait pas précisé la date de l’entrée en vigueur de cette mesure. De toute manière, cet engagement ne concernait pas Jérusalem-Est, un territoire occupé où la plateforme propose plus de 100 offres dans les colonies.

Environ 430 000 colons israéliens vivent une coexistence souvent conflictuelle avec plus de 2,5 millions de Palestiniens en Cisjordanie, occupée depuis 1967 par Israël tandis qu’environ 200 000 Israéliens résident à Jérusalem-Est occupée et annexée. Les colonies construites par Israël en Cisjordanie sont considérées comme illégales par la communauté internationale, qui les voit comme l’un des principaux obstacles à la paix. Le gouvernement israélien conteste cette vision.

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