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Son métier ? Envoyer les gens faire le tour du monde

En règle générale, c'est un projet qui va mettre de 12 à 18 mois pour arriver à terme. | © ©DR

Voyages

Rencontre avec l’architecte ‘tour du monde’ de l’agence Continents Insolites, Coraly Stevart. Elle nous parle relation privilégiée, projet en famille, souvenirs inoubliables, destinations de rêve….

 

Par Laurent Depré.

Il ya des métiers plus pénibles que d’autres. Tout au moins, il est des jobs qui offrent de généreuses satisfactions personnelles. C’est le cas de Coraly Stevart, responsable tour du monde chez Continents Insolites depuis une dizaine d’années… « On crée un vrai lien avec les couples et les familles qui viennent nous trouver pour réaliser un gros break dans leur vie et partir à l’aventure » dira-t-elle à plusieurs reprises à parismatch.be lors de l’entrevue.

C’est aussi un « challenge d’entreprise très stimulant au-delà du business » comme le précise le CEO de Continents Insolites Hervé Ollagnier. « Coraly est en quelque sorte l’architecte de notre division tour du monde. Sous son égide, c’est  l’ensemble des ressources de nos travel designers qui est sollicité. Si j’osais un parallèle avec la mode, le voyage au long cours, c’est un peu notre haute couture à nous. C’est l’occasion d’aller encore plus loin pour surprendre le client et d’exprimer pleinement notre expertise. Nous devons prévoir le moindre détail sur une période qui peut aller jusque six mois et tenir compte du profil de la famille pour anticiper les choses ».

Parismatch.be. Pouvez-vous nous décrire votre job ?
Coraly Stevart. « Dès que l’on reçoit une demande de tour du monde, je la centralise. Il y a beaucoup de travail en amont, ce qui signifie beaucoup de rendez-vous. Il faut aller chez les gens, voir comment se comportent les enfants, sentir la vie de famille… En définir des profils. Je reste le point de contact permanent tout en sollicitant les spécialistes de chaque destination choisie pour le tour du monde. Lorsqu’un squelette d’itinéraire est établi, nous allons pouvoir définir ce que sera le voyage jour par jour. Mon rôle est de tout notifier et de vérifier ensuite si le tour tient la route. J’assure l’homogénéité du voyage de plusieurs mois en quelque sorte. Durant leur voyage, c’est aussi l’architecte qui est le plus en relation avec eux ».

On imagine que le client vient au premier rendez-vous avec ses idées, ses envies, ses choix…
« Bien entendu, ils nous disent ‘j’ai vu cette destination qui me plaît ou j’ai envie d’aller au Brésil’… Au début, cela part un peu dans tous les sens ! Un exemple concret: nous devons tenir compte du climat de chaque destination et la nécessité d’avancer dans son voyage. Des paramètres qui entrent en ligne de compte. Pour le reste, nous donnons des idées et le voyage se construit autour des envies du client. C’est du sur mesure. De plus, un tour du monde peut très bien se limiter à quatre pays. Si c’est le souhait des gens de prendre leur temps et d’aller au fond de la découverte. »  

Combien de temps s’écoule-t-il entre la première demande et le grand jour du départ à l’aéroport pour le premier vol ?
« En règle générale, c’est un projet qui va mettre de douze à dix-huit mois pour arriver à terme. Il m’est déjà arrivé de boucler un projet en trois mois avec succès. L’un de nos derniers tours du monde, qui s’est étalé sur plus de 11 mois de voyage, il nous a fallu presque deux ans pour le mettre sur pied ! »

 

Cartagena. ©DR

Quel public s’adresse à vous ?
« Majoritairement, ce sont des familles. Pas mal de trentenaires et de quarantenaires accompagnés de jeunes enfants. Leur première exigence est de recréer le cocon familial à plusieurs milliers de kilomètres de la Belgique. Les parents donnent cours à leurs enfants et nous devons en tenir compte lorsque nous créons l’itinéraire avec eux. Donc un jour sur deux, une matinée sera consacrée à l’enseignement. C’est une organisation spécifique… Et ce sont les tours du monde les plus longs aussi en durée. Alors qu’on pourrait imaginer qu’ils doivent être plus courts avec les enfants. Nous avons également des pensionnés qui veulent se faire plaisir, un voyage bien mérité après leur carrière. Régulièrement, nous organisons un voyage de noces. Nous avons récemment envoyé un couple au galapagos, au Japon… »

A quel moment le volet budget est envisagé avec les clients ? 
« C’est un élément clé. Cela va rapidement être abordé. Un tour du monde a un coût important, il ne faut pas s’en cacher. On parle de voyage de plusieurs mois. Cela dépendra d’un grand nombre de facteurs. Il y a des continents moins onéreux que d’autres. Le type d’hébergement prôné aura aussi une influence… Pour une famille de quatre sur septante jours de voyage, on est dans une fourchette de 80.000 à 150.000 euros. L’offre sur internet, moins chère, met surtout en avant des packages identiques pour tous en terme de tour du monde, Une agence comme la nôtre ne se reconnaît pas dans cette standardisation. Nous encadrons du début à la fin nos clients. Rien qu’en terme de billets d’avion et de gestion de tous les risques de vols annulés, déplacés, nous sommes une garantie et une assurance que tout soit sous contrôle. »   

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La multiplication des points de chute n’imposent-ils pas d’aller à l’essentiel au détriment de l’original ?
« Au contraire ! Un tour du monde va justement se baser sur l’accumulation d’expériences originales et la découverte. De toutes les discussions que nous menons avec les futurs voyageurs, un thème va finir par s’imposer s’il n’est pas déjà amené par eux en début de processus. Je me souviens d’une famille avec trois enfants qui voulaient un tour basé sur la vision de l’enfant. Nous avons planché sur une offre basé sur ce thème avec aussi des moments pour les parents. » 

La demande la plus saugrenue à laquelle vous avez eu droit ?

« C’est surtout notre métier de surprendre les gens, de leur faire vivre des moments inoubliables. Nous proposerons bientôt l’expérience Zero Gravity aux Etats-Unis. A l’intérieur d’un boeing, vous faites le tour des villes américaines. Vous vivez l’équivalent d’un vol spatial. C’est plus de notre ressort d’amener les clients vers des expériences folles. A nous de bien jauger l’envie et surtout ce que sera capable de faire le candidat voyageur. Ce n’est, par exemple, pas donné à tout le monde de réaliser un trek. » 

 

La Polynésie française. ©DR

Imaginons que je sois client. Je peux venir vous expliquer que j’adore les westerns pour les grandes étendues du Midwest, les montagnes du Dakota ou les forêts de l’Idaho…. Et que j’ai envie de vivre une expérience à la cow-boy, c’est envisageable ?

« Absolument. Cela peut se faire au Chili, en Argentine, en Colombie, en Australie, en Nouvelle-Zélande. En caricaturant un peu, ce sera ‘vis ma vie de gaucho’.  L’idée est surtout de rester dans un modèle sécurisé au niveau local. »  

Coraly Stevart, responsable tour du monde chez Continents Insolites. ©DR

A l’heure où internet permet d’organiser facilement ses vacances et la réservation de billets, d’hébergements, d’activités… Comment se profile Continents Insolites face à cette concurrence ?
« Notre plus-value est celle de l’expérience vécue. Il y a un monde entre simple activité, excursion et expérience véritable. Nous tenons compte à 100% du profil de nos clients et de leurs envies de départ tout en ayant comme fil rouge la volonté de les surprendre profondément. Elle est là notre force. La sécurité totale qui entoure ce projet est importante également. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, il y a quelqu’un pour assurer un suivi ou de l’aide. Notre réseau sur place nous permet aussi d’agir très rapidement et efficacement au besoin. Enfin, nous préparons le client à la mentalité et les codes du pays d’accueil. La qualité du service ne sera pas vraiment la même dans le sud de l’Argentine qu’en Asie pour prendre un cas très concret. »

Nous sommes aussi, l’actualité le montre chaque jour, dans une prise de conscience collective et une lutte au quotidien contre le réchauffement climatique. Comment se positionne votre agence face à ce constat ? Une offre tour du monde est par essence ‘polluante’…
« Ce n’est pas évident, reconnaissons-le… En ce moment, je prépare un tour du monde sans avion mais c’est rare car plus compliqué et plus long. Après, je ne suis pas certaine que l’alternative trains ou bateaux soit beaucoup plus intéressante au nivau du climat. Par contre, là où nous pourrons agir, c’est au niveau des déplacements locaux et surtout dans les expériences proposées sur place. Vous parlez de réchauffement climatique mais il y a aussi la protection des animaux qui est un fameux enjeu. Comment agissons-nous ? En refusant de proposer des randonnées à dos d’éléphant ou les voyages de chasse par exemple. Ce qui est certain, c’est que nous y réfléchissons de plus en plus. »

Réserve naturelle de NamibRand dans le sud-ouest de la Namibie. ©DR

Quelle est l’état actuel de ce marché du tour du monde ?
« C’est un marché finalement assez réduit si l’on s’en tient à la qualité de ce qui est proposé aujourd’hui rien qu’en Belgique et en France. Les Anglais sont assez forts dans ce segment. Ils bénéficient de structures assez haut de gamme. C’est un marché en expension dans un partie de la population. Nous continuons à y investir et à le développer. « 

Parlez-nous des nouveautés prévues en 2019…
« Nous allons proposer des tours plus courts, de moins de trente jours. Notre communication sera basée sur l’argument qu’il est possible de réaliser un très beau voyage autour du globe sans devoir prendre quatre mois pour le faire. On se dirige aussi vers des tours du monde en groupes. »

A titre personnel, le tour du monde que vous organiseriez ?
« Ce serait un plan de voyage des plus atypiques… A titre personnel, je suis fan de la Colombie et du Pérou. Surtout la Colombie, c’est la découverte authentique du moment. A ce titre, une série comme Narcos diffusée sur Netflix a créé un vrai boom. Et pas seulement à Medellin… Les Colombiens ont été inteligents et ont rebondi sur une page finalement assez sombre de leur histoire pour assurer le développement de leur pays.A Medellin, il y a un tel foisonnement artisitique dans une ville qui offre peu d’intérêt à la base que c’est un endroit très courru à présent. » 

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Vancouver.©DR

 

Nepal Annapurnas. ©DR

Chicago skyline. ©DR
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