Tulum, l’Eden des Robinsons millionaires

Tulum, l’Eden des Robinsons millionaires

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Luxe, calme et eau salée : une bande de 6 kilomètres coincée entre le bleu de la mer des Caraïbes et le vert de la jungle tropicale. | © Sébastien Micke/Paris Match

Voyages

Au Mexique, entre l’océan et des ruines mayas, la jet-society bronze en méditant sur les gaspillages du monde.

 

D’après un article Paris Match France par notre envoyé spécial au Mexique Olivier O’Mahony

En haute saison, c’est un hôtel à plus de 1 000 dollars la nuit. Dans les chambres, on s’éclaire à la bougie : il n’y a pas l’électricité. L’eau (salée) qui coule des robinets n’est pas potable. Les plafonds ne sont pas étanches : quand une tempête éclate, ce qui arrive fréquemment dans cette région tropicale, les lits sont mouillés… Peu importe : Azulik – le nom de l’établissement – se veut écologique, et il faut croire que les célébrités en raffolent. Situé à Tulum, sur une plage où il est recommandé de se doucher avant de prendre un bain de mer pour protéger la barrière de corail toute proche, l’hôtel a été construit pour nuire le moins possible à l’environnement. Il est vraiment paradisiaque, et c’est pourquoi Petra Nemcova y pose ses valises chaque hiver. Elle veut méditer tranquille.

Fin janvier, la top model est arrivée accompagnée de son boyfriend, le Franco-Vénézuélien Benjamin Larretche, rencontré à un mariage à Mykonos il y a trois ans. Depuis septembre, ils forment « un couple durable ». Car l’un et l’autre sont des croisés de l’écologie. Petra a survécu au tsunami de Thaïlande, en 2004, en s’agrippant à un palmier pendant huit heures. Son fiancé de l’époque, le photographe Simon Atlee, a, lui, été emporté par les flots. Petra en a tiré un livre (Love Always, Petra, éd. Hachette Books) et une philosophie : elle veut désormais protéger la planète. « Il y a un peu plus d’un an, j’ai adopté un style de vie totalement bio », nous dit-elle. Elle ne mange ni viande, ni poisson et ne s’habille plus qu’avec des vêtements 100 % écologiques.

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Petra Nemcova et Benjamin Larretche, cofondateur du cabinet de conseil en développement durable Osham Group, en tenue écolo-chic. © Sébastien Micke/Paris Match

« Autrefois, c’était difficile, je ressemblais à une fermière. Mais maintenant, c’est devenu possible », constate-t-elle, comme soulagée. « Peu de gens le savent, mais la mode est un secteur qui nuit à l’environnement. Heureusement, c’est moins le cas aujourd’hui grâce à de nouveaux créateurs conscients de leur impact sur la terre. » Sur son téléphone, protégé par une coque biodégradable fabriquée à partir de végétaux, Petra a plusieurs applications soigneusement rangées dans un dossier intitulé « Conscious Life » (« vie consciente »). Ainsi, elle peut savoir combien elle pollue, par exemple quand elle voyage en avion. Après chaque vol, elle demande pardon au bon Dieu en faisant un don à une association.

Alors, il y a un an et demi, quand elle rencontre Eduardo Neira, le fondateur de l’hôtel Azulik, elle tombe sous le charme. Ce sexagénaire ressemble à un gourou illuminé. Face à nous, il porte une superbe tunique maya, aux couleurs chatoyantes et parfaitement assorties. Il a découvert Tulum il y a vingt ans, quand il était peintre et sculpteur. Eduardo aussi est un survivant. Victime d’un cancer pendant son enfance, on lui donnait six mois à vivre. Il s’en est sorti par miracle. Très jeune, il s’est dit qu’il devait consacrer sa vie à « faire le bien » et, comme Petra, est devenu écolo radical. Né au pied des montagnes de Patagonie, en Argentine, il a sillonné le monde à la recherche d’expériences spirituelles. Quand il est arrivé à Tulum, il a trouvé un pauvre village de quelques milliers d’habitants. Les plages de sable blanc étaient vides, l’eau translucide. Un vrai paradis, surplombé de sublimes ruines mayas et réservé aux fans d’archéologie. Eduardo décide d’y construire cinq cabanons en bord d’océan, contournant les arbres qu’il refuse d’abattre. L’établissement s’agrandit. Les célébrités affluent : fin janvier, on pouvait également y rencontrer l’ex-top model Yolanda Hadid, mère des mannequins Gigi et Bella Hadid, stars des réseaux sociaux. Elle aussi venait méditer.

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 Violoncelle et méditation : la voie vers l’harmonie. © Sébastien Micke/Paris Match

Tulum est devenu un paradis pour hipsters en mal de spiritualisme

Eduardo fait désormais partie du paysage. Lui et son palais dans la jungle. À une petite heure de Tulum, c’est une maison délirante, tout en rondeurs (même les sols !), « en honneur aux formes féminines », nous explique-t-il. « Je déteste les angles. C’est agressif. On vit dans un monde trop masculin. » La structure a mobilisé des centaines d’ouvriers mayas. « Il n’y avait aucun plan préétabli. On a tout dessiné à l’intuition, en progressant dans la construction. » Le résultat est spectaculaire. Quand on lui demande s’il voulait un royaume dans la jungle, il avoue dans un sourire « bien aimer l’idée », avant de préciser que, de toute façon, « tout le monde est roi »… Dans ces lieux, sa pièce préférée est celle qu’il appelle la « mazmorra » : le « donjon », c’est-à-dire, selon un de ses proches, la « sex room ». Nous avons eu le plaisir de la visiter. Il s’agit d’une grande salle de bains peinte en rouge, remplie d’immenses miroirs en forme d’amande. On y accède par une porte dérobée derrière une étagère puis par un couloir très étroit. Elle est dotée d’un bassin, encore vide, construit à l’intérieur d’une cavité qui ressemble à une grotte. Le maître des lieux n’a pas encore finalisé les détails… Il est trop occupé ces temps-ci par la galerie d’art, située juste à côté, qu’il a inaugurée en novembre dernier et qui s’étoffera bientôt d’une école, d’une résidence pour artistes, etc. L’endroit fait le buzz : la chanteuse Alicia Keys, venue embrasser Eduardo, a adoré… Elle a improvisé sur le piano à queue qui trône dans son salon.

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Autour d’Eduardo Meira, le propriétaire de l’hôtel Azulik, deux habitués des lieux : la chanteuse Alicia Keys et son mari, Swizz Beatz. © Sébastien Micke/Paris Match

Aujourd’hui, Tulum, dont la population locale a été multipliée par dix, est devenu un paradis pour hipsters en mal de spiritualisme. Comme, par exemple, Jeffrey Jah, l’ex-patron du Tunnel et du Palladium, deux célèbres boîtes de nuit de Manhattan dans les années 1980-1990. Quand il n’est pas occupé à organiser des fêtes privées pour Mick Jagger ou Leonardo DiCaprio, Jeffrey s’installe à Tulum, où il se sent comme chez lui. Il y croise David Graziano, autre promoteur de soirées new-yorkaises, qui a ouvert neuf hôtels et lancé Art With Me, un festival artistique annuel. Ou encore de la DJ canadienne de Blond:ish, et fan de « gong méditation » (le secret, paraît-il, pour comprendre plein de choses sur soi-même).

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Tous racontent la même histoire : Tulum est une étape essentielle dans leur parcours spirituel

La ville attire aussi les aventuriers comme le Britannique Samuel Gordon, ancien militaire au look de Robinson Crusoé, qui a quitté l’armée de Sa Majesté en 2003 parce qu’il désapprouvait la guerre en Irak. Touché par la magie des lieux, cet heureux maçon, fils de maçon, a pu acheter avec ses économies (le prix du mètre carré était encore abordable) un terrain sur lequel il a construit un immeuble « 300 % écolo », dit-il.

Tous racontent la même histoire : Tulum est une étape essentielle dans leur parcours spirituel, mais aussi sur le circuit des grandes raves mondiales, de Mykonos à Ibiza. Le DJ Damian Lazarus est sans doute celui qui en parle le mieux. En janvier 2012, ce Britannique sort tout juste d’une petite intervention chirurgicale et demande à un chaman, sorte de druide maya, de soulager sa douleur. « Impossible, lui répond le sage. Je ne peux pas poser mes mains sur ton corps qui vient d’être opéré. » Sur son conseil, Damian s’assied au bord de la plage et fixe la lune, bras levés. Et le miracle se produit : « J’ai senti de l’électricité traverser mon corps, de la tête aux pieds. J’étais en connexion avec la planète. Je me suis dit qu’il fallait que j’organise une fête qui relie la tradition locale avec la musique. » Ça tombe bien : le 21 décembre 2012 est le dernier jour du calendrier maya, annonciateur de l’apocalypse et de la fin du monde. DJ Lazarus prend cette date « comme un nouveau commencement », et crée la Day Zero Night, la nuit du jour zéro…

Les autorités locales ont décidé de réglementer les raves qui « menacent de détériorer l’environnement »

Aujourd’hui, cette rave annuelle est le clou de la haute saison à Tulum. Le 11 janvier, elle a attiré entre 6 000 et 7 000 personnes. Le ticket d’entrée dans la jungle s’est vendu de 200 à 300 dollars. Mais il fallait marcher une heure pour arriver jusqu’au « cénote » (puits sacré), le lieu du rendez-vous. La fête a commencé à 16 heures par une prière avec un chaman. Elle s’est poursuivie par un spectacle d’acrobates maquillés et déguisés avec plumes et pagne. Puis, sous la canopée qui formait comme une voûte céleste, tout le monde a dansé les bras levés au rythme d’une musique électronique planante et « pas agressive », dixit DJ Lazarus, jusqu’au lendemain à midi.

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Extravagance et paganisme branché : la soirée Day Zero ne pouvait qu’attirer le fondateur du Cirque du Soleil, Guy Laliberté, qui officie désormais aux platines. © Sébastien Micke/Paris Match

Évidemment, ce Tulum-là n’est pas celui de Petra Nemcova. Elle a pris soin de débarquer en dehors de la cohue. Les habitants sont sans doute moins pauvres et le centre-ville s’est enrichi de boutiques et de restaurants ethniques chics. Mais, récemment, les autorités locales ont décidé de réglementer les raves, qui se multiplient dans la zone et « menacent de détériorer l’environnement ». Un restaurateur nous confie son inquiétude : « C’est trop tard, la situation est devenue hors contrôle. » Ce serait le comble de la malédiction : Tulum chassé du paradis à cause des écolos…

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