Abbaye, micro-brasserie, vin… À la (re)découverte de Villers-la-Ville

Abbaye, micro-brasserie, vin… À la (re)découverte de Villers-la-Ville

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L'abbaye a même servi de décor à Netflix. | © DR.

Voyages

Un site d’exception. Classée patrimoine exceptionnel de Wallonie, l’abbaye de Villers-la-Ville se place parmi les plus représentatives de nos régions.

Elle trouve son origine au milieu du XIIe siècle. A l’époque, une dizaine de moines et quelques frères convers s’installent sur les terres du seigneur de Marbais, d’abord de manière provisoire. Ce n’est qu’au début du XIIIe siècle que les moines s’établissent définitivement à quelques kilomètres de là.

Âges d’or

Au XVe siècle, les moines agrandissent le cloître, construisent un « lavatorium », transforment l’ancienne infirmerie des convers en quartier abbatial et aménagent la ferme. Le XVIIIe siècle marque la dernière grande campagne d’embellissement des bâtiments monastiques avec, notamment, la construction d’un palais abbatial doublé d’une hôtellerie en lieu et place du palais du XVIe siècle, et l’aménagement d’une cour d’honneur et de jardins en terrasse. Et Laurent-Benoît Dewez, architecte majeur du néoclassicisme dans nos régions, dote l’église d’une nouvelle façade.

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La ligne du temps de l’histoire de Villers. © DR.

Ce second âge d’or n’est rien moins qu’un dernier sursaut avant la Révolution. En 1796, l’abbaye est vendue comme bien national à un négociant en matériaux qui s’en sert comme carrière à ciel ouvert. Après avoir été, entre autres, fréquentées par les représentants du mouvement romantique, les ruines de Villers deviennent, dans les dernières années du XIXe siècle, la propriété de l’Etat belge qui y entreprend les premières restaurations, sauvant ainsi de la destruction un ensemble exceptionnel.

Au cœur de la nature

Témoin de l’âge d’or du site, le moulin du XIIIe siècle abrite depuis juin 2016 un centre du visiteur disposant de toutes les facilités d’accueil et proposant un espace d’interprétation dédié à la vie monastique. Il se place comme point de départ idéal du nouveau circuit de découvertes des ruines de l’abbaye. Depuis son inauguration, l’espace ouvert à la visite a doublé. Le visiteur peut ainsi arpenter un site de 15 ha dans lequel ont littéralement « fleuri » cinq jardins.

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© DR.

L’environnement naturel étant une composante essentielle de la vie monastique, la création de ces jardins est devenue un des axes forts du développement actuel du site de Villers-la-Ville. Depuis 2012, l’abbaye abrite un « jardin des simples », évocation d’un jardin médicinal monastique du Moyen Age, directement inspiré de documents d’époque. Ces trois dernières années, quatre nouveaux jardins et espaces verts ont vu le jour dans le vaste enclos médiéval.

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Le « jardin des moines » est un espace d’environ 350 m² encadré par les murs de la cuisine et du réfectoire des moines et des convers. Il comprend près de 300 espèces et variétés de plantes aromatiques, condimentaires, tinctoriales, médicinales et assimilées. Le jardin de l’abbé a été pensé et aménagé à l’origine comme un jardin classique à la française. Il a aujourd’hui une vocation essentiellement ornementale en proposant à foison espèces végétales pérennes, rosiers et hortensias.

Le cheptel de Villers sur les collines de l’abbaye. © DR.

Un « jardin des senteurs », couplé à un sentier méditatif, égaye depuis l’an dernier la montée vers les vestiges d’une autre chapelle, celle de saint Bernard (1714), au sommet du Robermont. Un « jardin des infirmes » de dix ares avait été aménagé sur la colline de la ferme du temps des moines. Il était divisé en six parterres sur deux terrasses reliées par un escalier à double volée. Restauré en 2016 dans le cadre du nouveau circuit de visite, il abritera à partir de cette année des plantes médicinales, culinaires et… aphrodisiaques ! Ce jardin fut l’un des derniers aménagements faits par les moines avant la suppression de leur communauté en 1796.

Nouvelles technologies et traditions

Qui dit vestiges dit aussi effort d’imagination pour se représenter les bâtiments lorsqu’ils étaient habités avant la Révolution. Les nouvelles technologies viennent aujourd’hui en aide aux visiteurs. Depuis 2017, une tablette multimédia leur permet de découvrir le domaine, de résoudre une énigme vieille de sept siècles et de visionner in situ certains lieux clés par la magie de la reconstitution virtuelle.

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À chacune des quelques vingt stations du parcours, le visiteur accède ainsi à divers contenus multimédia au gré de ses envies. Parmi ceux-ci, la technologie innovante qu’est la réalité augmentée superpose des images de synthèse à la perception de la réalité, et permet au visiteur de visionner au cœur des ruines la reconstitution de ce que fut l’abbaye jadis, ainsi que d’introduire des personnages imaginaires issus du passé dans l’architecture actuelle.

La réalité augmentée fait revivre le Villers médiéval. © DR.

Outre la bière, Villers a également retrouvé le savoir-faire du vin. Blotti à l’intérieur d’un mur d’enceinte qui entoure le site, un vignoble est installé dans un clos de 20 ares, réparti sur cinq niveaux. Les archives de l’abbaye indiquent qu’un vignoble y existe au moins depuis 1312. Les vignes actuelles, qui comptent mille pieds, accueillent des croisements entre cépages nobles ou résistant aux maladies, afin de mieux s’adapter à nos latitudes. Quatre vins sont depuis produits à Villers. Les nouveautés récemment mises en place se découvrent avec bonheur à la belle saison, au gré des jardins et du vignoble, au cœur d’un patrimoine majeur témoin de notre histoire.

Une micro-brasserie

L’une des reconstitutions immerge le visiteur dans les vapeurs de la brasserie de l’abbaye au XVIIIe siècle. Le fonctionnement de cette brasserie est connu par des archives de 1721. La bière était fabriquée alors à base d’orge, d’épeautre et de houblon. La meilleure était réservée aux religieux. Une deuxième sorte était proposée aux hôtes. La dernière, plus légère, était destinée aux domestiques et ouvriers. C’est sur la base de ces archives que sont aujourd’hui fabriquées la « V » et trois autres bières. Depuis 2015, l’abbaye a en effet renoué avec sa longue tradition brassicole en accueillant en ses murs une micro-brasserie. Grâce aux relevés des quantités de céréales reçues ou utilisées à la brasserie de l’abbaye présents dans les archives, il est désormais possible de produire de le breuvage en s’inspirant le plus fidèlement possible des recettes d’autrefois. De quoi déguster une véritable bière de moine ! Cette nouvelle implantation a permis à Villers de devenir la quatrième abbaye de Belgique, après Val-Dieu, Aulne et Brogne, à brasser intra-muros.

Plus d’informations sur www.villers.be et www.villers-la-vigne.be. Par Michel Dubuisson et Frédéric Marchesani, en collaboration avec l’AWaP.

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