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Vresse-sur-Semois, la petite Suisse namuroise

Le village de Bohan, sur les berges de la Semois.

Voyages

Vresse-sur-Semois, un bonheur à visiter… et à partager.

Située à l’extrême sud de la province de Namur, la commune de Vresse-sur-Semois partage ses frontières avec la province du Luxembourg et la France. Les douze villages qui la forment (Alle, Bagimont, Bohan, Chairière, Laforêt, Membre, Mouzaive, Nafraiture, Orchimont, Pussemange, Sugny et Vresse) offrent une variété de paysages comme on en trouve peu en Ardenne. Sans doute, ce n’est pas sans quelque coquetterie qu’elle se fait appeler la « petite Suisse namuroise ». On n’y trouve ni hautes montagnes, ni lacs prestigieux, mais d’innombrables ruisseaux qui dévalent les collines boisées pour gonfler la Semois.

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Depuis plus d’un siècle, cette région rurale, agricole et forestière a progressivement orienté son économie vers l’accueil du tourisme au cœur d’un environnement heureusement sauvegardé, dans lequel la Semois se fraye un chemin de beauté.

Une terre hostile, peu habitée

Le très lointain passé n’a guère laissé de traces à Vresse. La toponymie locale laisse penser que des peuplades celtes puis germaniques ont occupé la région. Jusqu’à la fin du premier millénaire, le territoire vressois est compris dans une vaste région forestière, demeurée assez sauvage et difficile d’accès. Les noyaux villageois devaient y être assez rares et se sont sans doute constitués tardivement.

Maison traditionnelle à Laforêt, l’un des plus beaux villages de Wallonie.

Les découvertes archéologiques du remarquable site du Tchèsté de la Rotche à Sugny ont montré qu’entre l’an 750 et le XIIe siècle, trois châteaux se sont succédé sur ce lieu. Le château d’Orchimont a lui aussi des origines anciennes et semble remonter au Xe siècle. Jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, le territoire de Vresse était soumis à deux juridictions : le prévôté d’Orchimont (relevant du duché de Luxembourg dans les Pays-Bas autrichiens) et le duché de Bouillon (Etat quasi souverain au XVIIIe siècle).

Des rivières, des ponts et des légendes

Niché dans un écrin de verdure, doté de trois arches irrégulières et d’un étroit tablier, le pont Saint-Lambert est un monument emblématique de Vresse, qui a inspiré de très nombreux peintres et photographes. Son origine se confond avec la nuit des temps. Le pont qui enjambe aujourd’hui le ruisseau de Petit-Fays fut construit en 1774. Il menait à un gué permettant de rejoindre le village de Laforêt et a suscité une bien curieuse légende… Pendant la christianisation de la région, saint Lambert propageait sa foi à Vresse, tandis que sainte Agathe le faisait à Laforêt. Saint Lambert, jaloux de sa voisine, eut l’idée d’interdire l’accès de son village à sa rivale. Comme il ne voyageait qu’à pied ou à cheval tandis que sainte Agathe ne se déplaçait qu’en attelage, il fit construire un pont si étroit que sa concurrente se trouva dans l’impossibilité de venir prêcher la bonne parole sur son territoire.

Vresse-sur-Semois, le légendaire pont Saint-Lambert.

Le « pont cassé » de Bohan était autrefois réservé au vicinal. Les démolitions de la Seconde Guerre mondiale n’en ont laissé que des vestiges. Il fut d’abord endommagé, le 11 mai 1940, par les Français cherchant à protéger leur retraite. Le pont fut réparé provisoirement avec du bois en 1941. Mais le 6 août 1944, les Allemands, eux aussi pour protéger leur retraite, le démolirent à leur tour. Il ne fut jamais reconstruit.

Le pont cassé de Bohan, vestige de la Seconde Guerre mondiale.

L’illustre pont de Claies franchit la Semois avec légèreté à Laforêt. Cet ouvrage rustique est constitué de panneaux tressés avec des branches de charme et déposés sur de frêles piliers à même le lit de la rivière. Il ne sert qu’en période d’étiage, aussi est-il reconstruit à chaque printemps et démonté à la fin de l’été. Il permet aujourd’hui aux promeneurs de passer sur la rive droite de la rivière et de rejoindre Vresse à pied. La « Promenade des légendes », un circuit de 2 km dans les bois de Laforêt encadré par tous les personnages des récits légendaires de la région (Pépé Crochet, le Chasseur Sauvage, la Dame Blanche, le Verbouc, le Loup-Garou, des nutons, des sorcières et des fées), vous plonge dans l’âme de l’Ardenne.

Les résistants de la Semois

Lors de la Seconde Guerre mondiale, plus de vingt camps de maquisards occupèrent le secteur de la Basse-Semois. Le camp des « Blaireaux », installé au nord de Vresse dans un cadre d’exception, est le seul à avoir été remis en état après la guerre et à être entretenu comme témoin de la vie du maquis : baraques-dortoirs, abri pour la cuisine, réfectoire, cave pour les vivres, autel en pierre, petite esplanade pour les prises d’armes, mât pour hisser le drapeau. Exemple type de l’art de la dissimulation dans la forêt ardennaise, il était introuvable pour les profanes. Même la fumée de son feu ne pouvait être aperçue de nulle part… Par mesure de sécurité supplémentaire, le camp était équipé d’un téléphone relié discrètement à une maison complice de Vresse qui pouvait donner l’alerte et, surtout, renseigner sur les allées et venues allemandes. Cela permettait de mieux préparer les sabotages, embuscades et parachutages d’armes.

Orchimont, la chapelle du Flachis.

Non loin de là s’élève la chapelle du Flachis. Ce petit édifice commémoratif se dresse entre le village d’Orchimont et le hameau de Conrad. Le 2 septembre 1944, des maquisards s’opposèrent aux Panzergrenadiers allemands. Un jeune résistant flamand, Jean Daelemans, fut tué. En 1949, sa veuve, elle-même infirmière dans le maquis, fit construire une chapelle à l’endroit où elle avait perdu son jeune époux de 23 ans. Une plaque rappelle les noms de tous les soldats de l’armée secrète tombés au champ d’honneur dans le maquis d’Orchimont. Chaque année, à la fin août, une cérémonie du souvenir y est organisée.

Par Florence Pirard, en collaboration avec l’AWaP.

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