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Le « champing » pour passer une nuit d’épouvante dans une église

Oseriez-vous ? | © GLYN KIRK / AFP

Voyages

J-47 avant Halloween. 

 

Le camping dans une église ? Ça existe, du moins dans la campagne anglaise, où la location d’une église permet aux amateurs de frissons de passer moyennant finances une nuit d’épouvante au-dessus de tombeaux d’un autre âge. « Penser à ceux qui dorment en-dessous de nous, ça corse l’atmosphère », explique Kae Ono, étudiante en histoire, en déroulant son sac de couchage dans l’église médiévale de St-Mary à Edlesborough, à une soixantaine de kilomètres au nord de Londres.

Kae, ses trois amis et leur chien Coco sont des fans du « champing », contraction de church (église) et camping, une pratique qui permet de financer l’entretien des monuments. Il en coûte 50 livres (56 euros) par personne pour louer St-Mary, nichée en pleine campagne, et partager l’espace avec les chauves-souris.

L’Association pour la conservation des églises, qui gère St-Mary, fournit lits de camp et sacs de couchage pour dormir dans cet environnement inhabituel, au-dessus de notables enterrés il y a des siècles. « J’adore ! Vous avez vu les arbres ? », s’exclame Lingbo Zhou, une autre étudiante, pendant que Kae s’essaie à jouer un air du « Fantôme de l’Opéra » sur l’orgue qui fait partie du package nocturne. « On va regarder un film d’horreur plus tard, on a téléchargé L’Exorciste, explique l’étudiante en archéologie, qui entame sa troisième année d’université, comme ses amis « champeurs ». Ensemble, ils découvrent les coins et recoins de leur logement temporaire avec l’excitation nerveuse qui accompagne généralement le début d’un film d’horreur.

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Kae Ono entre dans l’église. © GLYN KIRK / AFP

Ismail Abdirahman, étudiant en histoire, monte en chaire pour haranguer la petite congrégation, pendant que Zhou cherche des graffitis anciens sur les murs. « Et si on faisait une promenade à minuit dans le cimetière ? », lance-t-elle. « En même temps, je penserai à ces visages bizarres là-haut », dit-elle en désignant les sculptures de pierre aux visages grotesques qui ornent la voûte.

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Aucun abus ou dégradation n’a été signalé

L’Association pour la conservation des églises, qui gère 354 églises, en propose 19 à la location nocturne, en Angleterre et en Écosse. Elles ont été sélectionnées après consultations avec les autorités locales, souvent très enthousiastes face à cette initiative, assure à l’AFP Neil Best, le responsable de ce programme caritatif. Même si elle est toujours consacrée, St-Mary, une paroisse anglicane, n’abrite que rarement des services religieux, et les hôtes de passage sont soumis à peu de restrictions, si ce n’est éviter le bruit pour ne pas gêner les voisins. Même la consommation d’alcool est permise. « Bien sûr, ne soyez pas stupides ! », exhorte le site internet de l’association à ce sujet.

Jusqu’à présent, aucun abus ou dégradation n’a été signalé, les « champeurs » se comportant avec respect, selon Neil Best. L’association caritative assure que l’église « restera un endroit de contemplation, de tranquillité et de paix ». Elle souligne que le champing, dont elle a eu l’idée en 2014, « n’est que le dernier chapitre d’une tradition en constante évolution ».

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L’Église St-Mary. © GLYN KIRK / AFP

« Impensable » au Japon

Pour l’étudiante japonaise Kae Ono, le champing « c’est très intéressant, vraiment cool. On peut faire ce qu’on veut, jouer de l’orgue… ». Au Japon, « laisser des gens passer la nuit dans un temple est impensable », souligne-t-elle. Zhou, sa condisciple chinoise qui se dit athée, estime « triste » que l’église soit devenue inutile. Mais avec le « champing », « elle a trouvé une nouvelle vie et attire plus de gens qui viennent apprécier sa beauté ».

Cela dit, pour Kae, le côté effrayant fait aussi « partie du plan », qui a marché : « C’est une des nuits les plus effrayantes qu’on ait passées, au bon sens du terme », raconte-t-elle le lendemain matin. « Les bruits… et les vitraux la nuit, ça faisait vraiment peur, il y avait aussi les chauves-souris, on entendait leurs cris et quelque chose en train de voler ». « Même aller aux toilettes, ça faisait peur – on a vu des araignées », dit Kae. Quant au voisinage avec les morts, il a un peu troublé le sommeil des étudiants. « On a regardé ‘L’Exorciste en entier, on a éteint les lumières. Difficile de ne pas penser à eux ! »

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Kae Ono avec Coco le chien, Ismail Abdirahman, Lingbo Zhou et Andrea Stewart. © GLYN KIRK / AFP

Avec Belga

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