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« Pour voyager s’il vous plaît » : quand les touristes font la manche

Financer son voyage en comptant sur la générosité des locaux, rusé ou regrettable ? | © Belga

Voyages

Si le quotidien des backpackers fait rêver, à grand renfort de hashtag et de paysage paradisiaques, les beg-packers, eux, sont tout bonnement exaspérants. Le principe : des touristes qui n’hésitent pas à faire la manche pour continuer leur périple. Bien que les pays qu’ils traversent soient souvent frappés par la pauvreté. 

En Thaïlande, le salaire moyen s’élève à 408 euros par mois, soit approximativement le prix d’un vol Bruxelles-Bangkok. Même constat en Malaise, où le salaire moyen tourne autour des 800 euros par mois, le prix d’un aller-retour vers Kuala Lumpur. Une réalité qui semble échapper à certains touristes. Après les backpackers, place en effet aux beg-packers, sans vergogne ni gêne, qui n’hésitent pas à faire la mendicité pour financer leur voyage. Un phénomène de plus en plus répandu en Asie du Sud-Est où ces mendiants d’un genre nouveau suscitent la colère des locaux.

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Découvrir l’Asie sans un sou, vous en rêviez ? Les beg-packers l’ont fait – Belga

Mendier pour s’offrir un luxe

Maisarah Abu Samah, une habitante de Singapour, n’a ainsi pas hésité à photographier des beg-packers rencontrés sur son chemin, avant de les incendier sur les réseaux sociaux. « C’est la première fois que je vois ça, et je suis vraiment choquée, a-t-elle dénoncé dans une tirade sur son compte Twitter. Déjà, parce qu’il y a très peu de mendiants dans les rues de Singapour, vu qu’il faut un permis spécial. Surtout, c’est complètement fou de mendier pour travailler. Ce n’est pas respectable de demander de l’argent en rue, et les gens qui le font sont obligés de mendier pour acheter de la nourriture ou permettre à leurs enfants d’aller à l’école. C’est indécent que ces touristes demandent de l’argent pour voyager, ce qui est un luxe ».

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Vision orientaliste du monde

Une opinion que les internautes semblent partager. Pour Louisa, une Malaisienne spécialisée dans les politiques économiques, ce type de comportement illustre « la vision orientaliste du monde qui persiste encore aujourd’hui. Pour les Occidentaux, l’Asie est une terre spirituelle, de découvertes, où l’on se rend pour vivre des aventures et se découvrir au passage. Et où l’on n’hésite pas à adopter des comportements qui sembleraient de véritables aberrations à la maison ».

Les locaux dénoncent ces Occidentaux qui mendient pour s’offrir un luxe – Belga

Sur les traces de Christophe Colomb

Et encore : outre les touristes qui s’adonnent à la mendicité ou au spectacle de rue pour payer leurs péripéties en Asie, de plus en plus de voyageurs ont recours au crowdfunding pour financer leurs voyages. N’hésitant pas à faire référence à des explorateurs tels que Christophe Colomb ou Roald Amudsen qui « eux aussi ont reçu de l’argent pour voyager », certains sites publient même leurs conseils pour un crowdfunding réussi. Notamment, comment contourner les règles de Kickstarter en prétendant développer un projet pour que les internautes paient le coût du voyage. Moins pénible au soleil, la misère ? D’aucuns semblent le penser, et n’hésitent pas à en abuser.

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