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Sainte-Ode, patrimoine ardennais et terroir de caractère

Sainte-Ode, un patrimoine ardennais à découvrir

L’église de Lavacherie au cœur d’un très bel écrin naturel. | © DR

Voyages

Située au cœur des vallées de l’Ourthe et du Laval, dans le parc naturel des Deux Ourthes, la commune offre ses rivières limpides et une nature préservée.

 

Par Florence Pirard

Cette paisible bourgade, nichée au creux du massif ardennais, se cache au centre de la province du Luxembourg, entre les villes de Bastogne et de Saint-Hubert. Le patrimoine architectural de Sainte-Ode est riche et varié. Vous y découvrirez des édifices religieux, des châteaux, des moulins, des ponts, des fermes… mais aussi du petit patrimoine et du patrimoine de mémoire, avec les cimetières et monuments aux morts commémorant les deux guerres mondiales.

Jusqu’en 2019, un seul bien classé était répertorié dans la commune de Sainte-Ode : un arbre exceptionnel, un frêne, protégé depuis 1993 dans le hameau de Magerotte (Tillet). A présent, le pont de Fosset est venu compléter la liste ; il a été repris comme monument pour son intérêt architectural, historique, artistique, paysager et social.

En 1986, le vieux pont, devenu inutile avec la construction d’un nouvel ouvrage voisin, était menacé de destruction. La population de Sainte-Ode se mobilisa pour obtenir son sauvetage. Il fallut néanmoins de nombreuses années et bien des démarches pour obtenir sa restauration en 1996. Le travail fut exécuté par le personnel communal, qui suivit une formation spécifique en restauration du patrimoine. Actuellement, le pont franchit toujours le Laval et est emprunté par les promeneurs, mais interdit au charroi automobile. Une chapelle dédiée à saint Roch, abritant un monument qui commémore les victimes de la guerre 1940-1945 de Fosset, est située à proximité.

Architecture religieuse

L’église Saint-Martin d’Amberloup. ©DR

Située au centre d’un beau cimetière emmuraillé, l’église Saint-Martin d’Amberloup fut édifiée en 1734 puis transformée au xixe siècle. Il s’agit d’un imposant bâtiment totalement enduit, coiffé d’une toiture en ardoises et dont la façade est surmontée d’une haute tour. Le nom Amberloup serait d’origine celte : amber (rivière) et loup (étang).

A Lavacherie, l’église Saint-Antoine-et-Saint-Aubin fut bâtie en 1836 à l’emplacement d’une ancienne chapelle. De style néogothique, l’édifice est également enduit et comprend une tour d’entrée. Renouvelés en 1960, les vitraux doivent leur dessin au peintre Louis-Marie Londot (1924-2010), qui a également réalisé les vitraux de l’église Saint-Remacle de Marche-en-Famenne.

L’église Saint-Ouen de Tillet a été entièrement reconstruite en 1953 à la suite de sa démolition durant la Seconde Guerre mondiale. Elle est caractérisée par son très beau clocher surmonté d’une haute flèche d’ardoises octogonale. L’architecte, Victor Sarlet, a également conçu l’église Saint-Martin de Rechrival, dans un style identique.

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Moulins et fermes

Le moulin de Lavacherie, datant du xixe siècle, est bâti en moellons blanchis sous une toiture d’ardoises. ©DR

Sur la route de Bastogne, à Lavacherie, après le pont de l’Ourthe, le moulin de la Gottale était déjà en activité au xve siècle. Le bâtiment actuel date du xixe siècle. Le moulin a servi également à l’alimentation électrique du village avant de cesser son activité en 1914. Aujourd’hui, bien que l’infrastructure ait disparu, on peut encore voir derrière le bâtiment l’ancien canal de déviation de l’Ourthe et les restes de la roue. Le village de Lavacherie connut son heure de gloire durant le xixe siècle, grâce à l’industrie du sabot.

Le château-ferme de Laval est un ensemble de bâtiments comportant une habitation principale, deux ailes de dépendances autour d’une cour-ferme et un petit donjon néo-médiéval. Des éléments de douves défensives encadrent trois côtés. De ce premier bâtiment construit en 1385 et détruit vers 1410, il ne reste qu’une cave couverte d’une voûte en schiste. Reconstruite entre 1661 et 1715 et modifiée au xixe siècle, la seigneurie, faute de descendants, fut abandonnée à une succession de particuliers. Actuellement, elle est affectée à la fois à l’exploitation agricole et à l’activité touristique.

De nombreuses fermes du xixe siècle jalonnent le paysage. Ces bâtiments typiques de l’architecture ardennaise sont généralement bâtis en moellons blanchis et surmontés d’une toiture en ardoises. Ils se divisent en trois ou quatre cellules comprenant logis, étables et parties agricoles. Deux beaux exemples de ces fermes sont à découvrir à Tonny, mais aussi dans la plupart des villages et hameaux de Sainte-Ode.

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Murs en pierre sèche

Le château-ferme de Laval, aux origines médiévales. ©DR

Patrimoine peu connu et parfois oublié, les murs en pierre sèche sont souvent présents dans la région de Sainte-Ode. Issues des terres destinées à la culture ou au pâturage, les pierres sont l’unique matériau présent dans ces constructions. Pas de liant ni de mortier : tout l’art du murailler réside dans l’assemblage et le calage pour en faire une structure stable et résistante.

Structurant les paysages, murs et murets en pierre sèche se retrouvent partout : murs de séparation dans les jardins, le long des voiries, en soutien des berges et des ruisseaux, terrasses des cultures, constructions telles qu’abris, escaliers, ponts… Réalisés avec un matériau accumulateur de chaleur, le mur en pierre sèche constitue un milieu semi-naturel accueillant pour de nombreuses espèces : insectes, arachnides, reptiles, oiseaux, petits mammifères, lichens, fougères, mousses, mais également plantes à fleurs. Il participe aux corridors écologiques indispensables au maintien de la biodiversité sur tout le territoire.

Depuis 2016, un projet européen Interreg « Grande Région » développe des actions pour préserver ce patrimoine : inventaire, restauration de murs, chantiers de formation et sensibilisation. Ce projet associe sept partenaires français, luxembourgeois et wallons (le parc naturel des Deux Ourthes asbl, le parc naturel Haute-Sûre Forêt d’Anlier et l’Agence wallonne du patrimoine).

A Sainte-Ode, une centaine de murs en pierre sèche ont été répertoriés, avec une concentration plus importante à Rechrival et à Sprimont. En 2017, un mur a été restauré par un groupe de stagiaires à Tonny. En 2020, de nouvelles formations seront organisées à Sainte-Ode, mais également dans d’autres communes de la région. Entièrement gratuites, elles sont accessibles à tous. Si vous souhaitez assister à une démonstration de pierre sèche, rendez-vous le dimanche 10 mai à Houmont (Sainte-Ode) à la fête du parc naturel des Deux Ourthes. Vous pourrez y découvrir de nombreuses associations et artisans locaux. Des activités sont également prévues pour les enfants.

Le saviez-vous ?

Sainte-Ode est composée de vingt-cinq villages et hameaux : Amberloup, Sainte-Ode, Tillet, Lavacherie et Aviscourt, Fosset, Herbaimont, Ménil, Sprimont, Tonny, Le Jardin, Acul, Beauplateau, Chisogne, Gérimont, Houmont, Hubermont, Laval, Magerotte, Magery, Milliomont, Pinsamont, Rechimont, Rechrival et Renuamont.

Pour les amateurs de balades

Balade par Hubermont. ©DR

Sainte-Ode et ses villages et hameaux vous offrent un séjour attractif et pittoresque. Pour les amateurs de grands espaces et de balades, que vous préfériez vous promener à pied, à VTT, à vélo ou même à cheval, des kilomètres de chemins balisés sont prêts à s’étendre sous vos pas.

Tous les dimanches de l’année, une « balâne » est organisée à Tillet. Après une petite formation pour le soin et la conduite de l’âne, vous partirez sur les sentiers de promenade accompagnés d’un guide et pourrez profiter en toute quiétude des bienfaits de la balade-nature avec votre compagnon, qui portera volontiers vos sacs ou les petits enfants fatigués. Une jolie manière de partir à la découverte de la nature.

Sainte-Ode est aussi un terroir de caractère. Des producteurs et des artisans proposent des produits issus d’un savoir-faire authentique : bières, fromages, salaisons, charcuterie, pralines, miel, tartes au sucre… Toujours pour les gourmets, le centre d’interprétation du champignon Champimont propose, pour petits et grands, une découverte didactique de ces mystérieux organismes.
Si vous souhaitez prolonger votre visite le temps d’un week-end, de nombreuses formules d’hébergement sont proposées : hôtel, chambre d’hôtes, gîte (rural, à la ferme), meublé (de tourisme, de vacances), camping. Vous n’avez plus qu’à choisir ! www.sainte-ode-tourisme.be

INFOS

Sur la pierre sèche et la fête du parc : www.pndo.be Pour les formations : Centre de la Paix-Dieu, 085 410 350, christine.caspers@awap.be

 

 

 

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