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La collégiale de Celles : Une merveille du style roman

Vue générale de la collégiale de Celles depuis les hauteurs du village. | © Photos Guy Focant@ SPW-AWaP

Voyages

Le beau village de Celles, blotti dans un site boisé, fait partie de la commune de Houyet, dans l’arrondissement de Dinant.


Par Frédéric Marchesani

Cette bourgade du Condroz, agricole et résidentielle, abrite de fortes maisons traditionnelle en calcaire du pays, couvertes d’ardoises et tassées au creux de la vallée du ruisseau de Saint-Hadelin, personnage omniprésent dans le village. Elle est inscrite sur la liste des plus beaux villages de Wallonie.

Aux origines

L’ancien ermitage sur les hauteurs du village. ©Photos Guy Focant @ SPW-AWaP

Selon la tradition, le village a été fondé par saint Hadelin, personnage ayant vécu entre 617 et 690. Originaire d’Aquitaine, il est, au début de sa carrière, proche de la cour de Sigebert, roi d’Austrasie. Il décide ensuite de vivre loin du monde et se retire dans une grotte au milieu des forêts condrusiennes. Sa sainteté, renommée dans la région, attire de nombreux compagnons qui, pour vivre à ses côtés, construisent de petites maisons. Elles sont à l’origine du village actuel. Le nom de Celles vient en effet du latin ‘cella’ qui signifie cellule, le nom donné aux petites habitations des disciples de saint Hadelin.

Dans ce bourg fraîchement développé, Hadelin fonde un monastère qu’il rattache à l’ordre bénédictin. Après sa mort, ses compagnons nomment un abbé et un prévôt. A partir du Xe siècle, le lieu accueille un collège de chanoines. L’abbatiale devient alors une collégiale. En 1338, suite à un conflit ouvert avec les seigneurs de Celles, les chanoines abandonnent leur collégiale, partent pour Visé sous la protection du prince-évêque de Liège et emportent avec eux la châsse de saint Hadelin. Celle-ci, plusieurs siècles après les événements, est toujours présente dans la collégiale Saint-Martin de Visé. L’église de Celles est depuis restée un lieu de pèlerinage et si, dans les faits, elle est devenue une église paroissiale, elle conserve néanmoins son titre de collégiale, une église ne pouvant être rétrogradée.

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Un édifice presque millénaire

Vue intérieure de la collégiale. ©Photos Guy Focant@ SPW-AWaP

La vénérable collégiale Saint-Hadelin de Celles, homogène et remarquablement conservée, demeure aujourd’hui l’un des plus beaux exemples de l’architecture romane mosane du début du XIe siècle. Hormis quelques modifications entreprises en 1590 puis en 1857-1859 à l’occasion de restaurations, elle conserve pratiquement toutes ses composantes du deuxième quart du XIe siècle (1030-1040). Cet état de fait est lié au relatif anonymat dans lequel tomba l’église après le départ des chanoines. N’étant plus utilisée comme une collégiale, elle ne fut jamais mise sur la liste des édifices devant subir de grands travaux de modification, d’agrandissement ou de reconstruction au fil des siècles.

Erigée en moellons de calcaire et de grès, la collégiale présente une tour occidentale flanquée de deux tourelles d’escaliers, de trois nefs, d’un transept bas et d’un chœur clôturé par une abside semi-circulaire. Sous la tour et sous le chœur se trouvent deux cryptes. Le massif occidental est probablement l’élément le plus impressionnant de l’ensemble. C’est ici que se place une tour carrée de quatre niveaux, massive et caractéristique de l’architecture romane.

Elle est sommée d’une flèche octogonale, probablement ajoutée lors des travaux entrepris vers 1590. Voûté d’arêtes, le rez-de-chaussée de la tour avait une grande importance dans la conception de l’édificeÊ: donnant accès à l’une des deux cryptes, il jouait le rôle de contre-chœur ou de chœur occidental, c’est-à-dire de contrepoint liturgique face au chœur oriental. La crypte occidentale est, quant à elle, composée de trois vaisseaux également voûtés. On devait à l’origine y trouver des reliques.

Peu ouverts, les murs de la nef haute et des bas-côtés sont percés de fenêtres en plein cintre. On retrouve les mêmes percements dans les bras du transept, plus bas que la nef, comme le voulait la tradition carolingienne de construction des lieux de culte. Le but était ici d’apporter à la croisée du transept un éclairage direct. A l’arrière, le chœur présente une disposition romane également assez chargée. Le chœur et son abside semi-circulaire sont en effet flanqués de deux absidioles assez imposantes. Cette partie de l’église présente une surélévation due à la présence de la seconde crypte.

A l’intérieur, le vaisseau est composé de cinq travées. La nef principale et les bas-côtés sont séparés par des arcades en plein cintre retombant sur des piliers carrés. L’ensemble est couvert d’un plafond plat, typique des premières églises romanes. La collégiale a conservé un remarquable mobilier, dont de superbes stalles antérieures au départ des chanoines en 1338. Elles comptent parmi les plus anciennes conservées en Belgique.

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La crypte orientale de la collégiale est semi-enterrée. ©Photos Guy Focant@ SPW-AWaP

Réalisées en chêne, elles se composent de deux rangées de sièges dont les appui-mains sont décorés de motifs végétaux. La collégiale renferme aussi plusieurs statues, princi¬palement des XVIe et XVIIIe siècles. Signalons également la présence de superbes fonts baptismaux et d’un bénitier du XIIe siècle.

Remarquable pour diverses raisons, la collégiale de Celles, comme le souligne le professeur Luc-Francis Génicot, est sans conteste l’édifice qui demeure le plus représentatif de la production architecturale du pays mosan pour l’époque préromane. Elle figure indubitablement parmi les joyaux du patrimoine wallon.

INFOS

La collégiale de Celles est ouverte tous les jours de h30 à 18h. Elle se situe place de l’Eglise à 5561 Celles. Quand s’arrêteront les mesures de confinement, les visites guidées pour les groupes de plus de 20 personnes pourront être réservées via Tourisme et Culture de Celles au 0497 30 73 34 ou jacques.lebrun@publilink.be

Une balade vers l’ermitage

Un chemin de croix relie la collégiale à l’ermitage Saint-Hadelin. ©Photos Guy Focant@ SPW-AWaP

Depuis la collégiale, un joli chemin de croix néogothique en pierre bleue permet de monter la colline pour rejoindre l’ermitage Saint-Hadelin. Il a été restauré en 2018 et mis en valeur par l’artiste Pierre Courtois, qui y a ajouté des plaques d’inox découpées au laser et peintes. La montée, ponctuée de plusieurs séries de trois marches, mène à l’endroit où le saint était installé au VIIe siècle et où il fonda son monastère. Ce dernier devint un ermitage lorsque les chanoines quittèrent Celles en 1338.

A la fin du XVIIIe siècle, la famille de Liedekerke-Beaufort, propriétaire du château voisin de Vêves, décide d’ériger à cet endroit un couvent, de style néoroman, pour y héberger une communauté religieuse. Abandonné par les sœurs en 1973, il a depuis été racheté par la commune de Houyet et transformé en centre d’accueil touristique. Il abrite également une école fondamentale.

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