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La forêt de Soignes : un joyau vert habité déjà il y a plus de 4 000 ans !

L'un des nombreux chemins forestier baigné par le soleil... La forêt de Soignes s'étend sur quelques 4 380 hectares et trois régions. | © Guy Focant / SPW-AWaP

Voyages

Un site naturel d’exception à parcourir à pied, à cheval, en vélo… La hêtraie-cathédrale est à découvrir ou redécouvrir d’urgence.

 

Par Florence Pirard

La forêt de Soignes est située au sud-est de Bruxelles. Elle couvre 4 380 hectares. La partie wallonne, qui a une superficie de 275 ha, s’étend sur les territoires des communes de La Hulpe et de Waterloo. Cette ancienne forêt domaniale est actuellement gérée de manière autonome par les administrations des trois Régions, qui se partagent sa propriété et l’ont reconnue comme zone spéciale de conservation en application de la directive européenne 92/43 « Faune, flore, habitats ». Elle fait donc partie du réseau Natura 2000.

Un peu d’histoire

La campanule gantelée fleurit de mai à septembre. ©Guy Focant / SPW-AWaP

Il y a environ 10 000 ans, après la dernière glaciation, une grande forêt se développe sur des sols limoneux et sableux. Des silex de la fin du Mésolithique (6 000 à 4 000 avant J-C) ont été découverts près des anciennes lisières de la forêt de Soignes. Vers 2 300 avant J-C, des peuplades venues de l’Est s’établissent dans la région, notamment à La Hulpe, à Genval et aux étangs de Boitsfort. Un auteur romain évoque au IVe siècle une « forêt charbonnière », dont on pense qu’elle allait de la Thudinie à la forêt de Soignes. C’est sans doute à la période carolingienne que cette dernière a été isolée par des défrichements du reste de la forêt charbonnière.

Les comtes de Louvain, puis les ducs de Brabant, s’arrogent la propriété de Soignes au XIe siècle. Ils la protégeront des voleurs de bois et des braconniers. A partir du XIIe siècle, de nombreuses communautés religieuses s’installent à ses abords. La forêt devient ensuite propriété des ducs de Bourgogne de 1404 à 1482, puis des Habsbourg-Bourgogne de 1482 à 1555. Charles Quint ordonne son abornement complet afin d’empêcher les empiétements ; une dernière pierre subsiste à l’Ermite (Braine-l’Alleud). Les somptueuses tapisseries « Les Belles Chasses de Maximilien », conservées au Louvre, sont tissées sous son règne. Elles illustrent les chasses princières à travers la forêt de Soignes et représentent fidèlement les essences forestières, la flore, la faune et les paysages de l’époque.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la forêt subit de nombreux dommages. Au XIXe siècle, elle est reboisée systématiquement, mais de nombreuses parcelles sont vendues à des particuliers qui s’empressent de les défricher. Pour faciliter l’accès à ces terrains, une chaussée rectiligne de Waterloo (Joli-Bois) à Tervuren (Quatre-Bras) est percée. Un tiers de la forêt est finalement préservé et cédé à l’Etat belge en 1842. En 1909, des artistes, des écrivains et des parlementaires fondent la Ligue des amis de la forêt de Soignes qui, depuis lors, lutte pour la préservation de ce patrimoine forestier.

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Patrimoine mondial

 

La fôret est aussi un lieu de recueillement et de poésie.  ©Guy Focant / SPW-AWaP

Une partie de la forêt de Soignes a été reconnue patrimoine mondial de l’Unesco en 2017, rejoignant ainsi une série de forêts européennes inscrites sur la liste du patrimoine mondial en 2007 et 2011. Ce bien transnational s’étend sur douze pays. Depuis la fin de la dernière période glaciaire, le hêtre d’Europe s’est répandu à partir de quelques refuges isolés dans les Alpes, les Carpates, les Dinarides, la Méditerranée et les Pyrénées en l’espace de quelques milliers d’années. Ce processus se poursuit encore aujourd’hui.

Le succès de la progression du hêtre s’explique par son adaptabilité et sa tolérance à différentes conditions climatiques, géographiques et physiques. La forêt de Soignes n’a pas été classée comme patrimoine mondial dans son entièreté : seules sont concernées les parties désignées comme réserves forestières intégrales, qui ne font l’objet d’aucune mesure de gestion. Il en va de même dans les autres pays, où l’on a également sélectionné des parties strictement protégées, qui se caractérisent par la présence d’arbres exceptionnellement vieux et une biodiversité exceptionnelle. Ainsi, chaque élément de cette famille permet de comprendre ce qu’étaient les forêts primaires et anciennes d’Europe.

Cette reconnaissance en tant que patrimoine mondial naturel est unique dans notre pays. En effet, tous les autres biens inscrits au patrimoine mondial sont reconnus comme patrimoine culturel. De plus, le massif de la forêt de Soignes s’étend sur le territoire des trois Régions, ce qui a justifié la définition d’un schéma de structure conjoint, résultat d’une collaboration très étroite et intensive entre les trois gestionnaires des forêts et les trois services du patrimoine.

La flore…

La hêtraie-cathédrale s’étend sur presque 70 % du territoire de la forêt de Soignes, une vaste superficie d’une seule essence qui rend la forêt vulnérable. Malgré l’aspect tout à fait unique de ce paysage, il n’est pas propice à l’épanouissement d’un grand nombre d’espèces animales et végétales. Par ailleurs, de plus en plus d’études scientifiques y font état de l’impact du changement climatique. Les étés toujours plus chauds et plus secs ont des effets néfastes sur le hêtre, sauf dans les fonds de vallons. Pour cette raison, il a été décidé de réduire à l’avenir son étendue. Toutefois, le paysage caractéristique de la hêtraie-cathédrale sera préservé dans certaines parties de la forêt, tout comme les majestueuses rangées d’arbres qui bordent les drèves.

La forêt devrait à l’avenir favoriser une plus grande diversité d’arbres, les éléments jeunes et adultes cohabitant à proximité les uns des autres. L’objectif est d’obtenir une forêt variée et lumineuse abritant de nombreuses espèces animales et végétales. Les essences rares et endémiques que compte la forêt doivent également être protégées. Un inventaire des arbres remarquables a été réalisé sur la partie bruxelloise du massif ; ainsi, une centaine d’entre eux ont pu être identifiés et marqués.

Au fil du temps, certaines parties de la forêt de Soignes ont été transformées en parcs, en arboretums ou en hippodromes : le bois de la Cambre, le parc Solvay, le parc de Tervuren, les hippodromes de Watermael-Boitsfort et de Groenendael. Ces sites renforcent la diversité des paysages et des habitats en forêt de Soignes. Tout comme les plans d’eau, les arbres particuliers, les pâturages et les pelouses, très différents de la forêt elle-même mais non moins appréciables.
Les lisières entre ces zones semi-ouvertes et la forêt de Soignes abritent un grand nombre d’espèces animales et végétales qui ne se rencontrent pas à l’intérieur des bois. De plus, les parcs, qui accueillent une grande partie des visiteurs, forment un espace-tampon naturel.

… et la faune

De nombreuses espèces cohabitent dans ce magnifique ensemble. Les étangs de la forêt abritent une soixantaine d’oiseaux nicheurs, dont le martin-pêcheur, le pic noir et la bondrée apivore. Dans la futaie de hêtres, on retrouve la fauvette des jardins ou à tête noire, le pouillot véloce, le grimpereau, le pinson des arbres ou encore la chouette hulotte. L’abondance des oiseaux est plus grande dans les parcelles de chêne et dans les vallons humides, où nichent le gros-bec et le loriot. Une trentaine d’espèces de mammifères occupent également les lieux : le chevreuil, le lièvre, le lapin, le hérisson, l’écureuil roux, la musaraigne, la chauve-souris ainsi que de petits carnivores. L’orvet et le lézard sont les seuls reptiles. Les milieux humides abritent huit espèces dont la bouvière, rare et protégée.

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Le patrimoine archéologique et historique

La richesse de l’histoire se reflète aujourd’hui dans les précieux sites historiques et archéologiques de la forêt : les tumuli, le camp préhistorique de Boitsfort, le château de Trois-Fontaines, le château de La Hulpe, les prieurés de Groenendael et du Rouge-Cloître, le parc de Tervuren, les anciens chemins de poste…

La sauvegarde et la valorisation de ce patrimoine font partie des préoccupations principales des gestionnaires de la forêt. Ainsi, les tumuli et le camp néolithique de Boitsfort-Etangs ont été classés en tant que sites archéologiques, et les sites de Groenendael et du Rouge-Cloître, deux anciens prieurés appartenant à l’ordre religieux des Augustins, ont été intégralement restaurés. Les parcs de Tervuren, de Tournay-Solvay et de La Hulpe ainsi que leur patrimoine ont également bénéficié d’une rénovation complète.

Biens belges inscrits sur la liste du patrimoine mondial

Aujourd’hui, la Belgique comprend douze biens culturels et un bien naturel parmi les 121 biens mondiaux recensés.

Bruxelles : la Grand-Place 
de Bruxelles (1998), les habitations majeures de l’architecte Victor Horta à Bruxelles (2000), le palais Stoclet (2009).
Flandre : les béguinages flamands (1998), les beffrois (1999), le centre historique de Bruges (2000), le complexe maison-ateliers-musée Plantin-Moretus à Anvers (2005), l’œuvre architecturale de Le Corbusier, une contribution exceptionnelle au Mouvement moderne (2016).
Wallonie : les quatre ascenseurs du canal du Centre et leur site (1998), les beffrois (1999), la cathédrale Notre-Dame de Tournai (2000), les minières néolithiques de silex de Spiennes (2000), les quatre sites miniers majeurs de Wallonie (2012).
Bruxelles-Flandre-Wallonie : la forêt de Soignes (2017).

Préparer sa visite

De très nombreux itinéraires et balades traversent la forêt de Soignes. Afin de permettre aux marcheurs et aux cyclistes de se promener sans abîmer les lieux, un site internet reprend tant les informations pratiques sur les portes d’entrée de la forêt et les chemins à emprunter que les règles à respecter par les visiteurs. Vous y découvrirez également de multiples informations sur la faune et la flore.

INFOS
www.foret-de-soignes.be

CIM Internet