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Grottes de Rosée et Lyell : quand ours, lions des cavernes et mammouths vivaient en bord de Meuse

Un scientifique en exploration dans les grottes. | © Guy Focant / SPW-AWaP

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Elles sont situées au cœur de la province de Liège, en bord de Meuse entre Huy et Liège, que se trouve la commune d’Engis.

 

Par Frédéric Marchesani

Extrêmement riche du point de vue géologique, elle abrite de nombreuses grottes dont deux sont situées au niveau du village d’Ehein, en bordure du vallon d’Engihoul, où court le ruisseau du même nom et qui est longé par la route des Trente-Six Tournants, bien connue des habitants de la région.

Découverte et exploration

Le Palais de cristal et sa pluie de stalactites. ©Guy Focant / SPW-AWaP

Dans les années 1830, le médecin liégeois Philippe-Charles Schmerling explore plusieurs grottes dans les environs d’Engis et Flémalle. Il y découvre des ossements humains qui, plus tard, seront attribués à l’homme de Néandertal. En 1860, le géologue britannique Charles Lyell (1797-1875), président de la Geological Society of London, visite la même grotte et y fait d’importantes découvertes. Le site, précédemment appelé « grande caverne d’Engihoul », sera par la suite renommé « grotte Lyell » en son honneur. Ce n’est pas le seul hommage que le monde scientifique rendit à ce grand homme, enterré à Westminster parmi les illustres : son nom désigne également une montagne au Canada, le Mount Lyell, ainsi que plusieurs cratères sur la Lune et la planète Mars.

En juillet 1906, un tir de mine, exécuté dans une carrière appartenant au baron Jacques de Rosée, mit au jour une nouvelle grotte, explorée à partir du 15 septembre par quelques spécialistes dont l’anthropologue Ernest Doudou. On la baptisa du nom de son propriétaire, qui en permit l’accès aux scientifiques et en protégea l’accès.

Depuis, les deux grottes sont régulièrement explorées par des chercheurs. Dans les années 1970, le site est acquis par la société Carmeuse, qui a pour intention de détruire le rocher afin de poursuivre son exploitation industrielle. La mobilisation de la communauté scientifique aboutit au classement du site en 1977. En 1999, convaincue de l’intérêt exceptionnel de ces grottes, Carmeuse décide d’en céder la pleine propriété à la Société royale belge d’études géologiques et archéologiques pour un franc symbolique. Il s’agit d’un fait sans précédent en faveur de la protection et de l’étude du monde souterrain.

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Cascade de stalactites

Les cristallisations font penser à des coraux. ©Guy Focant / SPW-AWaP

Site extraordinaire, cette grotte explorée depuis plus de cent ans a de tout temps ébahi les chercheurs. Ernest Doudou disait qu’elle « était un domaine bien plus réservé aux fées que destiné à être foulé par le pied brutal de l’Homme ». Parmi les pièces principales du lieu, la plus exceptionnelle est sans doute le « Palais de cristal ». On y est époustouflé par la cascade de stalactites qui tombent du plafond.

Cette harpe cristalline blanche est le résultat d’un phénomène de concrétion dit « tubiforme », en raison du caractère extrêmement allongé – jusqu’à plus de 2 m de long – de ces stalactites, qui ont un diamètre réduit de 4 à 5 mm d’épaisseur. On y trouve également des stalagmites dont la chandelle principale fait 2,8 m de haut pour un diamètre de 60 cm. Et ce n’est pas tout ! La grotte fourmille d’autres cristallisations excentriques formées par capillarité dans les formes les plus diverses (draperies, crochets, boucles, hélices…), faisant penser à des coraux. On y trouve aussi un important gisement paléontologique, contenant des restes fossilisés de la faune variée qui habitait nos régions il y a 300 000 ans.

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D’étranges animaux

Une vue intérieure des grottes. ©Guy Focant / SPW-AWaP

Cette grotte possède deux entrées. L’une, à l’ouest, est formée de deux couloirs, dont l’un était fermé par le magasin à poudre de l’usine en 1910 ; l’autre, à l’est, se situe à la base de la muraille rocheuse du ravin d’Engihoul, à 13 mètres au-dessus de la Meuse. D’ouest en est, cinq salles se succèdent au fil d’étroits passages. Dans cette seconde grotte, des archéologues ont œuvré à côté des géologues : on y a en effet mis au jour des ossements humains attribués à des hommes du type Cro-Magnon, ainsi que quelques silex. Toutefois, ce sont les paléontologues qui ont eu le plus de travail à cet endroit.

Les fossiles retrouvés ont permis d’illustrer très largement la faune préhistorique de la fin du Pléistocène, la première époque géologique du Quaternaire (de 2,58 millions d’années à 11 700 ans avant notre ère). En bord de Meuse, à cette époque fort lointaine, on pouvait ainsi trouver des ours, des lions des cavernes, des mammouths et autres rhinocéros.

Enfin, l’intérêt majeur de la grotte Lyell relève du domaine de la biologie. On y trouve trois espèces de troglobies, un type d’animal cavernicole qui ne peut survivre que dans le monde souterrain, des espèces fort anciennes que le naturaliste français René Jeannel appelait des fossiles vivants. Parmi celles-ci figure le seul coléoptère troglobie de Belgique, une espèce rarissime et encore peu étudiée.

Après leur classement en 1977, les deux grottes ont été inscrites sur la liste du patrimoine exceptionnel de Wallonie. Elles possèdent en effet un grand intérêt biologique, géologique, paléontologique et archéologique. Vu leur fragilité, elles ne pourront jamais être rendues accessibles au grand public.

Un peu de géologie

©Guy Focant / SPW-AWaP

Tout au long de l’axe formé par la Sambre et la Meuse, on trouve un important réseau de failles, dont la plus connue est la faille eifelienne, qui suit littéralement le parcours de ces deux cours d’eau. A Engis se situe une petite faille, la faille d’Ivoz, sur le versant en rive droite. Au sud, on retrouve un anticlinal, un pli convexe dont les couches géologiques centrales sont les plus anciennes. C’est dans des calcaires du Viséen, un étage géologique dont les roches se sont formées entre 346 et 300 millions d’années avant notre ère, que se sont creusées les grottes de Rosée et Lyell.

 

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