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Trésors wallons : On vous emmène au coeur de l’Elysette à Namur

Vue aérienne de la façade côté Meuse de l’Elysette avec, à droite, le bâtiment moderne du cabinet du ministre-président. | © Guy Focant / SPW-AWaP

Voyages

En collaboration avec l’Awap, l’Agence wallonne du patrimoine, Paris Match Belgique vous offre de découvrir l’un des endroits les plus médiatiques de Wallonie. Un voyage au cœur de l’exécutif wallon.


Par Frédéric Marchesani

Qui n’a jamais entendu parler de l’Elysette? Dénommé ainsi par la presse en 1992, ce petit Elysée des bords de Meuse peut, au premier coup d’œil, faire pâle figure face à sa prestigieuse et fastueuse grande sœur pari- sienne. Pourtant, ce vénérable édifice jambois possède une histoire qui débuta bien avant la création de la Région wallonne et la brillante rénovation du bâtiment pour y accueil- lir l’exécutif régional.

Au XIXe siècle, les rives de la Meuse, de Dinant à Liège, se parent en effet d’une multitude de villas. Jambes et Namur, se faisant face, ne sont pas en reste. Le château Thibaut, égale- ment appelé Maison jamboise, contemple la citadelle de Namur, à quelques centaines de mètres du pont de Jambes. Elle doit son existence à un maître tanneur devenu politicien, Xavier Thibaut-Eloin. Conseiller provincial puis député per- manent, il se fait construire une demeure de plaisance en 1877, non loin du moulin et de la tannerie qu’il exploite depuis deux ans. Cette édification marque le signe évident de sa réussie sociale et cette demeure bourgeoise prend naturellement le nom de son propriétaire.

Le hall d’accueil de l’Elysette. ©Guy Focant / SPW-AWaP

En 1923, la maison est vendue au magistrat namurois André Thibaut de Maisière. Le bien reste dans la famille jusqu’en 1955, quand il est acquis par l’indus- triel Raymond Materne, militant wallon et fils du bourgmestre de Jambes. Lui-même deviendra bourgmestre en 1964, à la mort de son père. Au début des années 1970, des projets im- mobiliers à répétition changent à jamais la physionomie des rives de la Meuse. Les immeubles à étages remplacent pro- gressivement les villas d’autrefois. Le château Thibaut, menacé, est racheté en 1971 par la commune de Jambes. Il passe dès lors dans le domaine public et est mis à la disposition d’asso- ciations culturelles. Dans les années 1980, la maison est aban- donnée malgré divers projets de réaffectation.

En 1988, des travaux sont entrepris afin de transformer la bâtisse et d’y accueillir les stagiaires de l’Institut de formation internatio- nale aux transports. C’est lors de ce chantier, au soir du 7 sep- tembre 1988, qu’un incendie se déclare et ravage entièrement la nouvelle toiture.

Devenu ministre-président de la Région wallonne en mai 1988, Bernard Anselme, artisan du choix en 1986 de Namur comme capitale de la Wallonie, s’émeut de cet incident et entreprend la métamorphose de l’ancien château Thibaut. Celui-ci va de- venir le siège de l’exécutif wallon. Rénové en profondeur, il accueillera, au cœur d’un charmant petit parc, de nouveaux bâtiments destinés aux membres du cabinet du ministre-pré- sident ainsi qu’à la presse. Le site est inauguré le 7 juin 1991.

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Le salon central servant à la réception des hôtes du gouvernement wallon. ©Guy Focant / SPW-AWaP

 

A la découverte d’un bijou architectural

Le projet architectural de l’Elysette prend comme fonda- tion le respect du bâti d’origine, tout en le mariant avec des ajouts relativement contemporains. De l’extérieur, l’architecture mosane classique de l’ancienne maison bourgeoise a été préservée. Cette vaste construction en briques et calcaire est ouverte de baies à crossettes avec des encadrements moulurés en pierre blanche. Côté jardin, un  balcon souligne les travées centrales tandis que, côté Meuse, la façade est plus élaborée et caractérisée par son bow-window au ni- veau des trois travées centrales. Celui-ci offre un petit balcon protégé par une balus- trade de pierre en son sommet et mène à une grande terrasse, avec vue sur la Meuse, protégée par une belle grille en ferronnerie. De part et d’autre, l’édifice est flanqué de deux ailes basses symétriques ajoutées au moment de la rénovation mais s’intégra harmonieusement à l’ensemble. La maison est protégée par une toiture à la Mansart percée de lucarnes.

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La façade côté Meuse et son bow-window. ©Guy Focant / SPW-AWaP

A l’arrière de l’édifice, côté ville, un agréable jardin est planté d’arbres et orné d’un bassin qu’on peut traverser par un pont de quelques dalles calcaires. A l’intérieur, le rez-de-chaussée est principalement occupé par un grand hall d’accueil, la salle de réunion du gouvernement wallon et trois salons de récep- tion. Le pavage du hall et de son escalier mettent en évidence le savoir-faire et les matériaux naturels wallons : le dallage est composé de marbres rouges de Rochefontaine (Theux) et de marbres gris de Philippeville. Sur le palier de l’escalier, la pein- ture « Le Fer », réalisée en 1922, est l’œuvre de Pierre Paulus, artiste carolorégien à qui l’on doit également le Coq wallon. Les trois salons, placés en enfilade, communiquent entre eux par de larges baies aux portes imposantes et rétractables en cas de besoin. Celles du salon de gauche sont ornées d’élément simples de forme carrée ou rectangulaire.

Les salons sont dotés de cheminées modernes dont les formes, courbe pour l’une et concave pour l’autre, se répondent. Le salon central se situe au niveau du bow-window donnant sur la Meuse. Il présente une architecture parfaitement symétrique accentuée par les dessins formés par les marbres posés au sol. Plus loin, la salle de réunion de l’exécutif arbore un décor plus simple et rigou- reux qui coïncide avec sa fonction. Particularité insolite : elle est dotée d’un passe-plat qui communique avec les cuisines, situées au sous-sol.

Le premier étage abrite le bureau du ministre-président ainsi que divers locaux administratifs liés à cette fonction. C’est de cette pièce, dotée d’un charmant salon, qu’on accède au balcon surmontant le bow-window de la façade. La peinture qui trône au-dessus du bureau, L’Empire de la réflexion, nous rappelle que son auteur, René Magritte, est wallon de naissance. Bien qu’ayant mené sa carrière à Bruxelles, il est natif de Lessines. Outre ce bureau, l’étage compte également une chambre et une salle de bains à la disposition du ministre-président. wallonne, il est un des beaux exemples d’édifices patrimoniaux réaffectés par la Wallonie.

Le second étage, quant à lui, accueille uniquement des bureaux. A l’aube de son trentième anniversaire, l’Elysette est un bâtiment qui, aujourd’hui, fait partie malgré lui du quotidien de chaque Wallonne et de chaque Wallon. Repris à l’inventaire du patrimoine immobilier culturel de la Région wallonne, il est un des beaux exemples d’édifices patrimoniaux réaffectés par la Wallonie.

 

La façade de l’Elysette côté jardin avec, à gauche, le coq de Léon et Peggy de Pas. ©Guy Focant / SPW-AWaP

Des œuvres d’art à profusion

Le bureau du ministre-président, au premier étage de l’Elysette. ©Guy Focant / SPW-AWaP

Bien des œuvres d’art jalonnent l’Elysette et particulièrement ses jardins. Côté Meuse, le regard perdu au loin vers la citadelle et le Parlement wallon, autre grande institution régionale, la statue « Quelqu’un » est l’œuvre de Jean-Michel Folon. La dénomination de cette œuvre fait référence à l’homme de la rue, l’anonyme, un M. Tout-le-Monde avec son chapeau et son pardessus, qui constitue un des thèmes de prédilection de l’artiste. A proximité du bassin, on trouve un imposant coq en métal réalisé en 1998 par le couple franco-belge Léon et Peggy de Pas, installé à Chaumont- Gistoux. Un autre coq en bronze, posé sur une reproduction en pierre de la carte de la Wallonie, se trouve à l’arrière du bâtiment et a été sculpté en 2003 par Martin Guyaux. Dans le jardin également, on notera la présence d’un très expressif portrait en bronze de l’artiste namurois Félicien Rops, réalisé en 1993 par le sculpteur carolo Charles Delporte.

 

Les trois salons en enfilade, vus depuis le salon de gauche. ©Guy Focant / SPW-AWaP

Les portes de Félix Roulin

Vue du hall avec, à droite, les portes de Félix Roulin.© Guy Focant / SPW-AWaP

Né à Dinant en 1931, Félix Roulin est un sculpteur qui fut élève puis professeur à l’école des métiers d’art de l’abbaye de Maredsous. Il fait partie des artistes wallons choisis pour réaliser une œuvre à l’Elysette, où il propose des sculptures- colonnes et des sculptures-portes qui s’intègrent au bâtiment. Les portes, menant du hall au salon central, ont valeur de symbole. Monumentales, en bronze, elles montrent des corps humains idéalisés et magnifiés, prisonniers du métal mais en train de s’en libérer. Ils traduisent l’idée de progrès de l’humanité et la victoire de l’homme sur la matière.

INFOS

Pour en connaître plus sur la restauration et l’aménagement de l’édifice, le Carnet du Patrimoine n° 76, « L’Elysette : la présidence du Gouvernement wallon à Namur », de Jacques Vandenbroucke, est toujours disponible à la vente.
Informations : publication@awap.be ou 081 230 703

 

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