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Connaissez-vous l’abbaye de Bonne-Espérance, véritable pépite architecturale ?

Des bâtiments des années 1930 à l’arrière de l’aile gauche, vue depuis l’étang. | © Guy Focant / SPW-AWaP

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Classée depuis 1973 et reconnue patrimoine exceptionnel de Wallonie, elle est à découvrir cet été à Vellereille-les-Brayeux, dans la commune d’Estinnes, dans la province du Hainaut. Un édifice passionnant autour duquel gravitent de nombreuses activités, manifestations et associations. Un espace de vie actuel et profondément vivant !


Par Florence Pirard

L’ancienne abbaye, consacrée à Notre-Dame et fondée en 1130, appartient à l’ordre des Prémontrés. Les premiers chanoines, avec l’aide de leurs frères convers, transforment, aux XIIe et XIIIe siècles, la vaste forêt initiale, marécageuse et inhospitalière en ce qui s’est avéré être d’excellentes terres de limon. L’institution prend son essor au XIIIe siècle grâce au savoir-faire des premiers occupants et aux nombreuses donations de territoires par les seigneurs locaux.

Au XVIe siècle, une nouvelle impulsion est donnée au site avec, notamment, l’achèvement du cloître. Les pillages du milieu du XVIe siècle, et en particulier l’incendie de 1568 lors du passage des troupes hollandaises, nécessitent d’importantes reconstructions au début du XVIIe siècle, dont celle de l’église. Au XVIIIe siècle, l’abbaye, en pleine efflorescence, acquiert son aspect actuel, avec le cloître et plusieurs de ses annexes, les bâtiments conventuels de l’actuelle cour d’honneur, l’église rebâtie par Laurent-Benoît Dewez et l’infirmerie.

Un village à l’abri de l’abbaye

Un bijou vu du ciel. © Guy Focant / SPW-AWaP

Le domaine de l’abbaye couvrait 4 700 hectares de terres et de bois, et les religieux assuraient le culte dans vingt-trois paroisses de Leugnies, en France, à Thorembais-Saint-Trond et Chaumont-Chistoux, dans le Brabant wallon. Mais c’est au cœur du village de Vellereille-les-Brayeux que s’est notamment développée l’activité agricole de l’abbaye. Le village ne comporte pas moins de six grosses fermes, que l’abbaye de Bonne-Espérance avait fait construire au XVIIIe siècle et qui cultivaient 600 hectares. Ces bâtiments remarquables sont encore pratiquement les seules exploitations agricoles du village, dont la structure économique n’a pour ainsi dire pas changé en 300 ans : c’est exceptionnel.

L’abbaye, supprimée en 1796 lors de la Révolution française, est néanmoins la seule de la province du Hainaut dont les bâtiments sont restés intacts. Les villageois sont parvenus à convaincre les révolutionnaires de préserver l’édifice afin de conserver leur gagne-pain. Les derniers religieux rachètent les bâtiments abbatiaux en 1798 et les lèguent en 1829 à l’évêché de Tournai, qui y installe un séminaire, converti une dizaine d’années plus tard en établissement d’enseignement et devenu l’actuel collège Notre-Dame de Bonne-Espérance.

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Une architecture éblouissante

L’intérieur de l’église abbatiale, chef-d’œuvre du XVIIIe siècle. © Guy Focant / SPW-AWaP

Le plan de l’abbaye est traditionnel de l’ordre. Il comporte une longue cour d’honneur rectangulaire écornée à l’angle avant gauche par une ferme, et flanquée à droite par l’ancienne basse-cour et à gauche par un étang. Derrière la cour d’honneur et son bâtiment principal, le cloître carré et ses annexes sont jouxtés au sud par l’église.

La cour d’honneur est constituée d’un jardin à la française encadré par un ensemble prestigieux du XVIIIe siècle : un bâtiment principal et deux ailes latérales (1752-1772), qui abritaient la boulangerie, une brasserie et des lieux de travail réservés aux frères convers. Le bâtiment principal, qui accueillait le quartier des hôtes et celui de l’abbé, est particulièrement soigné. Elevée de 1738 à 1741 par Nicolas de Brissy et encadrée par deux élégants pavillons, la façade de 76 m de long compte dix-neuf travées au rythme serré.

Elément central de l’abbaye, situé à l’arrière de la prélature, le cloître, surmonté des bâtiments conventuels, comporte trois ailes gothiques du XIIIe siècle et une aile restaurée au XVIe siècle. Ouvertes jadis sur le jardin intérieur, les galeries du cloître ont été fermées par des verrières au XVIIIe siècle pour des raisons de confort. Le cloître donne accès au chauffoir, au réfectoire, à la cuisine, à la salle capitulaire et à l’église.

Achevé en 1738, le réfectoire est une des plus belles pièces de l’abbaye. Grande salle de style Louis XV aux murs lambrissés, elle est couverte de voûtes enduites et stuquées. Sur le mur opposé aux fenêtres, cinq tableaux du Valenciennois Bernard Fromont (1715-1755) illustrent la vie de saint Norbert. Les prémontrés s’attablaient dans cette salle pour les deux repas quotidiens, s’asseyant sur les bancs longeant les murs, tout en écoutant les lectures prononcées à voix haute par le lecteur qui montait quelques marches pour prendre place dans la chaire, toujours visible aujourd’hui.

Un chef-d’œuvre néoclassique

Les locaux de la vie monastique s’articulent autour du cloître, constitué de quatre ailes s’ordonnant autour d’un espace carré, le préau. © Guy Focant / SPW-AWaP

Précédée d’une tour gothique de la fin du XVe ou du XVIe siècle, l’église abbatiale est un ample édifice néoclassique construit de 1770 à 1776 par l’architecte de renom Laurent-Benoît Dewez. A l’intérieur, le sol est recouvert d’un pavement en marbre noir, gris, blanc et rouge. La nef centrale est limitée par deux grandes colonnades corinthiennes et couverte d’une voûte en berceau ornée de motifs végétaux stylisés stuqués. Dans l’abside du chœur, les six colonnes corinthiennes à fût en marbre rouge de Saint-Remy (Rochefort) sont surmontées de chapiteaux en marbre gris.

L’église comprend également un orgue de 1768, construit d’abord pour l’abbaye d’Affligem et installé à l’abbaye de Bonne-Espérance en 1860 pour remplacer l’original enlevé à la Révolution. Un riche mobilier vient compléter l’ensemble : autel majeur en marbre blanc de 1779, stalles en chêne de 1774, médaillons sculptés avec les Apôtres de 1778, trophées et vases de 1784, grilles de clôture de 1779, etc. Enfin, l’église conserve une importante statue de pèlerinage de Notre-Dame de Bonne-Espérance polychromée, une Vierge à l’Enfant sculptée dans la pierre blanche d’Avesne. Elle daterait du milieu du XIVe siècle. Mesurant environ 110 cm de haut et 54 cm de large à la base, elle représente la Vierge Marie, assise et couronnée, allaitant l’enfant Jésus qui s’agrippe de sa main droite à sa mère et tient de sa main gauche son propre vêtement. Dès son origine, la statue fut peinte. La polychromie actuelle remonte à 1904 et est de style néogothique.

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Le saviez-vous ?

 Vue générale de l’édifice depuis la cour d’honneur. © Guy Focant / SPW-AWaP

Créé par l’évêché de Tournai en 2013 et ouvert au public en 2017, le centre d’Histoire et d’Art sacré en Hainaut (CHASHa) présente le passé religieux du Hainaut et cherche à préserver et mettre en valeur le patrimoine mobilier des églises, couvents, etc. L’espace muséal qui accueille le public n’est autre que la sacristie de la basilique de Bonne-Espérance. Cette pièce, qui appartient au patrimoine religieux majeur de Wallonie, est devenue un splendide écrin pour expositions. Cette année, le CHASHa vous propose « Du dépôt à l’exposition : trajet du patrimoine religieux dans un conservatoire diocésain ». Tout est prêt pour accueillir les visiteurs de 14 h 30 à 18 h.
Déborah Lo Mauro (conservatrice) 064 33 03 46
www.chasha.be

Un chantier de restauration exceptionnel

Depuis le début, la Région wallonne soutient l’ASBL Les Compagnons de l’abbaye, en charge de la restauration des lieux. « Nous prenons soin du site depuis longtemps. Dans les années 1980, nous avons rénové l’enveloppe de la basilique pour la protéger des intempéries, avant de nous attaquer à la rénovation complète de l’aile droite de la cour d’honneur et aux châssis de la façade principale. Ensuite, nous avons obtenu le premier accord-cadre en 2013 », explique le président des Compagnons, Michel Wanty. Soit un montant de 2,4 millions, à raison de 400 000 euros par an pendant six ans. Depuis un an, un deuxième accord-cadre a été validé pour la période 2019-2023, pour un total de deux millions d’euros.

Une aubaine pour l’abbaye de Bonne-Espérance, reconnue patrimoine exceptionnel de Wallonie. Dans les mois et années à venir, les rénovations extérieures vont ainsi se poursuivre avec le concours des architectes de la SPRL Moulin & Associés (Marcinelle), pour le plus grand bonheur des touristes, des étudiants du collège ou tout simplement des amoureux de Bonne-Espérance. Ensuite, il faudra s’attaquer à l’intérieur de l’édifice, ce qui demandera encore des investissements conséquents.

L’association a été nominée au Publica Awards 2020 pour la restauration de la façade d’honneur du collège de l’abbaye de Bonne-Espérance. La cérémonie de remise des prix se déroulera le 17 septembre à Bruxelles.

www.publica-brussels.com

Organisez votre visite

L’église abbatiale est un ample édifice néoclassique construit de 1770 à 1776 par l’architecte de renom Laurent-Benoît Dewez. © Guy Focant / SPW-AWaP

Enserré dans le fer à cheval de ses bois (Pincemaille, Wauhu et Menu-Bois), le village de Vellereille-les-Brayeux offre un paysage champêtre et verdoyant permettant de magnifiques promenades à pied ou à vélo. En saison, d’avril à la fin septembre, des visites guidées de l’abbaye sont organisées au départ du moulin et de la boulangerie.

Contactez Maurice Servais au 071 59 17 32 ou par mail : servais.maurice@skynet.be pour réserver votre visite.

Après votre visite, le moulin de Bonne-Espérance vous invite à savourer ses produits artisanaux dans un cadre culturel et historique exceptionnel. Au sein de l’abbaye, le moulin, la brasserie et la boulangerie sont des constructions typiques de l’architecture du XVIIIe siècle. Vous y découvrirez le four d’origine, où l’on cuit toujours de succulentes tartes au sucre, et la meule qui continue à moudre le blé. Vous pourrez aussi y déguster, en bord d’étang, de la bière et du fromage d’abbaye, du pain rustique et bien d’autres produits du terroir.

 

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