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Le château de Bouillon, haut lieu d’histoire et de patrimoine

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La ville basse et le château de Bouillon s’inscrivent dans un important méandre de la Semois. | © Guy Focant.

Voyages

Bouillon, perle de la Semois. Cette petite ville ardennaise et son château sont devenus célèbres par-delà les frontières. La période estivale est propice à la découverte ou à la redécouverte de ce patrimoine majeur.

 

par Frédéric Marchesani 

Occupé depuis le IIe siècle pour son important attrait stratégique, le site de Bouillon s’inscrit dans un large méandre de la Semois qui, à cet endroit, enserre un important éperon rocheux, naturellement protégé tant par un escarpement que par la rivière. Un premier château est mentionné à cet endroit en 988. A la fin du XIe siècle, le duc de Basse-Lotharingie, un des membres les plus importants de l’aristocratie du Saint-Empire romain de la nation germanique, en est le propriétaire. Comme bien d’autres vassaux de l’empereur, il s’est vu confier des terres qu’il doit administrer en son nom. Parmi celles-ci se trouve un territoire situé aux confins de la France et du duché de Luxembourg : le duché de Bouillon.

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En 1087, l’illustre Godefroid de Bouillon devient duc de Basse-Lotharingie. Il écrit son destin quelques années plus tard en prenant part à la première croisade qui rejoint Jérusalem en 1099. Pour financer cette expédition des plus coûteuses, Godefroid décide de vendre ses terres au prince-évêque de Liège, Otbert, en 1096. Dès lors, le domaine de Bouillon devient terre principautaire et le prélat liégeois ne cesse d’affirmer sa souveraineté dans la région, tout en reprenant à son compte le titre ducal.

Une vue aérienne de cette curiosité majeure en Wallonie. © Guy Focant

Engagé personnellement à la famille de la Marck en 1484, le duché revient à la principauté en 1521, alors qu’un de leurs membres, Erard de la Marck, occupe les fonctions de prince-évêque depuis 1505. Celui-ci poursuit une importante campagne de pacification de ses terres. Repris par les la Marck en 1548 et occupé militairement par les troupes du roi de France entre 1551 et 1559, le duché retourne une dernière fois au prince-évêque de Liège avant de finalement échoir, par mariage en 1591, à la famille des la Tour d’Auvergne, vicomtes de Turenne. Leur descendant, Godefroid-Maurice, reçoit de Louis XIV le privilège d’exercer dans le duché une autorité absolue, à la seule condition qu’y soit maintenue une garnison française.

Le traité de Nimègue de 1679, résultant d’une des nombreuses guerres de Louis XIV, attribue officiellement le territoire à la famille de la Tour d’Auvergne. Elle détient alors définitivement le duché au détriment du prince-évêque de Liège, qui ne cessait pourtant d’affirmer ses droits sur ces terres. Bouillon connaît ensuite une salutaire période de paix jusqu’au 24 avril 1794, lorsque l’assemblée du peuple instaure la République. En 1795, l’ancien duché est annexé à la France. Après avoir été hollandais entre 1815 et 1830, le territoire devient belge.

La ville basse et le château de Bouillon s’inscrivent dans un important méandre de la Semois. © Guy Focant

Entrée dans la légende

Merveille architecturale et patrimoniale, le château de Bouillon attire chaque année des milliers de curieux. Du premier château, bâti à la fin du Xe siècle, rien ne subsiste. Une seconde forteresse, érigée à l’initiative de Godefroid de Bouillon, est entrée dans la légende. Le site, grandiose, répond également parfaitement, par sa position avantageuse, aux usages militaires du Haut Moyen Age. Le château et son système de défense ont évolué jusqu’au XVIe siècle. Devenus ducs de Bouillon, les princes-évêques de Liège n’eurent de cesse de perfectionner cette machine de guerre censée protéger le sud de leur territoire face au royaume de France et au duché de Luxembourg.

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A l’exception d’un élément de tour, les bâtiments visibles de nos jours ne remontent pas au-delà du XVIe siècle. Les constructions médiévales ont, en effet, souffert du siège de Charles Quint en 1521. Il faudra attendre 1551 et le règne du prince-évêque Georges d’Autriche pour que d’importants travaux soient réalisés: il fait construire la petite poudrière ronde, la porte à bossage et le frontispice du troisième châtelet d’entrée, la tour de l’Horloge et la tour d’artillerie qui porte son nom, la tour d’Autriche, sur laquelle sont présentes ses armoiries. La physionomie du lieu est alors une première fois bouleversée et voit disparaître les éléments anciens.

La grande salle dite « Godefroid ». © Guy Focant

Contrairement aux croyances établies, le château ne conserve donc rien de l’époque de Godefroid de Bouillon. L’arrivée des la Tour d’Auvergne en 1591 ouvre près d’un siècle sans travaux majeurs. La prise du château en 1676 par les troupes de Louis XIV annonce toutefois une nouvelle campagne d’importance. Une plaque en l’honneur du roi de France se situe d’ailleurs au-dessus du porche d’entrée, à l’ouverture en plein cintre. Datée de 1684, elle mentionne également le duc de Bouillon Godefroid-Maurice de la Tour d’Auvergne. Les Français renforcent et modernisent les défenses de la forteresse: rehaussement des courtines, maisons pour officiers, casernes, nouvelle poudrière et nouvel arsenal. Sous les régimes français (1795-1815) et hollandais (1815-1830), le site conserve son rôle militaire, avant d’être déclassé en 1853. Depuis lors, il a été rendu aux touristes, toujours plus nombreux et enthousiastes.

L’histoire de la forteresse

Un parcours de visite balisé permet de découvrir la forteresse et son histoire. On accède au château par une esplanade spacieuse qui, autrefois, accueillait de nombreux canons. Vient ensuite une rampe d’accès bordée de deux murs percés de meurtrières qui mène à une première faille, que l’on enjambe en empruntant un pont de pierre construit en 1716. Le visiteur découvre à ce moment le premier châtelet d’entrée, ouvert d’un porche enserré entre une tour et un bastion. Un passage voûté nous transporte dans un passé lointain ainsi que vers une seconde faille. Un nouveau pont conduit au deuxième châtelet. Aménagé à la fin du XVIIe siècle par les Français, il est lui aussi doté d’un passage voûté.

Une vue panora- mique de la cour d’honneur du château, depuis la tour de l’Horloge. © Guy Focant

Cette promenade tout en longueur, terminée par un troisième et dernier châtelet, mène enfin vers la spacieuse cour du château où se trouvait autrefois le donjon, démoli en 1824. Celle-ci est aujourd’hui bordée par la chapelle Saint-Jean et par quatre casernes en enfilade. A gauche, un escalier mène à une grande batterie, ainsi qu’à l’arsenal érigé par le célèbre Vauban. Une fois que l’on pénètre dans le château en lui-même, on ne peut qu’être émerveillé par la disposition des lieux. Le parcours est truffé de passages voûtés, de souterrains, d’escaliers, de grandes salles et autres cachots.

Une visite à Bouillon vous transportera dans un passé lointain et glorieux et ne pourra qu’émerveiller petits et grands.

Une foule d’activités

Très dynamique, l’équipe du château de Bouillon propose bien des activités, parmi lesquelles des expositions. Dans l’ancien arsenal, on peut découvrir « Scriptura », qui retrace l’évolution de l’apprentissage de l’écriture du Moyen Age à nos jours. Visible depuis 2018, l’œuvre « Le Pèlerinage armé de Godefroid de Bouillon » retiendra l’attention : cette gigantesque fresque de 15 m de long, présente dans un couloir du château, a été réalisée par Marie-Laure Alff.

La cour d’honneur du château avec, à droite, l’arsenal. © Guy Focant

Dans la cour d’honneur, un spectacle interactif et humoristique de fauconnerie est proposé tous les jours à 11 h 30, 14 h et 15 h 30. Une fois la nuit tombée, le château ne s’endort pas pour autant. Depuis le bas de la ville, sur les rives de la Semois, les touristes peuvent admirer un show lumineux projeté sur le château. Celui-ci est proposé tous les jours de juillet et août à 22 h, 23 h et minuit. Enfin, des visites nocturnes, à la lumière des flambeaux, sont régulièrement organisées sur réservation, tant pour les groupes que pour les visiteurs individuels.

Pour plus d’informations : 061 46 42 02.

Du fromage au château

Les entrailles du château abritent des souterrains inaccessibles au public. On y trouve notamment une cave à fromages, qui procure des conditions parfaites pour l’affinage. Taillées dans la roche, ces caves possèdent un excellent taux d’humidité et affichent une température qui dépasse rarement 13°C.

Une recette médiévale permet ainsi de produire l’Œillet du Château, un fromage à pâte dure au lait de brebis. L’égouttage se fait selon une technique ancestrale. L’Œillet du Château est disponible à la vente à l’épicerie Istace, rue de la Maladrerie 21, ainsi qu’à la bergerie d’Acremont (Bertrix), qui fournit le lait nécessaire à sa fabrication.

dédales et souterrains ponctuent la visite des lieux. © Guy Focant

INFOS

Réservations : 061 46 62 57 ou 061 46 82 73

reservation@bouillon-initiative.be

Préparez votre visite

Pour visiter le château de Bouillon, il est indispensable de se procurer un city pass, qui vous permettra de visiter la forteresse mais également le Musée ducal et l’Archéoscope Godefroid de Bouillon. Ce city pass n’a pas de durée de validité. N’oubliez pas que la réservation est obligatoire pour accéder au site. Après avoir réservé, vous pourrez retirer votre city pass à l’entrée du château. Le port du masque y est obligatoire à partir de 12 ans et un sens de visite balisé permet de ne pas se croiser sur le site.

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