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Que faire ce dernier week-end de vacances ? Visitez l’abbaye d’Orval !

Vue générale de l’abbaye construite à partir de 1926 par Henri Vaes. | © Guy Focant.

Voyages

Un joyau gaumais par excellence…

 

Par Frédéric Marchesani

Qu’on pense à l’abbaye, aux ruines des bâtiments médiévaux, à la célèbre bière trappiste ou au fromage, Orval évoque toujours quelque chose dans l’imaginaire collectif. Haut lieu d’histoire, de patrimoine et de gastronomie, le site de l’abbaye est l’un des pôles majeurs du tourisme en Gaume, en province du Luxembourg, mais également en Belgique au sens large.

Une histoire millénaire

Les archéologues de l’Agence wallonne du patrimoine procèdent à la mise au jour d’une aile enfouie de l’abbaye. © Guy Focant.

C’est en 1070 que des moines bénédictins s’installent à Orval, sur le domaine du comte Arnould de Chiny. Ils mettent en chantier une église et des bâtiments réguliers. Mais, rappelés dans leur contrée d’origine − la Calabre pour les uns, l’abbaye de Lachalade (département de la Meuse) pour les autres −, ils abandonnent rapidement les lieux. En 1110, Othon II de Chiny, le fils d’Arnould, décide d’offrir la terre d’Orval à une communauté de chanoines réguliers provenant de Cheminon, une localité de l’actuel département de la Marne.

Ceux-ci reprennent la construction de l’église, qui sera consacrée en 1124 par l’évêque de Verdun. Peu après, le comte Albert de Chiny, fils d’Othon II, fait appel à Bernard de Clairvaux et lui demande d’envoyer des cisterciens.  Le 9 mars 1132, Orval devient dès lors une abbaye cistercienne, les chanoines déjà présents ayant accepté de s’incorporer à la nouvelle communauté. C’est le point de départ d’une formidable histoire ponctuée de nombreux tourments.

Au cours du XIIIe siècle, un incendie ravage le domaine et une nouvelle campagne de construction débute. Elle s’étend sur plus d’un siècle. Au XVIe siècle, à la suite de dégâts causés par les guerres entre le roi de France François Ier et Charles Quint, empereur germanique, roi d’Espagne mais également duc de Luxembourg, la nef de l’abbatiale doit être reconstruite. On profite des travaux pour ajouter une tour carrée. En 1594, l’église est à nouveau endommagée par les troupes du roi de France Henri IV. L’édifice est restauré et le chœur est augmenté d’une travée.

Pillée et incendiée en 1637, l’abbaye doit une fois encore être restaurée. Le XVIIIe siècle, époque de paix et de prospérité, constitue une des périodes les plus fastes d’Orval. Le célèbre architecte Laurent-Benoît Dewez est choisi pour l’édification d’une nouvelle abbaye. Il fait élever un grandiose et somptueux monastère, qui sera cependant réduit à néant le 23 juin 1793 par les troupes républicaines françaises. Afin de faire disparaître les traces de leur pillage, les soldats incendient l’abbaye. Les deux églises, le couvent, les forges et le moulin sont détruits. Parmi les pertes inestimables, on compte celle de la bibliothèque, riche en livres rares et manuscrits précieux. Supprimée par les lois révolutionnaires, l’abbaye est abandonnée pendant plus d’un siècle.

En 1926, le domaine est racheté par des cisterciens qui entreprennent la construction d’un nouveau monastère, en même temps que la restauration des ruines de l’ancienne construction.

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Á la découverte de l’abbaye

Entre histoire et modernité, les vestiges médiévaux côtoient les bâtiments du XXe siècle. © Guy Focant.

Lorsqu’il arrive sur le site d’Orval, le visiteur est tout d’abord frappé par la majesté et l’importance du monastère contemporain. Erigée selon les plans de l’architecte Henri Vaes, cette monumentale abbaye respecte l’idéal du plan cistercien. L’église est flanquée d’un cloître, d’un scriptorium, d’une salle du chapitre et de bâtiments claustraux. On trouve également de nombreuses annexes : ateliers, brasserie, grange, hôtellerieÉ Les édifices ont été bâtis au moyen d’une pierre locale très jaune et s’articulent autour d’une cour d’honneur où s’étend un bassin triangulaire.

La relative austérité de l’architecture est adoucie par une décoration harmonieusement intégrée aux espaces construits, à laquelle ont participé de nombreux artistes. On ne peut manquer la gigantesque statue de la Vierge, taillée dans une pierre extraite du sol même d’Orval et qui prend place dans le pignon de l’église. La nouvelle abbaye, qui constitue toujours le lieu de vie des moines trappistes, ne se visite pas. Les cisterciens vivent en communauté close et y poursuivent leurs activités, notamment le brassage de la bière. Ils offrent toutefois l’hospitalité à ceux désirant profiter d’une paisible retraite dans le calme de leur monastère.

Depuis bien longtemps, les vestiges de l’ancienne abbaye sont, quant à eux, ouverts à la visite. On y découvre les ruines de bâtiments érigés au cours des XIIe et XIIIe siècles : l’église, la sacristie, la salle capitulaire, la salle des moines, le scriptorium, le réfectoire, la cuisine, le cellierÉ La promenade, aux allures de balade romantique, a de tous temps attiré les curieux, Victor Hugo en tête.

 

Une clé de voûte ouvragée découverte dans les vestiges du scriptorium du XVIe siècle. © Guy Focant.

Le site a été déblayé, fouillé, restauré avant d’être mis en valeur. Le bâtiment principal en est l’église Notre-Dame, dont la ruine se dresse au nord du cloître. Elle fut élevée à partir des années 1160-1170 et adoptait le plan classique des églises cisterciennes de cette époque : une nef basilicale flanquée de bas-côtés, un transept saillant et un sanctuaire à chevet droit. On y découvre de très beaux spécimens de chapiteaux végétalisés stylisés et les culots en fuseau typiques de cette architecture. La visite du site permet également de découvrir un superbe jardin de plantes médicinales.

Attesté à Orval à partir de 1774, il a été reconstitué sur le parvis de l’aile de l’hôtellerie médiévale. On peut y découvrir des carrés, dédiés à différent types de plantes classées selon leurs usages spécifiques : urinaire, digestive, circulatoire, respiratoire et neurologique.

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De nouvelles découvertes

Le jardin des plantes médicinales et ses carrés, appelés carreaux. © Guy Focant.

Dans le cadre de travaux entamés cette année en vue de créer un nouveau parcours de visite, d’importantes découvertes archéologiques ont été effectuées par les archéologues de l’Agence wallonne du patrimoine. Elles ont permis de mettre au jour une aile du XVIe siècle, connue par des plans anciens et des peintures, mais qui avait été comblée au XVIIIe siècle lors des travaux entrepris par Laurent-Benoît Dewez. Il s’agit du rez-de-chaussée d’un bâtiment qui servait probablement de logement aux moines de chœur, les copistes d’Orval. Les vestiges étaient ensevelis sous des dizaines de mètres cubes de remblai.

On y trouve deux salles voûtées et un couloir, construit avec des pierres très claires, protégés des intempéries depuis près de 250 ans. La décoration y est d’une grande richesse : de nombreux culots finement sculptés et des éléments en marbre ont également été mis au jour. Il s’agit de la plus importante découverte archéologique à Orval depuis les années 1960.

Dégustez les produits de l’abbaye

©Denis Closon / Isopix

Le musée de l’abbaye apporte une foule d’informations sur la vie monastique d’autrefois et présente le résultat des fouilles menées sur le site depuis le XIXe siècle. Une boutique et des expositions temporaires viennent également s’ajouter à ce programme déjà bien complet. Une fois votre visite terminée, ne manquez pas de vous installer à l’Ange gardien, à quelques mètres de l’abbaye. Vous aurez l’occasion d’y déguster (avec modération pour la bière) les deux produits phares d’Orval, ainsi que de tester la cuisine du terroir.

Quand ? La visite des ruines et du musée est accessible de 9 h 30 à 17 h 30, uniquement en passant par la billetterie en ligne. Le magasin de l’abbaye est ouvert tous les jours de 13 h 30 à 17 h 30. Sens unique d’accès, articles disponibles uniquement au comptoir, paiement électronique souhaité.

Mesures anti-Covid ? Le port du masque est obligatoire sur l’entièreté du site et un parcours fléché permet de ne pas croiser d’autres visiteurs.
En savoir plus ? +32 (0)63 31 10 60 – www.orval.beruines@orval.be

 

 

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