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Yvoir : commune discrète et attachante au coeur de la province de Namur

Le joli village d'Yvoir, au confluent du Bocq et de la Meuse. | © Guy Focant

Voyages

Chargée d’histoire et de richesses patrimoniales, Yvoir, fille de Haute-Meuse, possède de nombreux atouts : de coquets villages abritant églises et châteaux, entrecoupés de champs cultivés et de prairies verdoyantes qui leur offrent un cadre champêtre.

 

Par Florence Pirard

La commune condruzienne, localisée au centre de la province de Namur, au confluent du Bocq et de la Meuse, comprend neuf villages : Dorinne, Durnal, Evrehailles, Godinne, Houx, Mont, Purnode, Spontin et Yvoir.

L’histoire de cette entité est intimement liée au château de Poilvache. Perchée à cent mètres au-dessus de la Meuse, la vieille forteresse surplombe les villages de Houx, Anhée et Bouvignes. Les ruines de Poilvache sont classées et inscrites dans un site qui jouit d’une reconnaissance en tant que patrimoine exceptionnel de Wallonie, au cœur même d’une réserve naturelle. Dès 1254, celle-ci relève sans ambiguïté du comté de Luxembourg, où elle assume un rôle stratégique face au comté de Namur et à la principauté de Liège. En dépit de quelques adaptations de ses défenses, l’ensemble, qui avait rejoint en 1421 les Etats bourguignons, est détruit en 1430 lors d’un siège mené par les Liégeois opposés à Philippe le Bon. La forteresse incendiée est finalement démantelée et abandonnée.

 

Vue aérienne du château de Poilvache. ©Guy Focant

Un village d’industries

La petite bourgade d’Yvoir, qui a donné son nom à l’entité, est située dans un site offrant la force motrice nécessaire au développement des forges (on en comptait douze), dont la présence est attestée depuis le XVIe siècle. Les bâtiments industriels témoignent de l’importance de cette activité, et les maisons des maîtres des forges attestent de la richesse de leurs propriétaires. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l’exploitation des carrières prend de l’ampleur. Certaines sont toujours en activité aujourd’hui. D’anciens fours à chaux témoignent aussi de ce développement industriel. Le village s’agrandit et s’étend le long de nouvelles artères dès 1863, avec l’arrivée du chemin de fer. Ce dernier affirme sa présence par deux viaducs en bel appareil de pierre calcaire à bossage rustique sous un tablier métallique.

La maison communale d’Yvoir est installée en plein cœur du village, dans l’ancienne cense de la Tour. Ce bâtiment a été la ferme seigneuriale d’Yvoir et la résidence de familles de maîtres de forge locaux. Baigné au sud par les eaux du Bocq, cet ensemble aux allures de manoir semble s’être développé au cours des siècles au départ d’une petite tour d’habitation du Moyen Âge tardif, voire du XVIe siècle.

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Le centre geographique de la Wallonie

Une vue aérienne du village de Spontin, centre géographique de la Wallonie, avec le château. ©Guy Focant

Le village de Spontin, fief de la prévôté de Poilvache, est établi dans la vallée du Bocq et comprend un habitat dense bâti surtout en calcaire aux XIXe et XXe siècles. Le long de la rivière, le château de Spontin est un remarquable ensemble en calcaire composé d’un château médiéval et d’une ferme de l’époque moderne. Cette seigneurie hautaine luxembourgeoise, puis namuroise (1344), est détenue depuis le XIIIe siècle par la famille de Spontin, du lignage de Beaufort. Passée en 1518 aux Glymes de Florennes, elle est revenue en 1753 aux Beaufort-Spontin.

Le château, en forme de quadrilatère et jadis entouré de douves, comprend, au centre de la cour, un imposant donjon rectangulaire de quatre niveaux bâti vers 1270-1275. Le châtelet d’entrée résulte d’au moins trois étapes de construction, du XIVe au XVIIe siècles, et est muni de deux tourelles de défense et d’un pont-levis. Dès le XVIe siècle, les fortifications étant devenues inutiles, le château se transforme en résidence, notamment par le percement de fenêtres. En 1622, la construction d’une ferme fortifiée vient compléter le site. Le château, la ferme, les dépendances et le site alentour sont classés depuis 1950. L’accès au château n’est actuellement pas possible, mais vous pourrez l’admirez de l’extérieur tout en découvrant le village de Spontin.

Située au sommet d’un raidillon, l’église Saint-Georges est un édifice en moellons de calcaire reconstruit en 1922 après un violent incendie en 1914. Ce bâtiment néogothique comprend certaines zones de maçonnerie anciennes du XVIe siècle, tout particulièrement le grand appareil de calcaire du chœur. A l’intérieur, elle abrite la lame funéraire en cuivre de Claude-Lamoral-François de Glymes de Florennes, seigneur de Spontin ( 1705) et de Jeanne-Marguerite de Cottereau, son épouse ( 1733).

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Un site remarquable

L’exceptionnel site de Godinne, un village au charme indéniable.©Guy Focant

Dépendant de la prévôté de Poilvache par l’intermédiaire de la seigneurie de Spontin, le village de Godinne se développe à partir du XVIe siècle. Situé dans une boucle de la Meuse, il s’étage sur la rive droite en pente douce, face au versant abrupt du panorama des Sept Meuses. Son site est surtout connu des touristes par le groupement remarquable, au bord du fleuve, de l’église, du château et d’une grosse ferme, classés depuis 1959. Le reste du village, en calcaire, grès et briques, est déstructuré par la ligne de chemin de fer Namur-Dinant qui le coupe en deux, et par les nombreux lotissements linéaires liés au développement des cliniques universitaires Mont-Godinne.

L’église Saint-Pierre a été bâtie en de multiples étapes, s’étalant peut-être de l’époque romane au XIXe siècle. La Vieille Ferme forme un bel ensemble clôturé du XVIIe siècle dont l’accès se fait par un porche surmonté du blason des Maillen, daté de 1623. Aujourd’hui, elle accueille notamment le centre culturel, géré par l’asbl Patrimoine de Godinne, une bibliothèque, un musée et des salles de réception. Achevant cet ensemble, le château de Godinne, improprement appelé prieuré, est une demeure du XVIe siècle probablement construite par Henry de Wildre, prévôt de Poilvache.

Un village agricole

Le village d’Evrehailles est établi dans un site vallonné et développé le long de trois rues principales convergeant vers l’église Saint-Laurent. Constitué de maisons et de fermes principalement des XVIIIe et XIXe siècles, cet habitat groupé est souvent mitoyen et bâti en moellons de grès et de calcaire. Vers le haut du village, l’implantation du bâti est plus souple, avec des cours et des jardins. Ce village est à découvrir lors d’une balade pédestre : les fermes de Celles, de Croquette et de la Bouverie, le château, la place du village, la maison BellefroidÉ n

Organisez votre visite

Vue de la Meuse et de l’île d’Houx, depuis la tour du Midi. ©Guy Focant

L’île d’Yvoir est un centre récréatif et de promenades, ainsi qu’une halte appréciée des plaisanciers. On y accède par un petit bac traversant la Meuse. Pour poursuivre votre visite, le parc de l’embouchure du Bocq et la forêt domaniale du Tricointe, tous deux classés, sont dignes d’intérêt également. A Godinne, de nombreuses expositions temporaires sont présentées au centre culturel. Quatorze circuits de promenades vous entraînent à la découverte d’Yvoir, de ses neuf villages et de sa nature préservée.

INFOS
www.yvoir.be

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